téléchargement

« Après avoir subi une nouvelle fausse couche et appris qu’elle ne porterait plus jamais d’enfant, Emily est dévastée. Christopher, son mari, ne sait comment la consoler. C’est alors qu’ils sont appelés dans une communauté en Louisiane, au chevet de la mère d’Emily, que cette dernière n’a jamais rencontrée.
Mais rien ne va se passer comme ils l’imaginaient. Pour Christopher, la sollicitude des habitants devient vite pesante, et les relations du couple commencent à se distendre…
Que cache cette communauté coupée du reste du monde ? Pourquoi ses habitants ont-ils décidé de vivre reclus ? Et, surtout, que signifient ces rêves étranges qui troublent le sommeil d’Emily ? »

 

Quelle découverte ! J’avais déjà été très séduite par Les enfants de Peakwood, le premier roman de Rod Marty, où il avait déjà su lier le fantastique et une intrigue réaliste en une belle osmose sensible et étonnante. Ici on retrouve les mêmes qualités narratives : une excellente construction romanesque, des personnages forts et crédibles et une pression juste et insidieuse qui parcours le roman rendant encore plus forte l’atmosphère anormale de cette petite ville de Louisiane.

La mère des eaux est un roman viscéral. Il parle aux tripes au sens propre du terme. La volonté d’avoir un enfant et le désir de sentir la vie grandir en une femme est, pour beaucoup de femmes, le paroxysme de sa vie. Et ici, ce désir de maternité obscurcit le jugement d’Emily.

Emily est une artiste peintre qui peine à trouver l’inspiration. Celle-ci est en déclin par les soucis de santé lié à ses difficultés pour enfanter. Cela entraîne une incompréhension et un éloignement progressif  dans la vie du couple. Jusqu’au jour où elle apprend que sa mère biologique est encore en vie et que sa grand-mère lui a légué une propriété dans la ville de Lamarre en Louisiane. Cet héritage change à tout jamais la vie d’Emily et Christopher.

Rod Marty utilise une intrigue très forte qui mêle le désir de maternité avec la peur intrinsèque de perdre les gens qu’on aime et le désir de laisser une trace de son passage sur terre. Ce besoin de se sentir exister est un terreau étonnamment fructueux pour beaucoup d’obscurantisme et d’obsessions. Le terreau parfait pour toutes sortes de fanatismes. Le fantastique se mêle alors à une intrigue tellement réaliste, un savant mélange d’oppression et d’intrusion dans la vie d’une communauté trop soudée pour être innocente.

Ce roman m’a captivé. La religion vaudou, religion qui mêle le christianisme et l’animisme africain, est une thématique souvent prisée pour ses excès et la simplicité avec laquelle on se coule dans les a priori, écueils dans lesquels Rod Marty n’est pas tombé. Ici, l’auteur pose le vaudou comme une réalité à laquelle se raccrocher comme une bouée mauvaise. Car Mami Watta vit pour la vengeance. Sans repos, elle maudit les hommes tout en leur promettant l’immortalité. Elle est à l’image du désir des hommes: une promesse de vie bercée par les plus folles illusions.

Ce roman m’a donné un pincement au coeur car il met en mots ce que les gens ne voient pas dès qu’ils ont un besoin viscéral : que les gens qui nous entourent nous aiment et qu’il faut aussi comprendre ça pour accéder à une sérénité si ce n’est au bonheur. Ce roman fait avant tout appel à une réalité: aimer les gens qui sont en vie sans oublier les morts mais continuer à vivre avec les vivants. Mais il y a avant tout un point de vue que l’auteur a réussit à très bien retranscrire, c’est le fait d’être un enfant adopté. Une réalité qui rend caduque tous les a priori sur la construction familiale classique.

Rod Marty prend les idées générales à contre-pied et en fait un monument au désir inassouvi et à l’obscurantisme qui s’en découle. C’est un roman où il n’y a pas de héros et que des poupées manipulées. Mais par qui ?

-Nyankomarie-