Couverture L'échiquier de la reine

 

A 22 ans, au coeur du XVIIe siècle, la reine Christine renonce à la couronne de Suède pour s’installer à Rome, entourée de savants et d’artistes.
Toute sa vie, des lacs suédois à l’île de Capri, des ors de Fontainebleau au siège de Vienne, elle n’aura de cesse de vivre libre, se consacrant à sa passion pour l’art et la science et défendant les minorités religieuses. Mais est-il possible de se retirer de l’échiquier politique alors qu’on voudrait garder fixés sur soi les yeux de l’Europe ? Etre l’un des plus grands esprits de son temps suffit-il à attirer l’amour ? Et comment peut-on, lorsqu’on a été trahie, punir les deux hommes de sa vie. Une biographie compassée n’aurait su rendre hommage à Christine de Suède, cette reine scandaleuse et formidablement moderne.

Avec ces mémoires fictifs, Yann Kerlau nous propose un petit pavé qui, étonnamment, et malgré son nombre de pages, se lit facilement. Les changements de point de vue ne sont pas étrangers à cette impression de rapidité ; grâce à eux, on découvre non seulement la reine Christine de Suède, mais aussi les différentes personnes de son entourage. C’est aussi une façon de mettre en perspective les propos et les impressions de la reine, et on découvre à plusieurs reprises avant elle à quelle point elle a été trahie ou s’est fait des illusions. De plus, le style agréable et limpide apporte beaucoup de fluidité au roman.

L’auteur réussit à faire un portrait très humain de son personnage principal, mettant en valeur son extraordinaire intelligence, ses talents de diplomate, sa culture et son amour pour l’art, mais aussi son goût pour le faste, sa folie des dépenses, sa cruauté. Il nous donne aussi à voir, de façon efficace et pourtant progressive, l‘évolution du personnage dans le temps : à mesure qu’elle vieillit, la reine de Suède devient de plus en plus aigrie, jalouse, ourdissant des plans machiavéliques pour garder auprès d’elle l’homme qu’elle aime, mais néanmoins complètement lucide sur son manque d’attraits physiques, ce qui la pousse au cynisme.

En décrivant la vie d’un personnage atypique, qui se retrouve de fait au centre de l’échiquier théologique et géopolitique du XVIIème siècle, Yann Kerlau s’attelle aussi à la tâche ambitieuse de nous faire vivre cette époque de grands changements religieux, culturels, scientifiques et territoriaux. A travers les lettres de Christine, les descriptions de ses voyages, de ses lectures et de ses machinations, c’est toute l’Europe que l’on traverse, au rythme tranquille mais sans temps mort de ce roman qui parvient avec succès à mélanger précision historique, mémoires et aventure. Un portrait réaliste d’un personnage charismatique et complexe, témoin d’une époque de conflits et de bouleversements.

~Marmotte~