Je vais vous faire une confession, assez difficile pour une lectrice qui se veut éclectique: je n’aime pas trop la fantasy. Du coup, lorsque j’ai pour la première fois rencontré Valérie Simon sur un salon, je n’ai pas trop osé l’approcher, parce qu’il est toujours difficile de dire à un auteur sympathique, souriant, et avec lequel on a bien engagé la conversation, que son livre n’ira finalement pas rejoindre nos étagères. Il a fallu que je la recroise, sur d’autres salons, pendant plusieurs années, pour qu’enfin je lui confie mes réticences et que je me laisse tenter. C’est ainsi que je suis entrée dans le monde d’Arkem… Et je m’y suis tellement plu que j’ai décidé de vous y emmener avec moi.

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Originaire d’Alsace, Valérie Simon est d’abord une boulimique de lecture, et garde l’écriture pour ses loisirs, pendant qu’elle se consacre à un cursus dans les arts et le graphisme. En 1997, elle tente d’envoyer un de ses manuscrits aux éditions Fleuve Noir… Et voici comment les quatre tomes d’Arkem sont entrés une première fois dans la lumière.

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Superbes, les couvertures, non?

Puis, Valérie Simon met ses publications entre parenthèse, pour se consacrer à sa vie familiale. Ce n’est qu’après s’être installée en région lyonnaise qu’elle s’intéresse de nouveau à l’écriture… et en 2012, ce sont les éditions du Riez qui donnent à la série Arkem une deuxième vie.

Pour mon plus grand plaisir.

Yanis déesse de la mortLe premier tome nous plonge au coeur d’un conflit entre deux races millénaires, dont va naître un amour improbable. Rosendael est la fille du roi des Elfes de Tisha. Laocoon, un Prince-Démon de Rynantes. Autrement dit, des ennemis jurés, que tout oppose. Pourtant, un soir, ils se rencontrent, et tombent amoureux. Lorsque leur secret est découvert, les amants s’enfuient dans la forêt, mais Rosendael meurt en mettant au monde sa fille. Et certains craignent que ce bébé qui unit les opposés ne soit celui d’une terrible prophétie, celui qui réunira les deux morceaux de la pierre d’Arkem, à la puissance dévastatrice.  Laocoon décide de confier le bébé aux humains: elle sera pour eux la réincarnation de Yanis, leur déesse de la mort, et ils la vénèreront comme telle. Elevée dans une tour d’ivoire et d’illusions, à la merci de l’ambitieuse et sans pitié prêtresse Ancilla qui manipule sa petite déesse comme bon lui semble, Yanis voit resurgir peu à peu les souvenirs de sa véritable ascendance et surtout, se rapproche dangereusement de la prophétie qui la concerne.

Alors oui, l’intrigue de départ n’a rien de très original et à plusieurs reprises, la série pèchera un peu par ses inspirations trop visibles sur les schémas classiques de la fantasy. Mais là où ce roman se démarque, c’est sur son personnage central. D’abord, c’est une fille, et dans la fantasy traditionnelle, mine de rien, elles ne sont pas si nombreuses. En plus, c’est une déesse, et ça, ça claque. Mais pas que: une fausse déesse, mais une vraie créature magique. J’ai adoré la complexité du personnage, la manière dont ses différentes identités se chevauchent, se construisent et se défont. On la voit grandir, affirmer son caractère, être dépassée par ses propres pouvoirs, affronter ses protecteurs devenus geôliers et découvrir à ses dépends sa véritable condition, qui est d’être à la fois tout et personne. Elle est réellement touchante par son ignorance et sa naïveté. C’est ce personnage aussi spontané que mystérieux qui permet à l’intrigue d’éviter les clichés du genre et d’avoir une véritable “patte” bien à elle.

sinien déesse de la vieUne fois séduite par Yanis, il ne me restait qu’à dévorer les tomes suivants. Car la prophétie est bien là, et Yanis porte sur elle la terrible pierre que tout le monde cherche et qu’elle doit purifier, ainsi que le lui rappelle en permanence le jeune mage Kéo Seaghan qui est bien décidé à mener ce projet à bien. Et dès le deuxième tome, celui qui n’était qu’une rencontre aventureuse au début devient un véritable pilier de l’intrigue: il dévoile toute sa puissance de mage mais aussi tout son savoir. Pour autant, c’est loin d’être un personnage qui se prend au sérieux, puisqu’il sait aussi se montrer espiègle et attachant, notamment dans ses faiblesses devant la plastique de déesse (sans jeu de mot) de la jeune fille qu’il escorte. J’ai passé tout le roman à attendre qu’ils se rapprochent et si ma frustration n’a cessé de monter, je dois reconnaître que j’ai aimé  que l’histoire ne cède pas trop vite à cette facilité.

Exit Yanis, bonjour Sinièn : celle qui a passé toute son enfance cloitrée dans un temple et qui découvre la vie, la nature, le monde, avec un plaisir qu’elle ne boude pas. Et au fil de ses nombreuses rencontres, elle s’affirme, découvre qui elle est réellement et ce que cela implique. L’occasion pour Valérie Simon de développer son univers dans toute sa richesse. Le Shegir, colosse monstrueux que l’Innommable a envoyé après Sinièn, ou encore les plantes carnivores du marais sont autant de créatures aussi inquiétantes qu’originales. On croisera aussi des licornes… mais loin d’être ces créatures pures et éthérées auxquelles on s’attend, elles sont imposantes, craintes. De quoi renouveler de manière efficace les personnages classiques de ces univers magiques. J’ai tout particulièrement aimé la confrérie des magiciennes d’Oonagh, fermée aux hommes et rivales des si respectés mages de Lannilis, qui donnent un contrepoint féminin complexe et loin des clichés aux personnages masculins si forts de la fantasy.

tahnee sharnCommence alors la troisième étape de son histoire: la véritable mission pour laquelle elle est née, la purification de la pierre maudite. Elle devient donc Tahnee Sharn, “la lune et les étoiles”, celle qui rassemble les opposés. Et ils se rassemblent, en effet: nains, elfes, démons, magiciennes, humains, licornes, tous unis pour l’accompagner chez les Dragons, là où elle pourra plonger la pierre dans le feu purificateur.

Dans ce tome, encore une fois, Valérie Simon a une mythologie fantastique bien à elle. Après avoir adoré ce qu’elle avait fait des licornes dans les tomes précédents, j’ai découvert avec ravissement ses dragons, des créatures aussi puissantes et respectées qu’effrayantes, qui ne communiquent qu’avec de rares élus. Et bien évidemment, le clou du livre reste la Reine Vampire, bien loin du romantisme auquel on peut être habitué maintenant : un monstre à la séduction trompeuse qui attire par le sang et le sexe pour mieux redevenir une bête à la première occasion.  Des créatures surprenantes, complexes, avec lesquelles il ne faut pas s’attendre à être en terrain connu. Le point fort de ce roman, ce sont donc les multiples rencontres qui jalonnent la route, dont on ne sait jamais vraiment s’ils vont être alliés ou ennemis.

morwen deesse de l'amourL’histoire pourrait s’arrêter là. Mais non. Car après avoir passé trois tomes à se chercher, celle qui n’était venue au monde que pour accomplir la prophétie a-t-elle encore quelque chose à vivre? C’est en tout cas ce que se propose de raconter le dernier tome. Après la fin de la quête, que reste-t-il? L’identité de Morwen, qui a été avant Tahnee-Sharn, Sinièn ou Yanis, est plus que jamais une véritable énigme.

Nous la retrouvons sur un champ de ruine, errant à la recherche d’elle-même. Tout est à reconstruire, alors elle reconstruit tout: elle erre dans la forêt, trouve asile dans un nouveau pays qui ignore tout d’elle et qui tombe pourtant sous son charme. Le monde des hommes n’est pas pour autant celui de la paix car, là encore, son pouvoir effraie et réveille les plus bas instincts.

J’ai quitté cette série émerveillée, avec un pincement au coeur de la voir se terminer. Mais je me console: Valérie Simon nous prépare déjà une autre histoire, prévue pour ce printemps: La Reine des Esprits, dont voici le visuel et la 4ème de couverture:

Dans un empire dépendant de l’exploitation économique du Cristal, des femmes, les Initiées Denaia, noyautent les plus hautes sphères du pouvoir. Jeunes et extrêmement belles, elles ont été formées pour contrôler leurs corps et leurs esprits de façon implacable. Elles obéissent à une « Mère » qui intrigue pour s’arroger un pouvoir politique garantissant leur hégémonie. Depuis des années, ces Initiées cherchent à s’emparer de l’économie du Cristal, source de toutes les richesses et de toutes les convoitises. Pour cela, il est nécessaire de se débarrasser d’Alia, la jeune héritière. Les Initiées ne reculeront devant rien pour parvenir à leurs fins, y compris le meurtre. Pourtant, Alia n’est pas aussi démunie que son jeune âge pourrait le laisser entendre : elle aussi a suivi une formation d’Initiée, et ses propres alliés sont nombreux. Mais surtout, elle vient de se découvrir un don effrayant. Elle est capable de lire les pensées des hommes qu’elle touche.

Alléchant, non? Alors juste avant la parution de cette nouvelle série, j’ai pu poser à Valérie Simon quelques petites questions et comme c’est quelqu’un de très sympa, elle a bien voulu y répondre!

Mélu: Bonjour Valérie! Comment t’es venue l’envie d’écrire ?

Valérie Simon: Bonjour Mélusine.

En réalité, je ne me souviens plus exactement de la première fois où j’ai eu envie d’écrire. J’ai l’impression d’avoir toujours écrit. Je suppose que mes premiers textes datent de mes 10 ou 11 ans, peut-être même plus tôt… J’ai eu envie d’écrire parce que je lisais beaucoup et que certaines histoires me frustraient plus que d’autres. En particulier, je lisais beaucoup de science-fiction, d’aventures, des romans de cape et d’épée, des Bob Morane et tous ces récits avec des aventuriers, des indiens, des loups, des monstres. Seulement, ces romans étaient tous presque exclusivement écrits par des hommes, pour des histoires très « hommes ». Evidemment, j’ai adoré les lire, mais… il manquait quelque chose… Peut-être tout simplement le fait que le héros ne soit jamais une héroïne ? Alors j’ai écrit.

Mélu: Comment s’est passée la première publication ?

Valérie Simon: J’écris pour mon plaisir. Au début, mes premières tentatives de partage avec mes proches m’ont surtout amené des moqueries. Alors j’ai vite évité de demander un avis ! J’ai même plutôt écrit en cachette. Plus tard, je suis devenue graphiste dans une agence de publicité. J’avais demandé l’autorisation à mon patron de travailler mes romans durant les périodes de creux et de pouvoir les imprimer. Comme l’imprimante était dans le bureau de la secrétaire, cette dernière avait l’habitude de me ramener mes feuillets. A la fin du roman (Yanis déesse de la mort), elle m’a avoué qu’elle avait tout lu, qu’elle trouvait ça génial et qu’il fallait à tout prix que j’envoie mon manuscrit à un éditeur. Moi, je n’y tenais pas particulièrement, alors elle m’a dit qu’elle me pourrirait la vie jusqu’à ce que je le fasse. Pour lui faire plaisir, je me suis résignée à l’envoyer à un éditeur qui me semblait un peu connu, c’était Fleuve Noir. Trois semaines plus tard, je recevais un coup de fil du directeur littéraire de la collection Legend. Il voulait me publier. J’ai cru à une blague. Mais, finalement, ce n’en était pas une.

Mélu: Combien de romans as-tu écrits à ce jour ? Les as-tu tous proposés à des éditeurs ?

Valérie Simon: Si je ne compte pas les petits trucs que j’ai écrit quand j’étais plus ou moins gosse, on peut dire qu’à ce jour j’ai écrit 8 romans et 2 novellas. Et oui, ils sont tous chez des éditeurs.
Quatre romans ont donné le cycle Arkem la pierre des ténèbres, actuellement en réédition chez Du Riez.
Deux autres romans forment les tomes 1 et 2 du cycle de La reine des esprits, qui paraîtra aussi aux Editions du Riez. Le premier opus sera édité en mai et s’appellera Coup d’état. Le second est en cours de peaufinage. Il paraîtra en 2016.
J’ai également écrit deux autres romans qui forment un cycle appelé Mysteria IV, du nom de la planète où se déroule l’action. Il s’agit d’une série de Space Fantasy, dont le premier tome a obtenu une aide à l’écriture de la région Rhône-Alpes. Il est actuellement en lecture chez plusieurs éditeurs.
Concernant les novellas (ou romans courts), l’une d’elles paraîtra cette année aux Editions Rebelle dans le cadre d’une anthologie A la recherche de Dracula à Bucarest. Mon texte s’appelle Séismes et se déroule durant… un terrible tremblement de terre.
L’autre novella est en lecture chez un éditeur mais il est encore trop tôt pour en parler avec plus de détails. Je peux juste dire que ce sera de la Fantasy, voire même de la Dark Fantasy. Et que ce sera vraisemblablement une parution 2016.
D’autres projets arrivent tranquillement, en particulier un petit roman qui sera proposé en feuilletons. Celui-là est en cours de rédaction.

Mélu: Tu t’es spécialisée dans la fantasy, peux-tu nous parler de ton attrait pour ce genre ?

Valérie Simon: Eh bien, c’est très simple, j’adore écrire de la fantasy. C’est un genre qui correspond bien à mon style d’écriture : visuel, foisonnant, épique, remplis de sentiments et d’aventures, sans aucune limite dans l’étrange, avec une réelle immersion dans la nature. Je peux tout y mettre : de la romance, de la magie, de la biologie, des sciences, de l’action, des références à des légendes ou à l’Histoire, de la botanique, de l’érotisme. Je m’y sens particulièrement libre. J’adore ça. En plus, j’aime mélanger les genres : ma Fantasy ne parle pas que de magie et de dragons. Elle s’empare aussi d’autres créatures comme les vampires et les loups-garous, voire d’indigènes télépathes vivant sur une autre planète. Surtout, elle véhicule beaucoup de sentiments. Et beaucoup d’amour.
Dans mes lectures, je n’ai pas vraiment de genre préféré. Bien sûr, j’ai une attirance particulière pour l’Imaginaire, mais je cherche avant tout à être transportée par l’histoire, à devenir accro aux personnages, à leur destin. Je fais aussi attention à l’écriture et au style mais, en gros, je suis une midinette. J’aime les histoires qui reflètent des sentiments forts : l’amour, la peur, le suspense… J’apprécie le souffle épique, les aventures, le tumulte, l’évasion. J’essaie vraiment de mettre tout ça dans mes écrits.

Mélu: Tu écris aussi beaucoup de nouvelles. Quel intérêt trouves-tu à ce format par rapport aux romans ?

Valérie Simon: Au début, je l’avoue, je n’en voyais aucun. Je suis bavarde, j’ai besoin d’ampleur et le roman est un format idéal lorsqu’on aime l’épique. Ecrire quelque chose de court était pour moi un véritable non-sens où je n’avais pas l’intention de m’aventurer.
Et puis j’ai été sollicitée par Henri Loevenbruck et Alain Névant pour leur anthologie Fantasy 18 grands récits de merveilleux (Fleuve Noir). Un beau challenge. Et une vraie torture ! Mais mon texte (Histoire de Razörod le serpent) est paru aux côtés de Werber, Gaborit, Généfort, Grimbert, Pelot, Pagel, Colin, etc… j’en suis encore toute émue !
Ensuite, Jean-Marc Ligny est venu me chercher pour Cosmic Erotica, une anthologie féminine (J’ai Lu, collection Millénaires), où j’ai côtoyé des auteurs comme Poppy Z Brite, Pat Cadigan, Tanith Lee !!!! et j’ai vraiment commencé à apprivoiser le genre. Mon texte est « sorti » tout seul. Maintenant encore, Le Loup est une de mes histoires préférées.
Par la suite, j’ai pris l’habitude d’écrire des petits textes, y compris pendant le break qui m’a permis d’élever mes deux garçons. Lorsque j’ai décidé de revenir dans la publication professionnelle, je me suis donc tout naturellement orientée vers des textes courts. Il me permettait de parler de sujets plus graves, d’insérer peut-être des sentiments plus personnels, plus poétiques aussi… Cette approche est d’autant plus facile qu’il existe de nombreux appels à textes, aussi bien pour des anthologies, des fanzines, des revues et des sites internet. Auxquels on peut rajouter maintenant les publications numériques.
Du coup, je m’amuse beaucoup à explorer des thèmes vers lesquels je n’aurai pas osé travailler en gros format. J’adore apprivoiser du troll (Vapeurs éthyliques dans l’anthologie Sang tripes et Boyaux, La porte Littéraire), du vampire (Le regard de la mère, Editions Bragelonne), du zombie (La Vénus du quartier des platanes, Editions Bragelonne), du chat (La nuit du chat gris, Editions Bragelonne)… C’est vraiment fun.
Et puis, cela me permet d’alterner avec mon travail sur un roman, en m’oxygénant agréablement le cerveau. Finalement, écrire une nouvelle est pour moi une véritable récréation.

Mélu: Comment se passent tes séances d’écriture ? As-tu des techniques, des rituels ?

Valérie Simon: Mon plus gros rituel, c’est la régularité. J’écris tous les jours (même si je ralentis un peu les week-ends). J’écris en général à des heures fixes et on peut dire que je suis plutôt du matin. Je commence vers 7h30/8h mais, lorsque je suis à fond sur un roman, je me réveille naturellement vers 4h du matin, l’esprit foisonnant d’un sentiment d’urgence. Je suis prise par une hâte un peu idiote, j’ai la peur panique d’oublier une phrase qui m’est venue dans la nuit. J’ai tout le temps un carnet sur moi.
Dans ces moments d’écriture intense, je déteste être interrompue. La seule digression que je m’autorise, c’est de faire du thé. J’en bois des litres et des litres. J’aime découvrir de nouvelles saveurs, y compris parmi les infusions, mais un de mes délices préférés, c’est le thé à la menthe. On m’a appris à le faire comme à la frontière du Sahara. Avec de la menthe fraîchement cueillie dans le jardin. C’est un de mes péchés mignons.
Sinon, j’écris à peu près n’importe où, y compris en voyage, mais j’avoue que mon endroit préféré, c’est chez moi, face à la baie vitrée qui donne sur ma terrasse plein sud. J’ai déserté le bureau que j’avais installé dans une chambre, parce qu’il n’y avait qu’un velux et que je ne supportais plus d’être tournée vers un mur aveugle. J’ai investi la table de la salle à manger, face à cette fameuse baie vitrée qui donne sur mon jardin (en pots) que j’adore. Pour avoir l’esprit libre, j’ai besoin de voir le ciel, les saisons, la verdure, les oiseaux, le soleil, la lune, la pluie, le vent… L’inconvénient, c’est que, le soir et le week-end, c’est la pièce la plus passante, et donc la plus bruyante. Alors je m’isole dans de la musique. C’est un pis-aller. Je préfère écrire dans le silence.

Mélu: As-tu des relecteurs, des bêta-lecteurs ? Comment les choisis-tu ?

Valérie Simon: Je ne supporte pas de faire lire un texte en cours d’élaboration. J’attends toujours que mon texte me semble le plus abouti possible, alors je me tourne vers ma seule et unique bêta-lectrice. C’est une amie de confiance, qui aime lire ce que j’écris, qui en est fan, même, mais qui demeure très objective, très réaliste, et vraiment sans concessions. Je ne l’ai pas « choisie » en tant que bêta-lectrice, c’était tout simplement une évidence. Peut-être parce que nous avons des goûts similaires dans nos lectures ? Je n’ai pas peur de son regard car je sais que ses remarques sont constructives. Elle pointe des choses que je ressens sans que je parvienne à les formuler. Elle est l’intransigeance implacable qui corrige mes moments de paresse.
Je l’apprécie d’autant plus qu’elle sait aussi me dire ce qui est bien (et ça, c’est très chouette à entendre !).
Evidemment, parfois nous ne sommes pas d’accord, mais c’est extrêmement rare. Nous avons alors des débats passionnants, durant des heures et des heures au téléphone. En même temps, la pauvre, je crois que je la torture vraiment. Elle prend ces moments de relecture sur son temps libre. Or moi, une fois le texte fini, j’ai une impatience folle. Je la harcèle véritablement. Je m’en veux, mais je ne peux pas m’en empêcher. Dans ces moments-là, elle est d’une patience exemplaire.

Mélu: Quels conseils donnerais-tu à un jeune auteur débutant ?

Valérie Simon: C’est bien simple : lire, lire, lire. Puis écrire, écrire, écrire.
Peut-être aussi se demander si écrire est une nécessité…
Personnellement, j’écrivais avant d’être éditée, j’ai continué à écrire pendant le gros break que j’ai fait, j’écrirais toujours même si je n’étais plus du tout éditée. Si un jeune auteur a besoin d’écrire avec cette même évidence, alors qu’il ne se pose pas de question : qu’il écrive. Puis qu’il envoie ses manuscrits. Je ne remercierai jamais assez cette secrétaire qui m’a poussée à envoyer mon manuscrit la toute première fois. Je ne le savais pas à l’époque mais, finalement, lorsqu’un texte est écrit et qu’on n’a plus rien à faire avec, il ne reste qu’un seul moyen pour le rendre à nouveau vivant : il faut le faire devenir un livre. Chaque lecture est une résurrection.

 Un grand merci à Valérie Simon pour ses romans et pour ses réponses! Vous pouvez la retrouver sur son site internet, et sur tous ses salons où elle vous attend avec Oscar!

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