Cette semaine, c’est mon tour de vous présenter mes dernières découvertes livresques. Au programme, il y aura du pinard, des morts-vivants et de l’éducation. Et ouais!

Les ignorantsDans Les Ignorants, d’Etienne Davodeau, un auteur de BD fait un drôle de pacte avec un vigneron. Chacun va initier l’autre à son art. L’auteur va prendre son sécateur, apprendre à tailler une vigne, à l’écouter, à la regarder grandir, à choisir le raisin, à travailler en fonction de l’amour du vin et pas de la rentabilité commerciale, lentement. Le vigneron va aller dans des salons, des expositions, rencontrer de grands noms de la BD française, assister à une réunion éditoriale, à l’impression et la reliure, et surtout lire et lire encore des bandes-dessinées.
J’ai adoré cette BD. Outre la superbe mise en abyme d’une BD qui nous plonge dans les coulisses de sa propre fabrication, cette BD nous fait rencontrer quelques grands messieurs de cet art, comme Gibrat. J’ai eu le plaisir de voir les personnages débattre sur des titres que j’avais lus. En face, on découvre également les longues et patientes coulisses de la création d’un vin, avec tout ce qu’il implique de rigueur et de passion, et de respect de la nature. La confrontation entre les deux est vraiment touchante, pleine d’humilité et d’humour. C’est un vrai régal.

la civilisation ma mèreDans ce petit roman de Driss Chraïbi, La Civilisation ma Mère!, deux frères évoquent leur mère. Eux vont à l’école, savent lire. Elle, c’est tout autre chose. Alors lorsqu’on lui amène une cuisinière électrique, un fer à repasser, c’est tout son monde qui est renversé. Plus tard, lorsque son cadet sera parti étudier en France et qu’elle ne reste qu’avec son aîné, son éducation  prend une autre dimension. Elle prend conscience de tout ce qu’elle a ignoré, depuis son mariage, pendant toutes ces années à appliquer la tradition la plus stricte. Elle souffre de cette ignorance, et décide d’y remédier: école, engagement politique, rien ne lui échappe!
Ce petit roman est tout simplement formidable. Il nous dresse un magnifique portrait de femme à la charnière entre un obscurantisme social et religieux bien ancré et une émancipation fulgurante. En même temps qu’elle découvre ces progrès, elle les critique, et elle garde toujours son naturel, sa simplicité et son franc-parler. C’est la même femme qui au début du livre laisse à manger près du poste de radio, pour le monsieur qui est dedans, et qui à la fin, se présente à la capitale en exigeant de parler à monsieur De Gaulle avec pour laisser-passer un panier de dattes, parce qu’il est grand temps que ce monsieur entende ce que le peuple a à lui dire. Sans parler de ses fils, prêts à braver tous les tabous de cette société encore bien muselée par amour pour leur mère. Ces personnages brisent tous les clichés, et sont aussi admirables et touchants que l’héroïne.

neachronicalIl ne s’agit pas vraiment d’une découverte mais d’une relecture qui a eu le plaisir de la découverte. Dans le premier tome de Néachronical, Jean Vigne nous présente Néa, une adolescente de quinze ans qui fait le mur pour aller à une soirée et se réveille dans un marais boueux sans aucun souvenir de ce qui s’est passé. Les choses se compliquent lorsqu’elle se rend compte qu’elle ne s’est pas absentée une nuit mais cinq ans. Difficile pour elle de retrouver une place dans ce monde où elle a tant manqué. Surtout qu’elle n’est plus tout à fait la même. De drôle de choses se produisent en sa présence. Des morts subites et suspectes. Sans parler des animaux dont elle attire l’attention et qui ont une attitude très surprenante à son égard.
Oh la la! J’avais déjà été totalement embarquée à la première lecture (j’ai été beta-lectrice de ce roman) mais à la relecture, le plaisir est intact comme si je la découvrais. Néa est une vraie tête à claque comme je les aime, et s’il a l’air de commencer comme une banale histoire fantastique adolescente, très vite, le roman nous entraîne dans quelque chose de beaucoup plus violent, beaucoup plus glauque, beaucoup plus sombre. Le rythme ne laisse aucun répit, et la plue de Jean Vigne est toujours piquante et pleine d’un cynisme qui m’a régalée. C’est une vraie petite pépite qui rencontrera je l’espère le succès qu’elle mérite!

Voilà pour mes dernières découvertes livresques? Les avez-vous lu? Qu’avez-vous découvert?

Mélusine