book_737_image_cover« Ils se sentent fermes, ils s’enivrent de leurs muscles, de leurs articulations libres et indolores, de leur stature, de la droiture de leur dos. Et ils ont une compassion distante pour ces petits vieux qu’on calomnie, dont on évoque l’odeur, dont on travestit la paupérisation en avarice, dont on foule l’honneur aux pieds. Mais pourquoi ? Ils se croient chéris parce qu’ils sont beaux et vaillants ? Les jeunes sont simplement la chair à canon du marché. »

 Étrange découverte permise par notre collaboration avec les éditions Allia. Je les remercie de m’avoir fait découvrir un roman de Marina de Van.

Il m’apparaît que c’est assez dommage de ne pas avoir réussi à apprécier ce roman. C’est le troisième roman de Marina de Van et elle a choisi de nous présenter le récit comme un monologue intérieur à deux voix, celui de la fille puis celui du père. La relation entre le père et sa fille repose sur la haine et sur l’érotisme. Si jamais on peut parler d’érotisme dans le discours. Le corps de la jeune fille, mais aussi celui du père, est en constante représentation.

C’est assez dur d’en parler à cause du fondement même de l’histoire. La relation entre ces deux êtres se déchire et coule encore et encore avec haine pour le père et avec une certaine passivité et un abandon de sa fierté de femme pour sa fille. C’est ce qui m’a quelque peu choqué dans ce personnage de femme qui est si distante avec elle-même. Elle ne m’a pas paru forte et porteuse de sens mais plutôt vaincu par un homme qu’elle ne respecte même pas. Cette relation est malsaine et c’est le cadre de la vie sexuelle de la jeune femme puisqu’elle la raconte à son père selon sa volonté. La volonté du père est comme la décadence de la vie de sa fille, de son avilissement et de son sens de la culpabilité.

Cependant, le roman interroge sur le sens des sentiments, sur ce que l’on attend des autres dans une relation. Mais l’impression que la narratrice ne se respecte pas ne m’a quitté à aucun moment et j’ai trouvé cela très gênant. Elle a cherché à exister dans les bras d’hommes tout aussi différents les uns des autres même s’ils ne sont pas très nombreux. Au final elle se complaît dans une solitude acceptée et cela ne fait que démontrer la ressemblance avec son père, elle n’est pas capable d’aimer.

L’homme est odieux, arrogant et égoïste. La personnalité même du père me fait le détester sans remords même si le fait qu’il raconte sa vie à son tour le rend plus humain aux yeux des lecteurs, il n’en reste pas moins détestable. Le roman met ainsi en exergue ce que devrait être la vraie relation entre un père et sa fille. L’exemple de leur vie nous fait souhaiter l’exact opposé avec l’ébauche et le renforcement d’un lien de confiance qui aurait dû être présent dès le début.

Bref, vous l’aurez compris je n’ai pas vraiment apprécier le roman, j’ai trouvé qu’au final le caractère de la fille est presqu’aussi détestable que celui de son père. Je n’ai pas aimé car il est à l’opposé d’un message qui pourrait renforcé la conviction qu’une relation père/fille doit être stable et confiante. Au lieu de quoi, la narratrice s’assoit sur sa féminité et son indépendance pour se laisser manipuler.

Je ne saurais conseiller de lire ou pas ce roman. Je ne l’ai pas aimé, peut-être parce que je refuse de voir les gens subir plutôt qu’agir, surtout dans les relations familiale. A débattre !

-Nyankomarie-