Deux découvertes pour clore cette semaine. Du fantastique controversé et du réalisme empli de désillusion. Dans les deux cas le résumé présenté par la maison d’édition est une mise en bouche alléchante qui a une fin assez étonnante et un déroulement imprévu.

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Frey de Chris Wooding.

Résumé éditorial :

« Frey est le capitaine de l’aéronef Ketty Jay : un séducteur invétéré et une fripouille notoire. Avec son groupe d’aventuriers, ils vivent d’activités illégales en se cachant des frégates de la Coalition. Entre les coups de feu, les lames bien affutées, et même la magie noire, la mort n’est jamais bien loin.
Aussi, lorsque Frey entend parler d’un navire chargé d’un trésor qui a tout d’une proie facile, il croit que sa fortune est faite. Mais l’opération tourne mal et notre ami devient l’ennemi public numéro un, avec toutes les forces de la Coalition à ses trousses… »

Critique:

C’est un roman qui me laisse sceptique. La thématique du hors-la-loi pourchassé et manipulé est pourtant –à mon sens- un thème intéressant et atypique pour de la Science-fiction/Fantasy. Mais voilà ! La promesse du résumé est une véritable déception. Le rythme est trop linéaire, l’aventure est une suite d’éléments logiques qui n’apporte aucune surprise au lecteur. Les évènements sont prévisibles et, contrairement à ce qu’on peut penser, ce n’est pas le personnage principal le plus intéressant.

L’univers de la Science-fiction n’est pas suffisamment exploité ni celui de la Fantasy d’ailleurs. Seule demeure, à la fin de la lecture, une impression mitigée qui m’a laissé rêveuse sur ce qu’aurait pu devenir l’aventure. Tout au long de l’aventure j’ai eu l’impression que Chris Wooding n’avait pas réussi à déterminer vers quel univers littéraire il allait diriger son aventure. Nous nous retrouvons ainsi dans un univers de Science-fiction version steampunk avec des vaisseaux volants et autres aéronefs dans un univers où des pays sont inégalement développés, certains de types industriels et d’autres au niveau tribal sous-développé et sous l’emprise d’un pouvoir colonial. Dans cet univers la magie propre à la Fantasy se fait une toute petite place et cela donne au roman une impression d’inachevé et de superficiel.

Néanmoins, le mystère qui plane autour des personnages est très bien entretenu et cela donne un fil directeur très intéressant au roman. Les personnages secondaires sont plus intéressants que le personnage principal et donnent une réelle profondeur au récit. Frey n’a pas vraiment d’envergure, c’est un personnage plutôt fade alors que les autres personnages intriguent plus le lecteur, notamment Crake et Jez dont l’histoire est vraiment intrigante et donne une appartenance à la Fantasy. Si Chris Wooding écrit un roman sur Grayther Crake et son golem Bess cela sera surement un grand plaisir à lire. Par ailleurs, j’ai eu l’impression d’avoir vraiment trop peu d’éléments de réponse aux questions que je me suis posées sur eux au fil de la lecture. Ce mystère trop entretenu ne me donne pas envie de lire le tome II.

Le rythme trop lent et les personnages trop simples à mon goût donne l’impression de regarder un film de pirates de série Z qu’on apprécie lorsqu’on est trop fatigué pour réfléchir. D’ailleurs, sur les sites et dans les diverses critiques réalisées par les bloggeurs et les lecteurs à la sortie du roman chez Bragelonne en 2011 ils désignent Frey comme un mélange d’Albator, de Pirates des Caraïbes et de westerns, cela reflétant le style très visuel du roman. L’histoire n’est pas passionnante, j’ai eu du mal à en terminer la lecture malgré la fluidité du récit. Il est susceptible de plaire aux amateurs de SF et de Fantasy car il touche aux deux genres. Sa fraicheur et le divertissement qu’il procure ne sauve pourtant pas le roman qui, à mon goût, passe inaperçu. Le résumé avait pourtant l’air alléchant et laissait entrevoir une saveur humoristique qui, ici aussi, n’est qu’effleurée. J’ai trouvé ce roman tout juste divertissant, comme un témoignage d’une littérature que l’on peut qualifié de « pop-corn »  qui a été gentiment relayée par les éditions Bragelonne.

les créatures de la terreLes créatures de la terre de John McGahern.

C’est un recueil de nouvelles de l’auteur irlandais John McGahern dont l’impact sur la littérature irlandaise n’est plus à démontrer. Chacune des nouvelles se déroule dans l’Irlande rurale post indépendance et soulève une thématique sociale et profondément humaine de la vie dans les provinces du pays d’émeraude.

Ces nouvelles nous prennent au ventre et nous mettent mal à l’aise face à l’évolution, non seulement de la société irlandaise, mais de toutes les sociétés humaines où la bêtise règne ainsi que l’incompréhension. Ici, il n’y a pas de descriptions idylliques de l’Irlande, pas d’ode à la beauté de l’île verte mais une profonde remise en question de l’âme humaine.

La nouvelle intitulée Les créatures de la terre raconte les mésaventures d’un chat noir mais pas seulement. Le chat est le synonyme du passé alors que la mère de famille fait le deuil de son mari. C’est l’histoire d’une femme dont les filles sont mariées et ont leurs propres époux et enfants et qui se retrouve seule à Achill Island. Le seul lien avec son défunt mari c’est le chat noir. Ce chat qui fut maltraité par deux vagabonds sur la plage.
La seconde nouvelle nommée Le directeur de la laiterie met en évidence la difficulté de choisir entre l’amitié et le devoir d’un policier. Ce n’est qu’un personnage secondaire, mais c’est à travers son rôle que l’on est sensibilisé à l’ironie du sort d’un homme, Jim McCaron, qui, par son passage en cellule, réfléchi aux opportunités qui se sont présentées à lui pour le maintenir dans le droit chemin et qu’il a ignoré.
L’enterrement à la campagne, est la troisième nouvelle. Elle décrit les obligations de trois frères qui ont leurs propres désaccords, de faire front commun à la suite de la mort de leur oncle qu’ils n’ont jamais aimé et qui ne les a jamais aimé. Les obligations familiales supplantent ainsi leur propre volonté et les confrontent à leurs propres problèmes personnels.

A travers ses nouvelles, John McGahern nous montre la vie d’Irlandais désenchantés, ce sont des scènes de la vie de tous les jours, qui arrivent à tout le monde et qui met le lecteur devant le mal être d’une société irlandaise asphyxiée par un nationalisme après l’indépendance du sud de l’île. C’est l’amertume qui domine et qui développe jusqu’au bout la sensation d’étouffement reflétant ainsi la vision du monde extrêmement sombre et dépourvue d’espoir de l’auteur. Les thèmes qu’il aborde sont ceux de la solitude, de l’abandon, et de l’incompréhension des gens et des différences de mentalités entre les générations, notamment avec les jeunes qui accordent moins d’importance à la lande irlandaise, aux villages où leurs parents ont vécus alors que ceux-ci veulent que l’attachement à la terre perdure.

-NyankoMarie-