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Diana Bishop est la dernière d’une longue lignée de sorcières, mais elle a renoncé depuis longtemps à son héritage familial pour privilégier ses recherches universitaires, une vie simple et ordinaire. Jusqu’au jour où elle emprunte un manuscrit alchimique : L’Ashmole 782. Elle ignore alors qu’elle vient de réveiller un ancien et terrible secret, et que tous – démons, sorcières et vampires – le convoitent ardemment. Parmi eux, Matthew Clairmont, un vampire aussi redoutable qu’énigmatique. Un tueur, lui a-t-on dit. Diana se retrouve très vite au coeur de la tourmente, entre un manuscrit maudit et un amour impossible.

J’ai commencé à m’intéresser à cette trilogie après avoir entendu l’auteur en parler lors d’une conférence aux Utopiales 2014. Malgré un penchant pour la fantasy, je suis assez méfiante quand on me parle démons, sorcières, et surtout, vampires, car je me retrouve vite dépassée par l’offre immense disponible dans ce domaine, et, malgré quelques découvertes très sympa, j’ai assez souvent été déçue. Finalement, entendre Deborah Harkness parler de son oeuvre, dont le troisième tome venait juste de sortir en anglais, et surtout l’écouter décrire sa vision des créatures mises en scène dans son récit, m’a suffisamment intriguée pour me donner envie de me lancer, malgré l’aspect romance paranormale qui a tendance à me rebuter.

Effectivement, on n’échappe pas au thème très (trop?) populaire de l’histoire d’amour avec un vampire. Sauf qu’ici, l’amoureuse est une sorcière, et le vampire a le mérite d’être décrit comme un individu certes potentiellement séduisant, mais aussi pourvu de défauts, de faiblesses, bref, d’une vraie personnalité. Deborah Harkness décrit Matthew, et également les autres vampires qui apparaissent dans le récit, en prenant vraiment en compte leur côté prédateur (parfois ils font même peur, et les scènes où ils tuent des animaux ou des humains, sans être horribles, montrent bien qu’il est impossible d’être sexy et propre quand on égorge quelqu’un pour boire son sang!). L’auteur montre aussi qu’il est difficile de rester sain d’esprit après avoir vécu plusieurs centaines ou milliers d’années. Ce sont des aspects que j’ai apprécié, qui m’ont aidé à dépasser mes a-priori sur le roman et à m’attacher au personnage de Matthew. Son côté extrèmement protecteur envers Diana, même si je l’ai trouvé crispant, possède une explication logique et rationnelle, et j’ai particulièrement adoré, dans le deuxième tome, un passage où l’héroine explique à Matthew leur histoire d’amour vue sous l’angle de la bit-lit. L’auteur joue avec les mêmes codes, mais parvient à faire de son roman quelque chose de différent. C’est rafraîchissant et réussi.
Diana, quant à elle, est une héroine attachante, quoiqu’un peu froide au début du récit. Je l’ai préférée dans les tomes suivants, notamment parce qu’elle gagne en maturité et en dynamisme. En effet, dans le premier volume, elle se jette à pieds joints dans son histoire d’amour avec Matthew, et même si c’est surtout dû à son ignorance des règles du monde dans lequel elle vit, il y a quand même des détails qui m’ont fait tiquer. Par exemple, alors qu’il s’agit d’une jeune femme qui veut tout contrôler, et qui réfléchit beaucoup avant d’agir, lorsqu’elle rencontre Matthew, elle ne se pose pas vraiment la question des conséquences que peut avoir une histoire d’amour avec un vampire, un prédateur, un homme beaucoup plus âgé qu’elle (et on ne parle pas ici de décennies, mais bien de siècles!), et surtout qui ne vieillira pas du tout au même rythme. Personnellement, je crois que ce sont des questions qui me traverseraient l’esprit assez vite, pas vous?
Les autres personnages (et on en croise un certain nombre au cours des trois tomes!) sont tous bien campés, avec des personnalités distinctes et travaillées. Le thème de la famille est central dans le récit, et la plupart des personnages principaux et secondaires sont liés par des liens de parentés, qu’il s’agisse de liens génétiques, affectifs, ou d’adoption. Cela peut être déroutant en début de lecture, mais finalement, on s’y habitue assez vite, et j’ai bien aimé la façon dont cette thématique était traitée, avec réalisme et sans tomber dans la facilité.

En ce qui concerne l’intrigue, Deborah Harkness, en plaçant ses héros dans un milieu universitaire, où la recherche patiente et minutieuse prévaut sur l’action, annonce la couleur. Le récit suit son petit bonhomme de chemin, sans précipitation, mais sans ennui non plus (il y a peut-être un ou deux passages un peu longs dans le premier tome, mais j’ai trouvé les autres très réussis au niveau du rythme). Les révélations tombent au moment voulu, chaque scène a une incidence sur la suite, et, comme Diana, le lecteur découvre les indices en ayant vraiment l’impression d’avoir participé à un groupe de recherches, voire à une chasse au trésor. Bien sûr, les trois tomes comptent quelques scènes d’action pure, mais malgré leur qualité, ce n’est pas forcément les passages qui m’ont le plus marquée.
En posant son décor dans les bibliothèques universitaires d’Oxford, puis dans l’Europe de la Renaissance, avant de faire un petit passage, entre autre, par les laboratoires de Yale, l’auteur propose également une intrigue ambitieuse, tant sur le plan scientifique qu’historique. Tout est soigneusement documenté, et les descriptions sont bien présentes, sans pour autant alourdir le récit, de même que les descriptions d’oeuvre d’arts et les citations de textes anciens. Lorsque Diana et Matthew voyagent dans le temps, j’ai vraiment eu l’impression d’y être à leur coté, tant les détails fournis sont bien trouvés et totalement en adéquation avec le rythme du récit. Contrairement à d’autres trilogies, où le deuxième tome fait souvent figure de longue transition, ici, c’est peut-être celui qui m’a le plus plu, justement à cause de l’aspect voyage temporel, que j’ai trouvé particulièrement prenant et réussi.

Et la romance, dans tout ça? Car oui, l’histoire d’amour entre Diana et Matthew est bien au coeur de l’histoire, et les différentes maisons d’édition qui ont publié la trilogie ne se privent pas de la mettre en avant (en même temps, elles font leur travail, nous sommes d’accord!). Effectivement, dans le premier tome, la rencontre entre Diana, la sorcière qui refuse d’utiliser ses pouvoirs, et Matthew, le vampire (qui, comme il se doit, cache quelques lourds secrets et une ribambelles de victimes), tient une place centrale. Heureusement (pour moi, la lectrice qui n’aime pas trop les trucs à l’eau de rose), ils ne se tournent pas autour pendant trop longtemps, et on entre assez rapidement dans le vif du sujet (et oui, il y a des scènes au cours desquelles ils ne sont pas tout à fait habillés, mais ce n’est pas de ça que je parle!), c’est à dire le fait que leur histoire d’amour est interdite. Cela va évidemment déclencher toute une série de manoeuvres de la part des différents partis concernés, et Diana va se rendre compte qu’elle a mis le doigt (et le reste) dans un engrenage politique bien plus important que ce qu’elle soupçonnait.
Alors que le premier tome se déroule sur quelques semaines, les deux autres représentent des mois, voire des années de la vie des deux héros. Passée l’euphorie de la rencontre, ils doivent apprendre à vivre ensemble, et j’ai trouvé que Deborah Harkness s’en sortait bien, en montrant une vie de couple au quotidien, tout en insistant sur l’amour inconditionnel que se vouent les deux personnages. Elle insiste aussi sur la difficulté qu’ils éprouvent à gérer cette relation interdite, tous les aspects politiques qui en découlent, ainsi que la quête du livre perdu des sortilèges, qui est au coeur de l’intrigue sans que personne n’ait l’air de savoir vraiment de quoi il s’agit (je vous rassure, c’est expliqué à la fin^^). C’est là que Diana devient véritablement attachante, à mon sens, car son côté volontaire et fort émerge au milieu de ces difficultés, ce qui la rend d’autant plus intéressante.

La narration, d’abord portée presque entièrement par le personnage de Diana, se divise peu à peu, au cours du récit, entre plusieurs personnages. Le style d’écriture agréable et travaillé de l’auteur, ainsi que la fluidité des transitions, font que ces changements ne sont absolument déroutants. Parfois, il me fallait même quelques secondes pour réaliser consciemment qu’on venait de changer de narrateur, tant j’étais happée par l’histoire! Ces différents points de vue nous permettent d’explorer de nombreux décors, très variés, et renforcent la richesse de l’intrigue.

C’est cette complexité, ainsi que le mélange des genres très maîtrisé, qui font vraiment du Livre Perdu des Sortilèges une série originale, qui contient juste le bon degré d’érudition pour faire fonctionner les méninges, tout en restant complètement accessible. Après avoir lu la trilogie d’une traite, c’est presque avec regret que j’ai quitté Diana, Matthew, et leur monde peuplé d’humains, de sorcières, de vampires et de démons. Une belle série, accessible au lecteur qui souhaiterait découvrir les littératures imaginaires, comme à celui qui s’y sent déjà à l’aise.

~Marmotte ~