Il y a quelques années, un auteur que j’aime beaucoup (Jean Vigne, pour ne pas le citer) m’a mise en contact avec les éditions du Petit Caveau. Une petite maison d’édition, amatrice de vampire dans leur plus pure tradition, et qui en a fait sa ligne éditoriale. Pas très original, pensez-vous? Que nenni! Créée avant que la mode de la bit-litt devienne un véritable phénomène littéraire et commercial, elle a su attirer mon attention par sa variété étonnante. Si je n’ai pas tout adoré dans ce que j’ai lu chez eux, je salue leur éclectisme et l’originalité de leurs découvertes.

le manoir des immortelsDans leur veine la plus traditionnelle, la collection « Sang d’absinthe » regroupe des histoires qui replongent dans la période de prédilection des vampires, l’époque victorienne. La série phare de cette collection est celle des Soupirs de Londres, par Ambre Dubois. Son premier opus, Le Manoir des Immortels, frappe un grand coup en mêlant le mythe vampirique et celui de Jack l’Eventreur: la communauté vampirique londonienne s’y inquiète qu’un des leurs se soit laissé aller à commettre ces meurtres affreux. L’enquête s’ouvre autour de Stella, une vampire également adepte de la sorcellerie, qui s’infiltre dans une famille de la bonne société pour observer de près le comportement de leur fils.

Ce premier tome de la série présente un univers particulièrement intéressant: une petite communauté rassemblée autour d’un leader plus par nécessité que par réel attachement, dont le fonctionnement reste très mystérieux. Il a cependant les défauts d’un premier tome, c’est-à-dire de laisser beaucoup de pistes inexplorées. Néanmoins, l’intrigue est bien construite et entretient avec efficacité le doute sur l’identité du célèbre tueur. Le gros point fort, c’est évidemment l’ambiance, car le personnage de Jack l’Eventreur, sanglant et sulfureux, correspond si bien à l’univers vampirique que je ne comprends pas qu’il ait été davantage exploité. Ça fonctionne à merveille.

désolationLeur collection « Miroir de sang » propose des romans qui propulse leurs vampires dans des univers de science-fiction. C’est par leur série Le Dernier Vampire de Jean Vigne que j’ai été amenée à la découvrir. Elle commence tout simplement avec la fin du monde, ou presque: un immense astéroïde s’écrase aux Etats-Unis, sur un non moins monstrueux volcan, provoquant des millions de morts et une chute de la température. Les vampires eux aussi se font rares. Et soudain, l’impensable: l’un d’eux découvre que ce n’est plus du sang qui coule dans les veines des hommes, mais une substance verte synthétique qui les protège de presque tous les virus et ralentit considérablement leur vieillissement. Et c’est un poison mortel pour les vampires.

Le scénario apocalyptique est très bien ficelé et nous entraîne dans un roman d’anticipation très convaincant et qui m’a plu en amatrice du genre: on reconnaît volontiers un monde qui pourrait être le nôtre très bientôt, depuis ses merveilles scientifiques et technologiques à ses bas-fonds et oubliés. La découverte de la jeunesse perpétuelle et de ses conséquences, discret thème secondaire, m’a fascinée. Et ce qui m’a encore plus plu, c’est que les vampires trouvent leur place dans cet univers de manière assez réussie, même si je reste un peu sur ma faim pour certains points. Quelques thèmes un peu sous-exploités fournissent, là encore, à ce premier tome les quelques défauts d’un premier tome. Mais le pari était audacieux et il est tenu!

kath renaissanceLeur collection « Sang Noir », quant à elle, fait la part belle aux thrillers haletants et aux aventures mouvementées. Récemment, le premier tome de la série Kath, de Kristoff Valla, a emporté tous mes suffrages. Elle commence en pleine Sibérie, où une équipe d’archéologue vient de découvrir le corps nu et tatoué d’une jeune femme parfaitement conservé dans la glace. Fascinés par ce mystère, les archéologues s’empressent de la libérer. Et c’est un véritable bain de sang. Car la belle endormie est une ancienne reine des vampires, détrônée il y a longtemps. Kath est cependant bien décidé à reprendre sa place et à récupérer ses souvenirs et ses biens, désormais dans un musée de Berlin. C’est là qu’elle croise la route de Jess Andrews, un jeune historien lui aussi envoyé à la recherche de ces précieux artefacts par Peter Donovan, un homme d’affaire new-yorkais.

Avant d’être une histoire de vampire, ce roman est une histoire de vengeance urbaine, sans un seul temps mort: bagarres, courses-poursuites, complots, tout y est, dans une construction très  moderne, de presque cinématographique. L’intrigue policière sur les cadavres que la reine vampire sème derrière elle est loin d’être négligée et qui donne un contrepoint réaliste vraiment intéressant. Ces multiples facettes permettent de mieux apprécier l’originalité de la mythologie mise en place: celle d’un vampire originel et de ses premiers-nés, très puissants, qui régissent avec la plus grande fermeté la création de nouveaux vampires, constatant que la race se dégénère au fil des générations. Un mélange qui fonctionne à merveille!

A noter que le Petit Caveau a aussi été un formidable tremplin pour des auteurs qui y ont fait leurs premières armes! Je citerai par exemple Stéphane Soutoul, qui avant de nous régaler avec Anges d’Apocalypse (publié chez Rebelle) avait publié une trilogie vampirique, Le Cycle des Ames Déchues. Ou encore Marika Gallman et sa série Maeve Regan qui est désormais publiée chez Milady. Si ça, ce n’est pas avoir du nez pour repérer les talents, qu’est-ce que c’est, je vous le demande!

Vous l’aurez compris, il y en a pour tous les goûts et je ne donne ici qu’un bref aperçu de leurs collections. Leur dernier défi: ouvrir une collection « Gothique », inaugurée par le roman Noces d’éternités d’Aude Réco, actuellement en pré-commande.

Très présents sur les réseaux sociaux et particulièrement disponibles, ils ont d’ailleurs accepté de répondre à quelques questions pour que vous les connaissiez mieux!

Mélu: Bonjour! Comment sont nés Les Editions du Petit Caveau ?

Les Editions du Petit Caveau: Tout d’abord bonjour à tous. Les éditions du petit caveau ont vu le jour en 2008, cela fait donc déjà 6 ans. L’aventure a commencé d’un forum qui regroupait des fans de littératures vampiriques. A l’époque, la mode de la bit-litt n’avait pas encore envahi nos étagères et nous guettions avec vigilance chaque sortie un tantinet fantastique. De plus, très peu d’auteurs francophones étaient édités. Alors, l’idée est venue de permettre à ces auteurs, par le biais d’une petite structure, de pouvoir publier des textes fantastiques et de combler, par la même occasion, notre soif de littérature vampirique.

Mélu: Pouvez-vous nous présenter un peu l’équipe ?

Les Editions du Petit Caveau: L’équipe est constituée uniquement de bénévoles qui passent beaucoup de leur temps libre pour faire vivre le projet. Au fil des rencontres et des sorties, quelques auteurs passionnés nous ont également rejoints dans le projet et nous apportent une aide précieuse. Il n’y a pas réellement de hiérarchie à proprement parler, tout le monde à son mot à dire…

Mélu: Vous vous spécialisez dans les histoires de vampire et les romans gothiques : quels sont les autres critères de votre ligne éditoriale ?

Les Editions du Petit Caveau: Nous sommes assez ouverts, nous acceptons autant les romans, les novellas, les recueils de nouvelles et pourquoi pas, si un jour l’occasion se présente, les BD ou les mangas.

Mélu: Comment vous situez-vous par rapport à la « bit-litt », à la mode depuis quelques années ?

Les Editions du Petit Caveau: Comme les autres styles nous l’avons intégré à nos publications et une collection « Sang neuf » lui est dédié. Mais ce n’est pas notre unique genre de publication. Nous publions de tout tant que l’histoire est vampirique ou gothique, que ce soit de la SF, de la romance, du polar, du gothique, de l’uchronie, de l’aventure,…

Mélu: Avez-vous un livre ou un auteur fétiche, ou auquel vous êtes particulièrement attachés ?

Les Editions du Petit Caveau: Comme bon nombre d’entre nous sommes des passionnés qui avons commencé à lire dans les années 80-90, nous apprécions beaucoup des auteurs comme Anne Rice, Jeanne Kalogridis, Barbara Hambly, Fred Saberhagen ou plus récemment des auteurs comme Laurell Hamilton. Il y a aussi un magnifique vivier d’auteurs francophones à découvrir… et là la liste est trop longue pour les citer tous mais nous n’avons pas à rougir devant les anglophones!

Mélu: La plupart de vos titres sont disponibles en numérique à un prix réellement attractif, et vous proposez même des titres sous ce format uniquement. Qu’est-ce qui vous a poussé à vous investir ainsi dans l’édition numérique ?

Les Editions du Petit Caveau: L’envie de toucher un public différent. Si beaucoup de lecteurs sont encore très sensibles à l’objet livre, nous pensons que via le numérique nous pouvons toucher un autre lectorat. Et comme les prix sont plus réduits lors de la sortie de la version numérique, les récits sont également plus facilement accessibles à moindre coût, ce n’est pas négligeable par les temps qui courent…
Il ne faut pas cacher aussi que les publications numériques sont une véritable aubaine pour les petits éditeurs car ce mode de publication à moindre risque permet de se faire au mieux une idée des titres qui fonctionneront ensuite en papier et donc de mieux gérer le budget de l’impression…

Mélu: Quels sont vos projets pour 2015 ? Quelles publications sont particulièrement attendues ?

Les Editions du Petit Caveau: Comme chaque année, nos parutions de 2015 alternerons entre les suites, les rééditions et les nouveautés. Nous aurons notamment l’occasion de publier de nouveaux auteurs dans notre maison et nous en sommes très heureux !
Pour le premier trimestre, nous prévoyons de publier la suite et fin du Dernier Vampire de Jean Vigne, ainsi que la réédition de Belladonna de Cécile Guillot dans notre collection gothique.
Par la suite, ce sera le tour de quelques inédits dont je peux déjà vous révéler les titres : Union mortelle pour un vampire, La main immaculée, L’eau noire,…
Et, comme le format semble plaire à nos lecteurs, nous poursuivons la parution de feuilleton numérique.
Mais nous dévoilerons davantage d’informations dans les semaines à venir…

 Un grand merci pour ces questions!

Et un très grand merci à vous pour vos réponses et votre disponibilité!

Si vous souhaitez mieux découvrir les éditions du Petit Caveau, leurs livres sont tous en vente sur leur site internet, en format papier ou numérique. Faites-vous plaisir!

–  Mélusine –