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« Nous avions connu des siècles de grandeur, de fortune et de pouvoir. Des temps héroïques où nos usines produisaient à plein régime, et où nos richesses débordaient de nos maisons.
Mais un jour, les vents tournèrent, emportant avec eux nos anciennes gloires. Une époque nouvelle commença. Sans rêve, sans désir.
Nous ne vivions plus qu’à moitié, lorsque Bo entra, un matin d’hiver, dans la salle des machines. »

Folle amoureuse de Bo, l’étranger, Hama est contrainte de fuir avec lui. Commence alors pour eux un fabuleux périple à travers des territoires inconnus. Leur amour survivra-t-il à cette épreuve ? Parviendront-ils un jour à trouver leur place dans ce monde ?

Il y a beaucoup de romans jeunesse (ou même pour adultes) qui racontent comment deux personnages tombent amoureux, et, après bien des péripéties et des retournements de situations, finissent par former un couple. Dans Tant que nous sommes vivants, Bo et Hama s’aiment dès les premières pages du livre, et c’est moins la façon dont ils tombent amoureux qui constitue l’objet du livre, que la manière dont ils vont faire perdurer leur couple, en essayant de rester fidèles à leur promesse de ne jamais se séparer. En plus d’affronter des épreuves matérielles, comme leur fuite de la ville où ils sont rencontrés, puis leur errance à travers des terres inconnues, chacun d’entre eux tente de se reconstruire psychologiquement : Hama est aux prises avec un grave handicap, Bo est rongé par la culpabilité. Au cours de leur périple, ils vont tous les deux changer, évoluer physiquement et mentalement, et ces transformations, qui reflètent évidemment ce qui se passe dans la vie réelle, vont modifier et mettre à l’épreuve leur relation.

L’histoire se passe dans un monde imaginaire décrit sobrement, comme dans un conte. Il y a d’abord la Ville, une cité industrielle sur le déclin, avec ses ouvriers, ses cafés, et son cabaret, puis une forêt où vivent de petits êtres étranges, presque magiques, et enfin une falaise face à la mer. Étrangement, le récit n’est pas sans me rappeler certains films de Miyazaki, notamment le passage d’endroits très industrialisés à des paysages naturels qu’on devine immenses, et également l’atmosphère, qui oscille entre un fantastique un peu inquiétant, et un côté lumineux. La magie se fait discrète, mais n’est pas remise en question, notamment grâce à l’apparition d’objets dotés de pouvoirs étonnants.

Pour raconter les aventures de Bo et de Hama, Anne-Laure Bondoux réinvente des thèmes chers au conte de fée : quête, apprentissage, découverte de soi, symboles, rêves prémonitoires…, et se tient en permanence en équilibre à la frontière entre le réel et le merveilleux. Les interactions entre les personnages, la description de leur périple, leur vie en général, priment sur l’action, ce qui n’empêche pas le roman de littéralement emporter son lecteur. Les personnages principaux sont profondément attachants, leur histoire d’amour sonne juste, elle est traitée de façon sensible, sans mièvrerie. J’ai apprécié que l’auteur ne choisisse pas la facilité : comme dans les contes de fées les plus anciens, et comme dans la réalité, tout n’est pas parfait, tout ne finit pas forcément bien, et pourtant la vie continue.

Pourtant, comme dans un conte de fée, le charme opère.  Le récit est porté par une très belle écriture, à la fois accessible et ciselée, qui contribue à donner au récit une dimension émouvante, poignante sur certains passages. Elle retranscrit aussi à merveille l’optimisme, la poésie et le côté fantasque de certains personnages.

Cet équilibre délicat, ainsi que la sensibilité avec lesquels sont traités des thèmes souvent compliqués, fait de ce livre un roman qui marque durablement, auquel on repense longtemps après sa lecture.  Destiné aux adolescents, il peut tout aussi bien être apprécié par des adultes. Pour ma part, il a rejoint mon étagère de livres à relire, et je vous reparlerais surement bientôt de cette auteure !

~Marmotte~