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«Il m’aura fallu courir le monde et tomber d’un toit pour saisir que je disposais là, sous mes yeux, dans un pays si proche dont j’ignorais les replis, d’un réseau de chemins campagnards ouverts sur le mystère, baignés de pur silence, miraculeusement vides.
La vie me laissait une chance, il était donc grand temps de traverser la France à pied sur mes chemins noirs.
Là, personne ne vous indique ni comment vous tenir, ni quoi penser, ni même la direction à prendre.»

Sylvain Tesson nous emmène avec lui Sur les chemins noirs de la ruralité et du monde d’avant la mondialisation et le déchaînement économique. On découvre au gré de ses pas l’essence même d’une vie faîte de paix avec soi-même et de respect. C’est un beau voyage sur les chemins noirs d’un monde quasi disparu.

 Ce récit est un signal d’alarme tiré de manière hiératique au gré des pérégrinations de Sylvain Tesson. Ce sont des élevages de quelques têtes vendus à de gros éleveurs. C’est un village déserté par les Français et racheté par les Hollandais. C’est une course folle contre le temps qui nous montre qu’on oublie la valeur des choses, la valeur du travail, celle de l’entraide  et d’un marché équitable qui créait un équilibre économique de masse même s’il n’était pas mirobolant.

C’est aussi une alerte à la perte des valeurs humaines. Tout est progressivement oublié au moment où la France est ultra connectée, où l’on se renseigne sur le passé en quelques clics alors que, dans les villages, il n’y a qu’à pousser la porte du voisin d’à côté pour se le faire raconter. Au cours de son voyage Sylvain Tesson s’étonne parfois que les Humains puissent encore faire preuve d’humanité dans cette France oubliée. Celle des fondations d’un pays en berne marchant inexorablement vers son déclin à cause de politiques qui justifient la massification par la richesse éphémère qu’elle entraîne et la pauvreté que, maigrement, elle console.

Au départ c’est pourtant un voyage avant tout personnel et thérapeutique puisque c’est une manière pour l’auteur de se remettre dans le bain de son existence après sa rééducation suite à son accident qui a entraîné de graves problèmes de santé. Mais, même de son état, il en parle avec un mélange de détachement et de fatalité. Il cherche avant tout à comprendre les réactions des gens mais aussi à fuir ce monde où l’on n’arrive plus à vivre en toute quiétude, où l’on n’arrive plus à trouver une sérénité qui fait défaut à beaucoup de monde.

Ce récit m’a beaucoup parlé. Parce qu’il décrit une France que j’aime, parce que Sylvain Tesson fuit la pression sociale dont il ne parle pas ouvertement mais qu’on sent dans ses mots. Il fuit la présence humaine qui déforme notre pays, qui le pille et ne lui donne rien en retour. Au final je me demande si ce ne sont pas les globe trotters qui ont le mieux compris la vie dans ce qu’elle a de plus beau et qui se contentent de peu et profitent de la valeur de chaque chose et de chaque personne. C’est un récit qui m’a fait du bien car je ne suis pas la seule à déplorer la perte de valeurs dans ce monde de brutes. On devrait tous avoir un Sylvain Tesson dans notre vie. On a de la chance qu’il écrive autant.

-Nyankomarie-