En 2012, on nous annonçait l’Apocalypse. Le thème était à la mode dans les films, dans les séries, et dans les romans. Pourtant, si c’est par ce biais que j’ai rencontré Elen Brig Koridwen, j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas d’une auteure improvisée et opportuniste.

elen brig koridwen

Preuve en est son roman Elie et l’Apocalypse, un livre inclassable qui montre toute l’érudition et la virtuosité de cette auteure.

elie et lapocalypse2025. Les grands maîtres spirituels de la planète l’ont tous vu: la fin du monde est en marche, et le Messie est sur notre terre. Il s’agit de faire vite: Ceux qui Peuvent, communauté de clairvoyants, envoient immédiatement des émissaires auprès de l’Etre Elu, car déjà, les sectes extrémistes de toutes les religions, sans parler des politiques très concernés depuis la reconnaissance officielle de l’existence du paranormal, mettent tout en œuvre pour débusquer ce Sauveur. Sauf que cet Elu est une Elue, du nom d’Elisabeth Davidson, et nombre de religions ont du mal à l’accepter et crient déjà à l’imposture, envisageant même de l’éliminer avant qu’elle ne prenne trop d’ascendant sur le monde. Mais pour le moment, Elie a neuf ans, est une petite fille anormalement surdouée, passionnée de chimie et de jeux vidéos, à mille lieues de toute religion ou doctrine.

Bienvenue dans un monde mystique, au milieu d’une assemblée désireuse de mener à bien le sauvetage du monde, déjà épiée par plusieurs tueurs sans scrupule. Scoop: le messie est une femme. Attachante, la petite Elie a de quoi intriguer, coincée entre un destin exceptionnel qui lui tombe dessus et une innocence de petite fille qui serait bien restée dans sa chambre avec ses e-books et son ordinateur. Plaçons-la dans n monde futuriste complet et étonnamment bien conçu, fourmillant d’idées ingénieuses, qui prolonge habilement le summum de la technologie actuelle pour l’intégrer à la vie quotidienne et donner une science-fiction à la fois riche et très cohérente, où l’on a à la fois l’impression de découvrir un autre univers et d’y reconnaître le nôtre. Et tous les domaines que convoque ce roman sont logés à la même enseigne:  le mysticisme, la religion, la magie sont des objets d’études comme les autres qui ont leurs règles, leurs lois et qui s’élèvent au niveau de science, et la richesse documentaire de ce livre est impressionnante. Il invite à la réflexion, à la spiritualité, à la tolérance, à la philosophie, à la méditation. Assurons-nous de maintenir une action permanente, de rebondissements en rebondissements, et de l’humour toujours bienvenu, et vous obtiendrez cette superbe pépite.

Séduite par cette plume ambitieuse et efficace, j’ai eu envie d’en savoir un peu plus sur son auteure. Et j’ai découvert qu’elle n’en était pas à son coup d’essai. Elle m’a proposé de découvrir ses anciennes oeuvres, ce que j’ai fait avec un grand plaisir avec Les Emigrés.

Changement radical de style et de décor. Nous partons sur les traces d’Eugène, qui a quitté sa Charente natale pour aller combattre avec le 1er Etranger au Maroc Oriental. Nous sommes en 1913, et cette prise de contact avec la terre marocaine ne présage pas le coup de foudre qui s’en suivra. Il décide de s’y installer avec sa toute jeune épouse Aline : le Maroc sera son avenir, et Aline a l’esprit aventureux et le caractère sauvage. Les voici arpentant le pays, vendant leurs cuirs et leurs peaux, à la recherche de l’endroit où établir leur commerce et leurs affaires.

L’originalité de ce petit roman réside bien entendu dans son point de vue. Là où dans l’esprit de tous, c’est la France qui est terre d’accueil pour les Marocains, nous voyons ici deux Français devenir volontairement émigrés en plein Maghreb.  Avec une fascination digne des Mille et Une Nuit, on découvre un Maroc traditionnel qui fait rêver nos yeux d’occidentaux, malgré la rudesse de la vie qui y est menée. Et surtout, il met en avant l’accueil: Aline et Eugène se fonde dans la population avec une aisance aussi grande que l’est leur désir d’être là. Les Marocains les accompagnent, les conseillent, les guident. On suit avec attendrissement et curiosité leur cheminement pour se faire une place, pour fonder une famille qui soit vraiment d’ici. De mystérieux bienfaiteurs impertinents en compatriotes avides et détestables, les rencontres sont autant d’aventures à elles seules, et j’ai terminé ma lecture sur un véritable désir de connaître la suite.

J’ai compris alors qu’un véritable désir d’évasion et d’éclectisme marquait notre auteure. Aussi étais-je impatiente de voir dans quel nouvel univers elle allait me plonger avec Propos d’homme à homme.

Inattendu et troublant, ce roman réservait encore son lot de surprises. Il commence dans un commissariat avec un interrogatoire. Qu’est devenu Pietro, ce mystérieux Pietro, qui déchaîne les passions et les mystères?Pietro qu’il a rencontré dans une soirée mondaine, où les travestis se mêlent aux femmes qu’ils voudraient devenir, et où la barrière des sexes s’estompe jusqu’à la mystification. Il en a été immédiatement envoûté: qui est réellement Pietro que tout le monde semble adorer? Peut-il réellement être attiré par un homme? Certes, les travestis et les transexuels le fascinent, mais il n’aime que les femmes, et il en est sûr. Néanmoins, le voici qui suit un étonnant jeu de piste dans lequel Pietro l’entraîne, de Trouville aux déserts marocains.

J’ai été fascinée moi aussi par Pietro. J’ai plongé dans ces soirées avec une sorte de curiosité malsaine, peu habituée que je suis au milieu homosexuel et travesti. Au début, on a effectivement l’impression d’une soirée un peu délurée et pourtant très vite, le charme opère: Pietro n’a rien d’un dépravé, il dégage un calme très onirique et une sensualité presque asexuée. On en vient à se demander si le narrateur, au départ peu identifié, est un homme ou une femme, jusqu’au moment où on conclut que ce n’est pas très important. Sans être idéalisée, la vision de l’homosexualité, des travestis que propose l’auteur n’est ni cliché, ni tendancieuse. On y trouve de vieux dégoûtants comme des êtres admirables. Le thriller qui se dessine en arrière-plan (qui est Pietro? Pourquoi des cadavres apparaissent-ils dans les lieux où il passe? Qu’a-t-il fait pour envoyer le narrateur devant un tel interrogatoire?) est un vrai plus dans ce roman anticonformiste.

Après ces quelques découvertes, j’ai sauté sur l’occasion de la rencontrer en vrai! C’était en 2012, je m’étais mise sur mon 31, et j’ai pu constater que ni son érudition ni sa gentillesse en ligne n’étaient feintes!

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Aussi lorsque je l’ai recontactée pour lui demander de parler un peu des Bouquinautes, elle n’a pas hésité à répondre à mes quelques questions.

Mélu: Comment t’es venue l’envie d’écrire ?

Elen Brig Koridwen: Ma mère m’a appris à lire et à écrire dès l’âge de trois ans, alors que j’étais déjà imprégnée de contes, grâce aux disques que mes parents me passaient en boucle quand j’étais malade (j’avais déjà de graves problèmes de reins).
Dès que j’ai su lire, je n’ai plus cessé, et je me suis mise à écrire dans la foulée. Ma mère a consigné des poèmes écrits vers l’âge de cinq ans ainsi qu’une réflexion à l’âge de quatre ans : « et si la vie n’était qu’un rêve ? » : cela montre que mes lectures avaient déjà ensemencé mon imagination. Pour moi, lecture et écriture étaient, et sont toujours, inextricablement liés.
En incitant nos enfants à lire, nous leur faisons un présent inestimable. S’ils s’immergent à fond dans ce plasma vital, ils se sentiront cruellement différents, peut-être, mais en même temps, riches de l’univers de tous les auteurs du monde…

Mélu: Comment s’est passée la première publication ?

Elen Brig Koridwen: J’ai pas mal écrit pour d’autres, mais à titre personnel je n’ai publié qu’un seul roman via un éditeur traditionnel, et encore ne s’agissait-il que d’un micro-éditeur. Il s’agit, comme tu le sais, d’« Élie et l’Apocalypse ».
J’avais eu dans les années 90 deux offres chez Robert Laffont, mais je les ai déclinées toutes les deux ; j’ai raconté le premier volet de cette expérience sur le site monBestSeller. J’ai un peu honte de le dire, sachant combien d’auteurs rêveraient d’avoir cette chance… Seulement, ce que je savais du monde de l’édition m’empêchait de voir cela comme la réalisation d’un rêve.
L’aventure avec les éditions IMAJ, en revanche, a été formidable. Je me suis sentie comprise, on m’a laissée m’impliquer. Et quand peu après mon éditeur a dû prendre sa retraite pour raisons de santé, il m’a transmis son compte facebook, afin que je puisse les reprendre à mon compte pour ne pas perdre le contact avec les blogueurs, lecteurs et auteurs fédérés sur ces pages et groupes, auxquels je m’étais attachée. J’ai même poussé à la création d’une association pour reprendre le flambeau de cette maison d’édition, mais sans succès durable, faute de moyens.

Révélations de l'auteur Elen Brig Koridwen sur le monde de l'édition...EBK n’a pas hésité à se mettre en scène de manière spectaculaire face aux éditeurs.

Mélu: Combien de romans as-tu écrits à ce jour ? Les as-tu tous proposés à des éditeurs ?

Elen Brig Koridwen: J’en ai écrit une vingtaine, dont quelques-uns encore inachevés mais que je n’exclus pas de finir un jour prochain.
En dehors des offres reçues et refusées chez Robert Laffont pour « Zone franche » et « Les émigrés », dès 1983 j’avais soumis « Propos d’homme à homme » aux éditions de la Table Ronde. Il était « brut de tonneau », et malgré leurs encouragements et leur proposition de me recommander à d’autres éditeurs, je suis passée à autre chose. J’avais une vie très tumultueuse !
Dans les années 2000, j’ai soumis « Propos… » chez Galllimard. Et là… Eh bien, ce fut encore une drôle d’aventure, que je raconterai sans doute un de ces jours.
Avant ou après cet épisode, j’avais ajouté l’intrigue « espionnage » qui donne davantage de tension au roman. Une réflexion de Michel Tournier sur « Propos… » me donne à croire que je l’ai fait après. C’était indispensable ; ce roman était une œuvre de jeunesse, écrite en trois semaines, or l’on ne peut rien prétendre publier sans un sérieux travail en aval.

Mélu: As-tu des genres de prédilection ? Pourquoi ?

Elen Brig Koridwen: Ma prédilection, c’est d’être 100 % éclectique en matière de livres comme de musique… et de tout, en fait ! Je suis le genre de femme qui aime sauter en parachute le matin, confectionner un gâteau pour ses enfants l’après-midi, et le soir… passons. :-) Enfin, j’étais, parce que mon état de santé s’est beaucoup dégradé depuis une morsure de chien en 2013.

Mélu: De quel livre es-tu la plus fière ? Pourquoi ?

Elen Brig Koridwen: Sur le plan littéraire, de « Propos d’homme à homme », peut-être. Et de « Spi », que tu as aimé ; mais ce n’est qu’une nouvelle, pas un roman. Je pratique différents styles en fonction du genre et de l’ambiance, or ces deux-là me sont très naturels. J’ai rédigé « Propos… » et « Spi » très vite, comme une évidence.
Par ailleurs, certains de mes livres contiennent une dimension autobiographique. « Marges forcées », qui participe au prix Amazon Les plumes francophones, est de ceux-là ; il a donc à mes yeux une valeur sentimentale assez particulière.
Enfin, sur le plan humain, « Élie et l’Apocalypse » m’est le plus cher de tous. Il est le plus complet, le plus abouti, et aussi celui qui véhicule le mieux ma vision du monde. Je l’ai d’ailleurs écrit au départ comme un testament à mes enfants.

Mélu: Lequel t’a donné le plus de fil à retordre ?

Elen Brig Koridwen: De très loin, le tome 1 d’ »Élie et l’Apocalypse », que j’ai commencé en novembre 2007 et achevé en 2015 dans sa version actuelle. C’était ma première incursion dans le fantastique et l’anticipation, et je sortais de quelques années à écrire des choses très différentes, très loin de mon style naturel.
En plus, ce roman a exigé un colossal travail documentaire.
EELA 1 représentait en tout plus de 10 000 heures de travail quand je l’ai remis à mon éditeur fin 2011 ; et depuis lors, je l’ai entièrement remanié avant de l’autoéditer sur Amazon, c’est dire !

Mélu: Comment se passent tes séances d’écriture ? As-tu des techniques, des rituels ?

Elen Brig Koridwen: J’écris au lit à cause de mon état de santé. En général, je m’y mets après mon petit déjeuner, pendant lequel je lis mes mails, messages etc, et je n’arrête que le soir lorsque je tombe d’épuisement. Je travaille très vite, beaucoup trop ; jusqu’à une époque récente, je m’énervais sur les claviers, qui ne suivaient pas le rythme. Je prends mes repas sur un plateau, sans cesser de travailler, bref je suis un vrai forçat, une droguée de l’écriture ! En vérité, cela m’épuise, mais je ne sais pas faire autrement. Heureusement, grâce à mes amis facebook, j’ai appris – assez récemment – à faire des pauses pour parcourir les publications, ce qui me permet de décompresser un peu de temps en temps.
Pour le procédé d’écriture : un premier jet assez lent, que je reformule au fur et à mesure pour ne pas me faire trop honte, car mes premiers jets sont immondes. Du coup, seulement 3 pages par jour. Ensuite, ma partie préférée : le remaniement. Là, j’adore, et ça va très vite. En revanche, j’ai besoin de revoir ma copie d’innombrables fois, en laissant refroidir entre chaque passage pour avoir un regard neuf.
Mais pour être parfaitement honnête, je n’écris rien de neuf depuis plusieurs mois. Je rénove et publie d’anciens romans, je travaille bénévolement pour des amis auteurs, et je me consacre beaucoup à mes groupes facebook. Sans compter les promotions non planifiées de « Zone franche », dont je n’avais pas du tout prévu qu’il intégrerait le top 100 en mars-avril, et de « Propos d’homme à homme », qui a été remarqué sur monBestSeller à la même époque, puis la préparation de « Marges forcées » que j’ai décidé il y a un mois de faire participer aux Plumes Francophones.

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Mélu: As-tu des relecteurs, des bêta-lecteurs ? Comment les choisis-tu ?

Elen Brig Koridwen: Mes premiers bêta-lecteurs « extra-familiaux » sont intervenus sur le tome 1 d’« Élie et l’Apocalypse » ; principalement une étudiante en lettres amie de mon fils. Un critique littéraire de « Rêves et Cris », Joachim Pozzoli, a eu la gentillesse de bêta-lire le début du tome 2, ainsi que la blogueuse Pascale Rousseau. Ensuite, je suis restée longtemps dans l’isolement. Tu as toi-même bêta-lu il y a quelques années un roman épistolaire que je garde encore au secret 😉 Et récemment, l’auteur Colette Bacro a assuré dans l’urgence la bêta-lecture de « Marges forcées », que j’avais écrit il y a 15 ans mais que je voulais soumettre à un regard neuf avant de le présenter aux Plumes Francophones.
Je suis avide des impressions de lecteurs de tous horizons, et je prends toujours attentivement en compte les critiques négatives, quelle que soit ma décision finale : en tenir compte ou non. Bien souvent, une critique négative est un éclairage utile, une opportunité d’améliorer un texte. Et il n’est jamais trop tard, puisque l’un des atouts à mes yeux de l’édition numérique, c’est la possibilité d’amender ses écrits autant que nécessaire. Je ne suis jamais pleinement satisfaite de mon travail, alors je déteste l’idée de rendre ma copie sous une forme irréversible…

Mélu: Quels conseils donnerais-tu à un jeune auteur débutant ?

Elen Brig Koridwen: D’abord, lire le plus possible. On ne peut pas espérer devenir un véritable auteur en ayant lu « Harry Potter » et « Twilight ». Ce que je dis peut sembler dur, mais en tant qu’auteurs, nous sommes faits de ce que nous avons lu.
Essayer de choisir un sujet original ; ne surtout pas se contenter de faire une énième  resucée, si j’ose dire, du « Journal d’un vampire » ou de « 50 nuances de Grey »;-)
Ne pas essayer de faire un livre qui va plaire, mais plutôt écrire une histoire qui remue quelque chose en nous-mêmes. L’émotion de l’auteur se transmet au lecteur. C’est une chaîne vertueuse, un passage de témoin, une contamination positive : notre envie d’écrire, nous l’avons reçue des auteurs qui ont su nous toucher, et certains de nos lecteurs la contracteront à leur tour…
Ensuite, après le premier jet, travailler inlassablement. Faute de temps, je ne l’ai pas fait étant jeune, et c’était un tort. Comme je l’ai dit dans une autre interview, écrire, c’est 10 % de talent et 90 % de travail. Le génie n’existe pas ; il peut y avoir un élan, une musique innée (ou plus exactement, acquise à travers nos lectures), mais tout le reste, c’est du travail, du travail, du travail.

EBK en conférence sur l’Apocalypse au salon Fantasy en Beaujolais

Mélu: Tu es actuellement très engagée dans la défense de l’auto-édition et des auteurs indépendants. Peux-tu nous expliquer pourquoi ce sujet te tient à cœur ?

Elen Brig Koridwen: Je connais trop le monde de l’édition traditionnelle pour approuver ses modes de sélection. Leur résultat, c’est qu’une énorme quantité d’auteurs talentueux ne seront jamais repérés. C’est une véritable injustice, et ne croyons surtout pas qu’elle va disparaître à présent que tout un chacun peut s’autoéditer sur le Net. Au contraire, ce sera encore pire !
Je m’explique : il fut un temps où un auteur de talent pouvait espérer, à force de frapper aux portes des maisons d’édition, finir par être élu par l’une d’entre elles. Aujourd’hui, les maisons d’édition ont du mal à survivre, elles doivent faire du chiffre, donc comme toute entreprise, elles produisent ce qui se vend : des plumes déjà réputées, des livres non pas écrits, mais signés par des célébrités, et des ouvrages « vendeurs » qui surfent sur la mode, l’actualité ou les goûts du grand public. Alors à de très rares exceptions près, les très rares auteurs inconnus sélectionnés pour leur qualité littéraire sont issus des cercles relationnels de l’éditeur. Sauf hasard extraordinaire, ils ne lui rapporteront rien ; ce sont des services rendus. Même si parfois, bingo : ils plaisent au public, les éditeurs savent bien qu’ils ne peuvent pas courir ce risque trop souvent, et encore moins avec de parfaits inconnus.
Sur le Net, le problème est différent mais non moins insurmontable : la quantité de manuscrits mis en ligne est telle qu’un ouvrage de qualité n’est forcément qu’une goutte d’eau dans l’océan. Or, là, en plus, il n’y a aucun prescripteur institutionnel.
Les blogueurs prescrivent de lire les livres qu’ils aiment, bien sûr, merci à eux, mais leur audience est forcément limitée, d’autant plus qu’étant eux-mêmes légion, ils sont aussi dilués que les auteurs. De plus, on se plaît trop souvent à réfuter leur compétence.
Les plateformes ne se livrent à aucun tri pour faire émerger les auteurs talentueux : Amazon est comme un éditeur traditionnel : il cherche à vendre, donc ce sont les ouvrages « grand public » faciles à lire, les Mc Do de l’écriture, qui saturent le top 100. Et les autres plateformes ont pour vocation de donner sa chance à tout un chacun, ce qui fait qu’on n’y trouve jamais d’accès direct à un « Top qualité ». J’ajouterai que, non, les commentaires des lecteurs ne permettent pas de trier les ouvrages qui sortent de l’ordinaire, parce que la popularité d’un livre procède de toutes sortes de critères, comme la popularité du sujet traité, ou la facilité des lecteurs à se glisser dans la peau des personnages. Donc, peut-être que les ouvrages les plus « grand public » seront visibles, mais ce ne seront pas forcément les mieux écrits. C’est même souvent l’inverse, parce qu’un livre bien écrit est souvent, à première vue, perçu comme un livre « difficile ».
C’est la raison pour laquelle j’ai créé 2 groupes facebook : « Les auteurs différents », qui vise à rassembler les auteurs dont la plume sort de l’ordinaire, et « Les blogueurs difficiles », qui, eux-mêmes dotés d’un style de qualité, s’attachent à promouvoir une littérature remarquable. Le but étant de mettre en place un site qui servira de vitrine la plus large et diversifiée possible, à la fois au meilleur des auteurs indépendants et au meilleur de la blogosphère littéraire. Pour que l’on ne lise plus jamais que les indés sont des écrivains ratés, et les blog’litt des amateurs qui jouent au critique littéraire…
On me reprochera peut-être une démarche « élitiste ». Je répondrai que si tous les magasins ont des vitrines présentant des articles qui font rêver, ce n’est pas par mépris du reste du stock, mais parce que le haut-de-gamme qui attire des clients à l’intérieur profite à l’ensemble des collections. De même, si l’on cesse de prendre l’autoédition pour la voie des nuls, des laissés-pour-compte, tous les auteurs autoédités auront à y gagner.
Cela d’autant plus que, j’en suis certaine, l’édition indépendante représente l’avenir. Les poids-lourds de l’édition, qui le savent très bien, tirent profit du chaos actuel, tout en planifiant à coup sûr de l’organiser discrètement pour servir leurs intérêts. Tôt ou tard, de nouvelles plateformes auront pour but caché de promouvoir les « poulains » (officiellement « auteurs indépendants ») de tel ou tel gros éditeur qui aura eu l’intelligence de se diversifier en devenant accessoirement agent littéraire. Alors n’attendons pas de nous faire voler notre liberté, organisons-nous par nous-mêmes !

Grand merci, Mélu, pour cette interview qui m’a permis d’exprimer une fois de plus mes convictions…

Merci à toi de nous avoir accordé du temps!

Et n’hésitez pas à découvrir les romans d’Elen Brig Koridwen, tous disponibles sur Amazon!

 

– Mélusine –