FORMAT-LIVRELa-voie-des-oracles-Aylus31Après avoir fui l’Aquitania et les menaces de Rome dans le premier tome, puis recherché les siens dans le deuxième,  Thya, la jeune oracle romaine, a remonté le fil du temps pour en modifier le cours. Désormais, Rome n’est plus cet empire de conquête que notre histoire a toujours connu. C’est un empire de magie et de devins, sous la houlette d’Aylus, son oncle oracle devenu empereur. Elle-même n’a jamais été obligée de fuir son propre pays: elle est princesse royale, et vit en patricienne aisée. Elle sent pourtant, dans ses rêves et dans ses visions, des réminiscences de son autre vie.

L’avis de Mélusine:

En latiniste convaincue, j’ai retrouvé avec un immense plaisir la Rome Antique imaginée par Estelle Faye sous de toutes nouvelles couleurs. C’est une habile pirouette que ce troisième tome. En effet, les deux premiers nous ont amenés à soutenir les oracles et à espérer leur victoire. Ici, ils sont au sommet de leur pouvoir et pourtant, cette uchronie n’a rien de plaisant. Autour d’un empereur enfermé dans son temple, l’empire se délite et sombre dans le chaos. A croire que le destin de Rome est de péricliter, quel que soit le Dieu qui la guide, et qu’on ne peut échapper à la marche de l’histoire, quel que soit le pouvoir qui est le nôtre.

Car nous ne sommes pas dans une banale uchronie. Les dieux romains sont bien au centre de ce conflit, avec toute la fatalité qu’ils incarnent, et ils tirent les ficelles de leurs petites marionnettes humaines comme dans n’importe quelle tragédie antique. Mangés par leurs ambitions, les hommes finissent dévorés par la puissance de Baal, le dieu du Chaos, et à Rome se dessine un duel entre Apollon et Mars, entre les augures et les glaives.

On ne peut cependant s’empêcher de trembler pour ces pauvres humains qui vont s’entre-déchirer pour des enjeux qui les dépassent, à commencer par le nouvel Empereur Aylus lui-même. Fascinante, par ailleurs, est cette Oracle Brûlée, cette mystérieuse femme qui sait tout de l’avenir, qui lui a donné son pouvoir et que ne souhaite plus que le lui reprendre maintenant. Mais pour ma part, je reste séduite par Enoch, dont la transformation est radicale, et qui garde pourtant ce mélange de gouaille charmeuse et de puissance sourde.

Du mur d’Hadrien et des Pictes de Britannia aux côtes africaines et aux murailles de Carthage, encore une fois c’est tout le monde antique dans sa diversité et son fragile équilibre que cette série nous emmène visiter, en confrontant les mythologies qui se recoupent et se répondent.

L’avis de Nyankomarie:

Loin d’avoir la même approche du roman que Mélusine, je suis beaucoup plus attachée aux personnages qu’aux promesses faites par un monde dirigé par les oracles. J’aspirais plus à une pirouette humaine que politique mais dans les deux cas Estelle Faye a tenu ses promesses. Néanmoins, comme le dis Mélusine, les humains sont soumis au destin décidé comme par jeu par des dieux capricieux. Estelle Faye dessine avec délicatesse le miroir du monde des hommes par le prisme de l’incarnation des divinités. A moins que les divinités soient plus humaines que ce que leurs pouvoirs laissent penser. Car tout est jeu de pouvoir. L’auteur nous balade à volonté dans les méandres de l’intrigue et nous prend par surprise encore et encore et encore.

Ce qui m’a particulièrement fasciné c’est la capacité de l’auteur à déconstruire et reconstruire des personnages qui démontre que l’Histoire des hommes est avant tout faîte par leurs choix et que ce sont eux qui déterminent le devenir d’un homme. En cela l’objectif est particulièrement réussit pour l’auteur puisque les personnages détestables dans les premiers volumes se révèlent surprenants annihilant par la même occasion tout déterminisme de la personnalité. De même, ceux qui sont animés par les meilleures intentions peuvent se révéler décevants. Mais je vais m’arrêter là car il me semble que nous en avons déjà trop dis. Mon seul regret? Ce destin d’Enoch, celui du commencement, chaleureux et charmeur qui donne tant pour recevoir si peu.

C’est un magnifique voyage, un enchantement historique et fabuleux, auquel nous vous invitons toutes deux car c’est un voyage qui en apprend beaucoup sur les conséquences d’actions réalisées avec les meilleures intentions du monde.

– Mélusine et Nyankomarie –