Je l’avoue, j’ai lu des livres en langues étrangères. Et c’était pas à l’école (enfin, pas tous). Et on m’a même pas forcée. Et je ne suis même pas bilingue. Et même pas maso (enfin, pas toujours).

En fait, en cherchant un peu sur la blogosphère littéraire, la lecture en VO, dans la langue originale de l’auteur, a ses adeptes et commence même avoir sa petite popularité.

lire en VO

Lire en VO, mais pourquoi?

Par goût de l’authenticité, souvent. En lisant en VO, on a le sentiment de lire les mots exacts de l’auteur, d’être plus proche de l’essence du livre et de son univers, de sa culture. Sans filtre, quoi. Tel qu’il a été écrit. Et d’ailleurs, on se rend vite compte que la traduction, inévitablement, peut altérer le texte original et s’en éloigner, ou l’affadir. L’humour, par exemple, ou les jeux de mots passent facilement à la trappe lorsqu’on change de langue. Ou les accents des personnages.

Par challenge personnel, aussi. J’en suis capable, je suis un lecteur de compèt’, rien ne m’arrête! Il faut dire que c’est une sacrée fierté de pouvoir dire « Je l’ai lu, en anglais/italien/serbo-croate dans le texte »! Avec ça, on vous regarde autrement, c’est sûr, c’est bon pour l’ego.

Travailler ses langues étrangères, bien sûr. Parce que nous sommes quand même nombreux à avoir oublié nos verbes irréguliers ou nos déclinaisons depuis le lycée. Et depuis, on a pris un peu de plomb dans la cervelle et on se rend compte que comprendre un peu plus que la langue de Molière, ça aide quand même pas mal.

Nan en vrai, la plupart du temps, ce qui motive souvent à lire en VO ceux qui ne s’y sentait pas forcément attiré c’est: « QUOI? Un an avant la sortie du tome suivant? Avec le cliffhanger de ouf qu’il a mis à la fin? Mais laisse tomber il me faut la suite MAINTENANT! Même si c’est pas traduit, il me la FAUT ». Et oui, si on est décidé à ne pas attendre la traduction, on peut avoir accès à nos livres préférés avant tout le monde, voire à des livres qui ne sortiront peut-être jamais en France, et ça, c’est de l’exclu!

Mes expériences de lecture en VO

Avant toute chose, sachez que je ne vais vous parler ici que de lectures en anglais, parce que c’est la seule langue que je maîtrise assez pour dépasser une page de roman.

harry potterBen ouais, que voulez-vous. Il était tellement attendu et redouté, ce septième et dernier tome d’Harry Potter, que je n’ai pas su attendre la traduction. Surtout qu’avec Internet, tu es à peu près sûr que tout le monde va en parler le lendemain même de sa sortie anglaise en te laissant te ronger les ongles jusqu’au sang. Niet.

Alors c’est quand même un petit pavé, hein, pour débuter c’était ambitieux. Surtout que le vocabulaire fourmille de mots qui n’existent pas, ou que je n’utilise pas tous les jours (« Mais tiens, au fait, comment dit-on « chaudron » en anglais? ou « cape »?  Depuis le temps que je me posais la question! »). Et puis les noms des personnages ont été traduits aussi, alors après avoir passé six tomes à lire « Rogue », il m’a fallu quelque pages quand même pour identifier « Snape ».

Mais ma soeur, qui m’avait précédée dans l’entreprise, m’a remis un petit sésame fort précieux: un marque-page dépliable sur lequel figuraient tous les mots spécifiques de l’univers d’Harry Potter et leur traduction. Le minimum vital qui m’a permis de retrouver quelques jalons et surtout, de ne pas me perdre.

On dit souvent que Harry Potter est un bon choix pour débuter la lecture en VO et je le confirme: l’anglais utilisé est très accessible, sans être pour autant simpliste. On prend assez vite un rythme de croisière. De plus, comme on ne comprend pas spontanément la langue, on est obligé de faire plus attention aux mots choisis, leurs rythmes, leurs places, pour ne pas faire de contresens, et ça m’a permis de mieux apprécier le style si riche de l’auteur: de longues et obscures phrases complexes lorsque Voldemort fomente ses plans, des interjections brèves et argotiques lorsque Harry discute avec ses amis. Avec ce livre, on pratique donc un Anglais très oral, très moderne, en même temps qu’un Anglais traditionnel soigné plus proche de celui que l’on a appris à l’école.
La petite cerise sur le gâteau a été les accents des personnages, très peu rendus en Français, comme celui de Hagrid, tellement prononcé que j’étais souvent obligé de lire les phrases à haute voix pour les reconnaître phonétiquement avant de m’esclaffer devant l’écart avec la bonne prononciation. Il y a aussi, bien sûr, les accents de tous les personnages Français (Fleur Delacour par exemple), que l’on ne peut que comprendre.

CathysBook englishCathy’s Book m’a été ramené d’Angleterre par ma sœur (ouais, encore elle) (mais elle y a vécu, aussi, ça aide) un peu avant sa sortie en France. Le principe de ce roman est original: on lit le journal de Cathy, racontant son enquête sur son mystérieux petit ami Victor. Et lorsqu’elle le découvre enfin, la vérité est tellement incroyable et tellement dangereuse, qu’elle ajoute dans son journal où elle a tout consigné toutes les preuves qu’elle a soigneusement collectées, tous les numéros de téléphones, les e-mails. Et on peut appeler tous les numéros pour entendre la voix des personnages et mener l’enquête avec elle.

Bon, je vous recommande de ne pas appeler les numéros de l’édition anglaise, tout de même. Comme il s’agit d’un roman jeunesse, le langage n’est pas trop complexe, très proche de l’oral, ce qui rend le livre très facile à comprendre. Après tout, c’est une adolescente qui écrit, pour d’autres adolescents, donc inutile de faire dans le très ampoulé. Il y a aussi beaucoup de dialogues, de phrases courtes, c’est donc plutôt confortable, surtout que le livre n’est pas très long. Cependant, je ne m’attendais pas du tout à l’intrusion du fantastique dans le livre, donc j’ai eu des moments de flottement qui m’ont fait me demander si j’avais bien compris. Encore une preuve qu’il vaut mieux connaître l’univers du livre avant de se lancer.

N.Y-Avec Animal Farm, de George Orwell (connu en Français sous le titre La Ferme des Animaux) je suis passée au niveau supérieur. Sous des dehors enfantins avec des personnages de fable se cache une véritable intrigue politique dénonçant la dictature: dans une ferme où le fermier ne s’occupe plus vraiment de ses bêtes qui meurent de faim, les animaux se révoltent, le chassent et mettent en place une ferme gérée par eux-mêmes, sous le commandement de deux cochons choisis pour leur intelligence, Snowball et Napoleon.

Comme dans Harry Potter, ce qui m’a fait le plus drôle, ce sont les noms dont j’avais beaucoup entendu parler dans la version française et qui ici, ont leur forme originale car ils ont été traduits. Je savais bien, par exemple, qu’un protagoniste s’appelait Boule de Neige, mais j’ai mis un moment à me rendre compte qu’il s’agissait de Snowball. Ouais, je sais, j’ai le cerveau un peu lent. N’empêche, c’est peut-être moi qui vois les choses bizarrement, mais le nom anglais me semble sonner un peu plus dur, moins mignon que sa traduction. L’Anglais est de manière générale plus direct, plus synthétique que le Français, ce qui fait que les slogans d’embrigadement sont encore plus frappants et rentrent encore mieux dans la tête, comme le « Four legs good, two legs bad » dont l’effet phonétique est indéniable.

peter-pan-englishComme j’aime bien faire des retours aux sources des histoires qui ont marqué mon enfance, je me suis dit que pour Peter Pan, de James Barrie, on allait revenir aussi aux sources linguistiques, parce que bon, on a là quand même une oeuvre majeure de la culture britannique. Et ce, à tous points de vue: tout le début de l’histoire se moque avec tendresse de la british family où papa fait les comptes, maman donne leur médicament aux enfants avant qu’ils aillent dormir (sans qu’ils soient malades, hein, mais par principe) et les deux parents sortent le soir en ayant confié les enfants à leur nanny. Alors évidemment, dit en Anglais, ça a tout de suite encore plus de charme.

Pour la suite, ce fut un choc plutôt brutal. Car Peter Pan est loin d’être la créature magique, féérique, enfantine que l’on veut bien faire croire. Il s’agit d’un petit être complètement inconscient, limite psychopathe, qui oublie ce qu’il vient de faire à la seconde et qui manque de faire tuer ses amis à chaque aventure. Et en VO, on creuse encore plus l’écart avec le souvenir que j’en avais, du coup. Et je ne vous parle même pas de Clochette, véritable garce, qui n’hésite pas à essayer de tuer Wendy à la première occasion et qui met à mal l’idée de la fée telle qu’on la voit maintenant dans les Disney. Il faut croire que les Anglais sont moins impressionnables, ou plus déjantés que nous. En tout cas, il est clair qu’ils n’ont pas le même rapport à l’imaginaire et au divertissement.

Emma_Jane_Austen_book_coverMais on ne m’arrête plus! Je m’attaque là à THE représentante de la littérature british à la mode en ce moment, miss Jane Austen, avec Emma. Et je remonte un peu plus dans le temps, et ça se sent. Les phrases, le lexique, tout est plus soutenu, donc plus tortueux, et demande un effort d’attention supplémentaire. Il faut dire qu’Emma, l’entremetteuse, dans sa volonté de marier son amie Harriet Smith à Mr Elton, doit faire preuve de diplomatie et surtout, veiller à ce que sa camarade se comporte comme une dame du monde pour mériter un parti si prestigieux. Alors forcément, tout le langage reflète ce raffinement un peu désuet qui donne son charme à l’univers de Jane Austen.

Néanmoins, cette lecture a demandé un réel effort, et a été plus laborieuse que les précédentes. C’est surtout dans les tournures de phrases que l’on voit que le niveau a est clairement au-dessus. De plus, c’est le premier roman où la mise en page et la ponctuation à l’anglaise m’ont paru représenter un réel obstacle. En effet, en Anglais, pas de  » ni de ‘ ‘ mais uniquement ‘ pour marquer le début et la fin des paroles. Pas de tiret ni même de retour à la ligne pour passer d’un interlocuteur à l’autre. Tout cela m’a donné l’impression d’un texte très dense, qu’il a fallu souvent décoder, relire les phrases, lire à voix haute pour être sure de bien les comprendre. Ah ça, pour être dans l’ambiance, on y est.

gulliver's travelLà, j’avoue, j’aurais peut-être pas dû. Gulliver’s Travel de Jonathan Swift (Les voyages de Gulliver) écrit au début du XVIIIème siècle n’est clairement pas écrit dans le même Anglais que celui que je connais. Là, chaque phrase m’a demandé une intense concentration. Aucune seconde d’inattention n’était possible, tant les structures de phrases, le vocabulaire ou même parfois les idées exprimées étaient complexes et surtout inconnus. Laborieux, vraiment, et pourtant je suis le genre de lectrice à s’accrocher.

La structure de l’intrigue ne m’a pas aidée: tout le monde connaît l’histoire de Gulliver, qui se retrouve accroché au sol par les Liliputiens. Mais ce n’est que la première de ses aventures, et surtout la seule qui soit racontée de manière traditionnelle. Car par la suite, Gulliver rencontre d’autres cultures qu’il passe de longues pages à commenter, analyser, décrypter sans qu’une action digne de ce nom n’y ait lieu. On a donc l’impression de longs monologues ou essais sur un thème, très denses, très plats et difficiles à suivre. De plus, dans l’objectif critique qui est le sien, Swift écrit dans le but de comparer implicitement ces pays au système anglais dans lequel il vit et comme j’ai raté les cours sur l’aspect politique et social de l’Angleterre du dix-huitième siècle au lycée, je n’y ai pas vu grand intérêt. Même ma soeur (celle qui a vécu en Angleterre, vous suivez?) m’a avoué avoir galéré avec ce livre.

Mon bilan : quelques conseils pour ceux qui voudraient se lancer

Avoir une soeur qui vit à l’étranger.

Non, sérieusement: lire en VO est à votre portée. Il faut déjà se débarrasser de quelques complexes. Si on ne comprend pas tous les mots, ce n’est pas grave. Si on n’a pas le dico sous la main à toutes les lignes, ce n’est pas grave non plus. Au contraire, c’est même un bon moyen de gâcher sa lecture que d’essayer de tout traduire mot à mot. La compréhension d’ensemble est bien plus importante que celle d’un petit mot. C’est une excellente habitude à prendre qui vous fera acquérir du vocabulaire sans même vous en rendre compte. Et vous en viendrez vite au but recherché, qui est de lire SANS traduire parce que les mots vous deviendront de plus en plus familier. Quand on dit « I love you », vous n’avez pas besoin de traduire pour comprendre, non? Ben voilà.

N’hésitez pas non plus à revenir en arrière pour relire un passage si vous vous rendez compte que vous êtes largués. Ca m’est arrivé même dans le Harry Potter 7 dans lequel « SHAME ON ME » j’avais réussi à zapper le bisou entre Ron et Hermione et j’ai dû revenir en arrière pour mieux relire.

De manière plus pratique, si vous êtes moyennement sûr de vos capacités linguistiques, choisissez un livre dont vous savez que la langue ne sera pas trop compliquée (on évite de commencer par Jane Austen, donc). Taper dans les livres jeunesse me paraît un bon choix, la langue est souvent fluide et moderne et ils ne sont pas trop longs. Et cernez le type de livre et l’univers que vous abordez pour ne pas vous laisser terrifier par un petit mot qui ne sera, en fait, qu’un lexique spécifique. C’est sûr que pour une romance, le vocabulaire vous paraîtra sûrement bien moins étranger que si vous vous lancez dans un thriller médical avec autopsie toutes les trois pages (m’enfin, je dis ça, après chacun ses centres d’intérêts lexicaux, quand on sait qu’à l’école on a plus retenu « shit » et « bitch » que le contenu de notre cartable).

Et surtout, GALEREZ les premières pages. Oui c’est dur, le cerveau ne comprend pas pourquoi on lui inflige ça, on prend des plombes pour lire trois pages, on s’arrête sur tous les mots ou presque, on est même pas sûr d’avoir tout capté, et ça saoûle. C’est NORMAL. Alors ON NE SE DECOURAGE PAS, on passe le cap et vous serez vous-même surpris des progrès que vous ferez. Et fiers d’avoir surmonté les difficultés du début.

Enjoy !

– Mélusine –