brel« Qu’une troisième génération d’auditeurs, de lecteurs, découvre avec autant de passion que les deux premières ses disques et son histoire donne à réfléchir aussi bien sur une soif d’absolu toujours inhérente au genre humain que sur l’insuffisance des0B0-104 chanteurs de notre époque à l’étancher. »

Je ne connais pas, et de loin, toute l’œuvre de Jacques Brel. Je n’avais jusqu’ici jamais lu d’ouvrage lui étant consacré. Je ne savais, finalement, que bien peu de choses sur lui et sur sa vie. Pourtant, je ne pouvais m’empêcher d’être fasciné par l’homme, par sa présence presque douloureuse, son charisme. À tel point que lorsque s’est présentée l’opportunité de chroniquer l’ouvrage de Jacques Vassal publié aux éditions Hors collection), je n’ai pas hésité une seconde et me suis plongée avidement dans les trois cents pages de l’épais volume.

Les trente-quatre chapitres défilent comme des chansons. Brefs et rythmés, ils nous emportent dans le tourbillon de la vie du Grand Jacques. La lecture est aisée et plutôt agréable, même si l’on regrettera peut-être une tendance à lister, à égrainer les dates et les adresses tout d’abord, puis les faits et les chansons par la suite (comme dans ce chapitre un peu laborieux, « Six pieds sous terre, tu chantes encore », dans lequel l’auteur s’emploie à lister les reprises des chansons de Jacques Brel après sa mort), plutôt qu’à réellement conter, raconter les anecdotes, les histoires, petites ou grandes.

Ce qui est très appréciable, néanmoins, c’est de sentir l’admiration sincère de Jacques Vassal pour l’homme et l’artiste, admiration qui n’en est pas pour autant aveugle. L’auteur n’hésite pas à critiquer, voire même à descendre en flèche les chansons qu’il juge « ratées ». À propos du Fou du roi, par exemple :
9A0-125 « écriture maladroite, propos mal défini, le tout aggravé par un accompagnement de clavecin qui frise le ridicule ». Ce n’est pas tendre, certes. Mais c’est bien souvent argumenté, analysé. Et surtout fondé sur une culture évidente à la fois du contexte historique et de la musique en général.

On ne peut également qu’être subjugué par le personnage de Brel, celui d’un homme qui s’est donné les moyens de poursuivre ses rêves et de les saisir à bras le corps. Un homme qui, bien que conscient de ses défauts, s’est toujours efforcé d’être honnête, surtout envers son public. Un homme pour qui « il ne faut pas devenir adroit ».

Généreusement saupoudré de paroles de chansons, agrémenté d’une bibliographie, d’une discographie, d’une chronologie détaillée ainsi que de deux beaux carnets de photos (pas de clichés antérieurs à 1957 cependant, dommage), Jacques Brel – Vivre debout est un ouvrage riche qui tombe à point nommé pour les fêtes et qui, s’il n’est peut-être un peu encyclopédique, constitue néanmoins une excellente entrée en matière pour quiconque se montre curieux quant à celui qui est sans doute l’un des plus grands chanteurs du XXe siècle.