riquet

Présentation de l’éditeur: «L’art a une tendance naturelle à privilégier l’extraordinaire.»

                                                                                                                                  Amélie Nothomb

Mon avis

Amélie Nothomb a beau revisiter le conte de Perrault, «Riquet à la houppe», ce roman n’en demeure pas moins original et savoureux. Bien entendu la base est la même mais transposée dans un contexte moderne et avec une morale bien différente. Ainsi Déodat, homme d’une extrême laideur pourvu d’une prodigieuse intelligence, va-t-il rencontrer Trémière, une magnifique idiote. C’est du moins ce que la trame laisse présager mais au fur et à mesure de la lecture, on se rend compte que les apparences peuvent être trompeuses.

A mes yeux, Trémière n’est pas du tout une fille stupide. Au contraire, elle observe le monde qui l’entoure avec beaucoup d’acuité et de sensibilité. La jeune fille est d’un naturel contemplatif qui rappelle les moines japonais pratiquant le zazen. Ce personnage m’a beaucoup touchée car je me suis assez vite identifiée à elle, non pas en raison de son extraordinaire beauté mais bien à cause du rejet des autres enfants à son égard. Petite fille, elle a beaucoup souffert de la cruauté de ses camarades et, à la différence de Déodat, elle subit méchanceté sur méchanceté sans jamais se plaindre ni se défendre. Déodat quant à lui n’utilise pas son intelligence à de mauvaises fins. Très tôt, il apprendra qu’il est possible de diminuer l’affliction de ses parents en souriant sans cesse, en se tournant en dérision. Si son intelligence est un frein aux relations au début, elle finira par lui ouvrir de nombreuses portes.

Amélie Nothomb ébauche avec humour et sobriété le début d’une grande histoire d’amour. J’ai beaucoup aimé «Riquet à la houppe», j’y ai retrouvé la plume vive et caustique de l’auteure. C’est divertissant, profond et ça se lit rapidement.

Rien que pour le plaisir, voici deux extraits:

«L’époque que nous vivons regorge de ces idiots intelligents, dont la société fait regretter les braves imbéciles du temps jadis.» (p15)

«Les gens ne sont pas indifférents à l’extrême beauté : ils la détestent très consciemment. Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clé du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne.» (p.37)

Une lecture que je vous recommande donc chaleureusement!

~Melissande~