Neowood est une jeune maison d’édition, spécialisée dans les livres numériques, dont le catalogue regroupe déjà un nombre conséquent d’ouvrages, qu’il s’agisse de romans, de poésie, ou de nouvelles. Vous pouvez découvrir ce partenaire des Bouquinautes sur ce joli site plein de couleurs !  Vous pouvez aussi jeter un coup d’oeil à leur blog très dynamique, sur lequel Marmotte a même pu participer à une interview !

Les livres de la collection « Nouvelles d’ailleurs » ont d’abord été publiés en version papier par les Editions du Lamantin, avant de se voir édités en numérique en association avec Neowood. L’équipe des Bouquinautes a été intriguée par cette collection,  et les destinations des plus alléchantes,  une partie de l’équipe  s’est penchée sur les quatre recueils déjà disponibles. Envie de voyager ? Direction l’Espagne, le Japon, l’Irlande et le Népal !

Histoires jamais entendues dans une auberge en Espagne,  de Juan Miguel Antonio Bulasejo.

Dans une auberge en Espagne

L’homme est perçu comme un conteur, raconter des histoires est devenu un besoin vital. C’est également un besoin d’évasion et d’apprentissage qui imprègne les différentes nouvelles qui composent ce recueil.

L’auberge est le point central des récits. Elle n’est pas forcément une auberge au sens propre du terme. Elle peut être un appartement devenu auberge par la venue inopinée des voisins de Hans le nouveau locataire de l’immeuble. C’est un lieu où la musique est importante parce qu’elle marque la vie d’Adalgisa Balbina Maria Rosa Querubina Javier y Herrero de Palma Major de Lucca y Consuelis Torrer (et oui tout ça!) et par conséquent celle de ceux qui se souviennent de la danseuse. La musique et la danse sont alors supérieures à l’humain, elles sont l’objet des souvenirs de ces soirs dans une auberge espagnole. L’auberge est un lieu de rencontre, d’échanges et de souvenirs, le tout raconté avec nostalgie et poésie ou avec la violence et la passion du Flamenco. On apprend la Galice et la vie de ses habitants. Elle est un objet de vie comme dans la vie de Landra qui y élève Vasco et Seina et plus tard leur fils.

C’est aussi un lieu d’observation et d’indiscrétion que ce soit par le trou de la serrure où un homme observe une froide servante préparer une créature à la cuisson qui stimule l’imagination du lecteur autant que celui de l’observateur. L’auteur nous amène dans les différents méandres du comportement humain où la vie et la mort s’entrecroisent. Les observateurs deviennent les observés et eux mêmes deviennent victimes de leur indiscrétion.  La cuisine est un aspect secondaire de l’établissement mais pourtant central pour rentrer dans la Cour des grands.

Ces nouvelles font voyager le lecteur, on découvre ou redécouvre l’Espagne avec Manolo à bord de la voiture rouge de son ami madrilain. On nous raconte des moments de vie des gens, des fragments mémoriels qui nous conduisent dans l’Espagne profonde, artistique, musicale et conviviale. Une perception peut-être idéalisée où l’anonymat est maître et où pourtant tout le monde semble se connaitre. La poésie nous imprègne de ses mots et de sa nostalgie. Le recueil est cohérent et beau, simple à lire et idéal pour voyager depuis chez soi.

~Nyankomarie~

Histoires jamais entendues dans un pub d’Irlande, de Tom O’Barley

Dans un pub en IrlandeCe recueil est une petite merveille de poésie. Par le biais de métaphores délicates et terriblement contemporaines, l’auteur nous entraîne au cœur d’une Irlande fantastique et mystérieuse. Bien que le style et le vocabulaire employés soient très actuels, certaines nouvelles ont ce parfum de fantaisie typique des récits d’autrefois.

 À lui seul, le titre intrigue le lecteur qui en vient à se demander ce qui se cache derrière l’intitulé : Histoires jamais entendues dans un pub en Irlande. De plus, à travers 16 nouvelles toutes différentes les unes des autres, Tom O’Barley décrit aussi les mœurs irlandaises que les espoirs et les rêves d’un peuple fier de ses racines.

Si je devais sélectionner quelques récits qui m’ont touchée, je choisirais à coup sûr Au pied de l’arc-en-ciel et Le pub sous la mer pour leur étrangeté et Le plus vieil écrivain du monde pour son humanité. Ce que j’ai le plus apprécié c’est que la chute de chacune de ces nouvelles laisse véritablement la place à l’imagination du lecteur. En effet, certaines fins sont parfois abruptes mais dans ce recueil il est possible de se laisser emporter par son imagination. Ce qui laisse planer le mystère. Qui est cet homme qui joue divinement de la guitare et disparaît sans crier gare ? Pourquoi le pub de Kieran est-il inondé ? Et qui est réellement le centenaire Samuel Hill ?

 Voici un extrait de la nouvelle intitulée Le pub sous la mer : « Le marin triste s’est engouffré dans le pub, sans prêter le moindre regard à l’eau qui courait sur ses bottes, et Sean a refermé la porte derrière lui. On a beau avoir essayé, personne d’autre n’a pu franchir le seuil. »

 A vous de savoir à présent si vous êtes prêts à pousser la porte du pub…

~Melissande~

 Histoires jamais entendues dans un sushi-bar au Japon, de Masayo Kokonoke

japon

Des onze nouvelles que contient ce recueil, peu vous donneront l’illusion de siroter un verre de sake dans un izakaya au Japon. Ni même dans le quartier de Sainte-Anne à Paris… Souvent à mi-chemin entre fantastique et merveilleux (La fleur qui faisait pleurer les arbres, Objets trouvés, Le ryokan bleu, etc.), les histoires de Masayo Kokonoke peinent à nous faire voyager, à nous convaincre avec une poésie guimauve alourdie de clichés.

Tout dans le recueil est séculaire, voire millénaire. La lumière est évidemment « tendre » et « dorée ». Les ruisseaux ne coulent pas, ils « roucoulent » (ou mieux encore, « gazouillent »). Les baies sont « gorgées de jus », les buildings sont forcément « des monstres d’acier et de béton », enfin le froid vous « transperce de mille aiguilles acérées ».

Le style est à l’image du propos : dégoulinant de bons sentiments, frisant parfois l’invraisemblance. La dernière nouvelle du recueil, Le trésor de Bashô, en est la parfaite illustration : après un long développement plutôt capilotracté, semble enfin s’établir un certain suspense… qui retombe comme un soufflé trop chargé de sirop.

La nouvelle la plus intéressante est finalement celle qui joue de ces bons sentiments, qui les renverse : dans Blanche-Neige, M. Sato vole une pomme à l’étalage. La vendeuse surprend son geste, mais au lieu d’appeler la police, comme le lui suggère le coupable, elle lui tend généreusement une autre pomme. Ce qu’elle ignore, c’est que M. Sato espérait aller en prison. Y retourner, à vrai dire. Car il est mieux loti en cellule qu’à vivre dans la rue. On met ici le doigt sur un vrai sujet : la pauvreté des personnes âgées. Sujet qui concerne d’autant plus le Japon que sa population est dangereusement vieillissante.

Malheureusement, une seule nouvelle ne saurait racheter les dialogues qui sonnent faux, les erreurs de syntaxe (« Le lien entre la fleur et l’arbre n’était-elle qu’une jolie ruse de Nikara ? »), la lourdeur du style (« La radio à cadran à cristaux liquides »), l’abus d’adjectifs (« Il se laissait aller à désirer ce que les gigantesques panneaux publicitaires lumineux lui suggéraient »), les maladresses dans l’usage des temps (« ça y est. Ils descendaient ») ou les quelques coquilles oubliées çà et là… C’est peut-être justement pour tout cela que ces histoires n’ont jamais été entendues dans un sushi-bar au Japon.

~Cathy Mini~

Histoires jamais entendues dans une maison de thé au Népal, Sherpa Yeh-Peh

Dans une maison de thé au NépalComme l’indique le titre du recueil, ces nouvelles, pour la plupart racontées à la première personne, parviennent à donner une illusion d’oralité, et c’est comme si le lecteur surprenait une conversation dans un refuge de montagne.

L’alternance entre nouvelles réalistes ou fantastiques, entre mythes et témoignages plus ou moins fictifs, permet à l’auteur d’évoquer une grande variété de thèmes. Chaque texte porte sur un aspect différent de la vie au Népal, et évoque notamment le grand-écart entre des coutumes et des traditions anciennes, et un développement lent, surtout orienté vers le tourisme.

On n’échappe pas à quelques clichés (le yéti, les sherpas), mais ceux-ci sont évoqués sous un angle original, en ajoutant des détails culturels souvent peu connus. De même, on assiste dans une nouvelle à l’arrivée difficile d’un touriste français à Katmandou, orgueilleux et pétri de certitudes sur ce qu’il va trouver lors de son voyage.  Ce texte ironique et grinçant m’a particulièrement marquée.

La brièveté de certaines nouvelles m’a un peu laissée sur ma faim, mais dans l’ensemble et malgré quelques coquilles qui se baladent dans le texte, ce recueil se révèle une lecture très agréable. J’ai particulièrement aimé le fait que chaque nouvelle soit titrée par un nom de couleur, que je me suis amusée à retrouver au cours du récit. Le style d’écriture simple et poétique s’accorde bien à des textes aussi courts, en mettant en valeur le récit et la personnalité des personnages. Un recueil qui donne envie d’aller plus loin dans la découverte du Népal… et de ses maisons de thé !

~Marmotte~