Quand on dit Stephenie Meyer, on pense Twillight, et « bit-lit ». Mais s’il y a eu un avant « bit-lit » et un avant Meyer, il s’appelle Anne Rice et ses vampires sont largement plus emblématiques et célèbres que Robert Pattinson… Enfin non, malheureusement, la couverture médiatique de notre époque a peut-être largement contribué à faire oublier les incarnations de Lestat de Lioncourt et Louis de Pointe du Lac par Tom Cruise et Brad Pitt. Et pourtant…

Anne Rice (1941)

Précurseur de la littérature « bit-lit » en tant que genre à part, Anne Rice (de son vrai nom Howard Allen O’Brien… Oui, un prénom masculin) est un auteur de littérature fantastique né dans les années 40 dont le véritable succès n’est intervenu qu’à la suite d’un triste événement survenu dans sa famille. La mort de sa fille de 6 ans des suites d’une leucémie a amené Anne Rice à commencer la très célèbre Chronique des Vampires, entamée en 1976 par Entretien avec un Vampire. Anne Rice n’avait pas la vocation à lancer un genre (elle n’y a d’ailleurs jamais été associée, le genre n’ayant reçu cette appellation que dans les années 2000) ni même d’être reconnue comme un écrivain fantastique, si ce n’est que ces notions sont ancrés dans sa culture et son origine, la Nouvelle-Orléans, baignée dans les croyances vaudou.

Mariée à Stan Rice, Anne Rice signera de ce nom pratiquement l’ensemble de son œuvre. Elle se décrit elle-même comme profondément croyante, et cela jure parfois avec les sujets de ses livres. Pourtant le mysticisme religieux s’y mêlent habilement avec le fantastique. Cela donne une dimension très particulière à son univers, un monde fantastique tout à fait cohérent dans lequel elle fait évoluer des créatures très variées.

Anne Rice est très inspirée par sa propre existence. La Nouvelle-Orléans est le cœur du décors de ses écrits. La thématique de l’homosexualité y est fortement présente et n’est pas sans rappeler le fait que Christopher, son fils (son second enfant avec Stan), est ouvertement gay. Et qui ne saurait voir en Claudia, la fillette vampire d’Entretien avec un Vampire, la réminiscence de sa défunte fille ?

Même si les Chroniques des Vampires constituent le cœur de son œuvre, Anne Rice a exploré de nombreuses autres créatures fantastiques tout en les intégrant dans son univers. Au départ, tout commence par Entretien avec un Vampire, mais la saga est enrichies au fur et à mesure et l’on comprend rapidement que les Vampires ne sont pas les seuls être surnaturels. Les sorcières Mayfair constituent un autre tronc commun important de sa cosmogonie qui se complète également de romans plus versés dans la religion et le christianisme en particulier.

Le Monde ténébreux d’Anne Rice

Anne Rice a créé un univers cohérent où le fantastique côtoie notre réalité contemporaine sans jamais la troubler davantage que quelque ridules à la surface d’une eau agitée. Même si les frasques de certains de ses personnages, Lestat étant sans doute le plus déchaîné de tous, ont pu mettre en péril l’anonymat des Vampires, il n’en reste pas moins que notre monde poursuit sa vie en ignorant que le fantastique existe, voire, influence la course des événements. C’est le parti pris de la plupart des récits traitant des monstres classiques de notre mythologie moderne, comme le vampire, le sorcier ou le loup-garou, où il est généralement impensable que de telles créatures existent, exactement comme ce que nous pensons à ce moment précis où je l’affirme.

D’un autre côté, ce n’est pas le monde contemporain (nous parlons quand même des années 80, notre monde a beaucoup évolué depuis) qui intéresse l’auteur. Il est vu au travers des yeux de ces monstres qui vivent dans son ombre, puisque ce sont eux les sujets principaux d’Anne Rice. Et parler de monstres est aussi inexact que juste dans le contexte de ses récits. En effet, à part quelques personnages résolument mystérieux et étrangers à la nature humaine, les monstres d’Anne Rice sont désespérément humains. Et c’est là tout le sel de leur existence. Ils ont tous un lien, si ténu soit-il, avec l’humain, qu’ils l’aient été (comme les vampires le sont avant d’être transformés) ou qu’ils le côtoient (comme le Taltos). Ce qui compose leur personnalité très riche est ce mélange subtil de sentiments humains plaqués sur des désirs et des capacités hors du commun.

Les Vampires

Les Vampires, à plus d’un titre, sont parfaitement emblématiques dans l’œuvre d’Anne Rice, puisque immortels par nature, ils ne sont détruits que par plus puissants qu’eux ou se suicident par ennui ou culpabilité, mais ils traversent les âges avec des sentiments si humains qu’ils emportent avec eux la souffrance de vivre éternellement. Contrairement à des récits plus moderne et plus typiquement bit-lit qui modifient profondément la nature de ceux-ci (par exemple, les vampires de Twillight qui brillent au soleil), les suceurs de sang d’Anne Rice échappent aux clichés standards de façon élégante. S’ils se consument au soleil comme le veut la légende, ils ne sont pas sujets au pouvoir de la foi, et toutes les croyances superstitieuses les concernant sont fausses. Ils peuvent entrer dans les maisons comme ils le souhaitent, ainsi que les églises, ne craignent ni l’eau bénite, ni l’ail, ni les crucifix, et se reflètent parfaitement bien dans les miroirs. Malgré tout, Anne Rice continue à les faire dormir le jour dans des cercueils.

La différence fondamentale et réellement nouvelle dans l’approche du Vampire concerne la manière dont ils se reproduisent. Dans la plupart des récits vampiriques, la naissance d’un vampire découle de la mort par l’un d’eux et semble davantage être systématique qu’accidentelle. Chez Anne Rice, c’est un acte volontaire. Le vampire doit donner de son sang à un être mourant pour que sa mort effective suscite la transformation. A partir de là, le Vampire choisit d’engendrer d’autres membres de sa race. L’autre élément important de sa version du vampire concerne le caractère. Si le nouveau vampire acquiert des capacités surhumaines, une forte allergie au soleil et une restriction du régime alimentaire au sang uniquement, il conserve totalement sa personnalité, sa moralité, son humanité. C’est à dire que sur le principe, ce sont des humains avec des besoins monstrueux, et ce qui en fait véritablement des monstres avec le temps, c’est cet abandon à leurs besoins naturels, mais ils ont tous le potentiel à demeurer pleinement humains. Anne Rice joue subtilement sur les nuances comportementales induites par cette transformation, déclinant le vampire de l’humain tout juste transformé et incapable de se comporter comme un vampire, au vampire totalement assumé et ivre de sa propre puissance considérant l’homme comme l’homme considère le steak cuit dans son assiette.

Un autre aspect important de son œuvre concerne aussi les relations entre vampires et humains, et entre vampires. Elle dessine des êtres dévorés par le désir de vivre en communauté, mais incapable d’établir, soit à cause de leur nature (vampire avec humain) soit à cause de leurs différences comportementales (vampire avec vampire) des relations stables. Malgré tout, d’origine humaine, ils éprouvent tous des sentiments humains. Ils peuvent tomber amoureux et exercer à leur manière une forme de sexualité, empreinte de désirs et de passions, qui les poussent inévitablement les uns vers les autres. Bien qu’Anne Rice ne les laissent guère s’adonner au charnel, on ressent clairement l’amour platonique qui unis ces êtres d’exceptions et ce tout sexe confondu, une autre marque de fabrique de l’auteur.

Dans le monde fantastique d’Anne Rice, les Vampires sont assez peu nombreux et surtout très discrets. Leurs origines remontent à l’antiquité, mais beaucoup de ces créatures vivent en tant que Vampire sans véritablement savoir comment leur race a pu venir au monde. L’une des quêtes majeures de ces récits est la découverte du passé.

Les Sorcières Mayfair

La saga familiale des Mayfair est dense car chaque fille née au sein de ce clan est destinée à souffrir. Suite à une ancienne malédiction, les sorcières et sorciers blancs Mayfair subissent les assauts de Lasher, un esprit lié à eux depuis le XVe siècle où leur ancêtre Suzanne l’a invoqué. Lasher est en réalité l’esprit d’un Taltos, un géant né des premières amours de la Terre. Supérieur aux hommes en intelligence et en beauté, son but est d’ensemencer le plus de femmes Mayfair possible afin de recréer un peuple de Taltos. Lasher, au fil des siècles, a apporté pouvoir et richesses au clan, c’est pourquoi personne n’a jamais tenté de s’en libérer ou de le détruire. De plus, c’est un esprit cruel très puissant. Seule Rowan sera assez forte pour lui survivre. Mais ceci fera l’objet d’un autre article. Le Talamasca (voir ci-dessous) suivra cette famille de très près durant plusieurs décennies sans jamais parvenir à en percer tous les secrets. Et quels secrets effroyables! Incestes, meurtres, manipulations, pédophilie, tels sont les sujets graves abordés par Anne Rice dans sa saga. Mais l’amour est également présent. Un amour capable de briser les maléfices les plus tenaces.

La saga Mayfair est composée de trois tomes:

1. Le lien Maléfique (1990)

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Résumé: Sous le porche d’une vieille demeure à l’abandon de La Nouvelle-Orléans, une femme frêle et muette se balance dans un rocking-chair: Deirdre Mayfair est devenue folle depuis qu’on lui a retiré, à la naissance, sa fille Rowan pour l’envoyer vivre à San Francisco. Et derrière la grille du jardin, un homme, Aaron Lighter, surveille inlassablement Deirdre, comme d’autres avant lui, pendant des siècles, ont secrètement surveillé la famille Mayfair. Car ils savent que, de génération en génération, les femmes du clan se transmettent leurs maléfiques pouvoirs et que la terrifiante et fabuleuse histoire de cette lignée de sorcières ne fait que commencer…

2. L’Heure des sorcières (1993)

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Résumé: Des siècles durant, les sorcières de la famille Mayfair ont dû lutter pour survivre et fuir les persécutions. Aujourd’hui, elles vivent en paix à La Nouvelle-Orléans. Mais Lasher, l’esprit qui les hante depuis des générations, enrage de les voir peu à peu se détourner de la magie. Lorsque Rowan, la treizième sorcière, la puissante héritière des pouvoirs, est sur le point d’accoucher, Lasher sent que son heure est venue et rassemble tous ses pouvoirs pour s’incarner dans le nouveau-né. La nuit de Noël, Rowan donne naissance à un enfant prodigieux : en quelques heures, il acquiert sa taille adulte, parle et marche. La famille Mayfair pourra-t-elle faire face à cet esprit infantile, jaloux et diaboliquement intelligent qui rêve de devenir le plus grand sorcier de tous les temps?

  

3. Taltos (1994)

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 Résumé: M Ash est à la tête d’un immense empire financier. Il est aussi le dernier représentant de l’espèce légendaire des Taltos. Mais bientôt il apprend que l’on a signalé l’un des siens en Ecosse, sur les lieux mêmes où, des siècles plus tôt, il dirigeait son clan. Ses investigations le conduisent à Rowan Mayfair et sa famille de sorcières. Il découvre que les pouvoirs exceptionnels des femmes Mayfair sont liés à l’héritage des Taltos…

 Par la suite, vampires et sorcières se rencontreront à maintes reprises dans Merrick, Le Domaine Blackwood et Cantique sanglant (voir ci-dessous).

Le Talamasca

Pour parfaire la cohérence de son univers, il existe une référence commune entre les Chroniques des Vampires et la famille Mayfair, outre les rencontres qui ponctuent les deux séries, il s’agit du Talamasca. C’est une société secrète séculaire spécialisée dans l’étude de l’occulte et du paranormal. Cet ordre ne représente aucun danger direct pour les immortels Vampires et pour les sorcières, si ce n’est qu’ils font preuve d’une certaine indiscrétion en observant contre leur gré les êtres surnaturels en question. Il n’est pas du goûts des vampires comme des sorcières d’être ainsi catalogués par des humains, mais ceux-ci ne sont que des érudits et gardent jalousement leur savoir.

~ Melissande ~

Chroniques des Vampires

Sous le titre de Chroniques des Vampires se retrouve le cœur vibrant de l’oeuvre d’Anne Rice. Au départ, cette notion de chronique n’existait pas, car Anne Rice n’avait rien élaboré d’aussi complexe. C’est le nombre d’ouvrage consacré à ses vampires qui a naturellement donné à cette série un titre fédérateur repris par les éditeurs.

Entretien avec un Vampire (1976)

entretien_avec_un_vampire« Dans une pièce sombre se déroule lentement l’histoire d’un être que le temps délaisse et que le soleil blesse… De nos jours, à la Nouvelle-Orléans, un jeune homme a été convoqué dans l’obscurité d’une chambre d’hôtel pour écouter la plus étrange histoire qui soit. Tandis que tourne le magnétophone, son mystérieux interlocuteur raconte sa vie, sa vie de vampire. Comme l’intervieweur, nous nous laissons subjuguer, fasciner et entraîner à travers les siècles dans un monde sensuel et terrifiant où l’atroce le dispute au sublime. « 

Entretien avec un vampire est étonnant. Son mode narratif à deux niveaux (l’histoire du vampire interviewé par un journaliste à la troisième personne, et l’histoire racontée par le vampire à la première personne) permet de jouer avec l’incertitude du journaliste sur le fait que le récit de Louis est avéré. C’est très différent de ce que fera Anne Rice par la suite, et un bon moyen d’introduire l’univers des vampires dans la réalité sans entrer de plain-pied dans le fantastique, sans compter que  Louis de Pointe du lac au XVIIIième siècle est un humain et fait aussi entrer son témoin par la petit porte de son existence dans le monde de ténèbres.

Ensuite, il convient de retenir qu’Entretien avec un vampire est avant tout un roman introspectif. Louis, le Vampire hors de son temps, parle de ses sensations, ses émotions et ses sentiments qui le raccrochent sans cesse à son humanité perdue. C’est d’ailleurs un élément important de l’histoire, car Louis est un vampire atypique. Lestat, celui qui a fait de lui un Vampire, se plaît souvent à le lui rappeler, à se moquer de lui en disant qu’il est sans doute le plus humain de tous les vampires. Et à côté de lui, Lestat est un monstre sanguinaire, amoral et cruel. Et c’est aussi important de voir Lestat par le prisme de la vision de Louis que de voir, dans la suite, Louis par le prisme de la vision de Lestat.

Lestat le Vampire (1985)

lestat_le_vampire« Lestat le vampire s’est réveillé de sa léthargie. Le climat dionysiaque qui règne sur le monde l’a rappelé à la vie, exaltant sa soif de sang, de gloire et d’outrance. Vampire impie, Lestat est décidé à outrepasser toutes les limites.
Star du rock, gothique et sensuel, auteur d’une autobiographie scandaleuse, Lestat affiche et revendique sa nature vampirique. Il en joue, séduit et fascine.
Voici son histoire, voici comment Lestat, dandy impénitent, scandalisa jusqu’à ceux de son espèce… »

Lestat le Vampire tente de reprendre les rouages qui ont fait la notoriété et l’habileté d’Entretien avec un Vampire en mettant Lestat sous le feu des projecteurs. Cette fois, c’est lui qui raconte sa vie de mortel et d’immortel et le moins qu’on puisse dire est que l’on est vraiment très loin de la vision que Louis pouvait en avoir. Peut-être que Lestat est devenu tel que Louis le décrit, et est si aveuglé par ses désirs qu’il n’a véritablement aucun recul sur sa nature, pourtant, on ressent clairement que Lestat est son propre héros et la justesse de ses actes est indiscutable de son point de vue. Et c’est ce qui fait toute la dimension particulière de ce duo, où chacun de ces vampires est perçu finalement par ses actes alors qu’individuellement, ce qui les motive peut-être totalement différent.

Lestat fait donc écrire ses mémoires en même temps qu’il va chercher à devenir une rockstar adulée. Sa narration semble avoir pour seul but de justifier de ce qu’il se prépare à faire. Il raconte que dans son passé, il a été séduit par l’ancêtre de tous les Vampires, la reine Akasha, et qu’il entend lui offrir en cadeau le monde, prétextant qu’il est temps pour les vampires de régner dessus, tel les puissants rois immortels qu’ils sont.

Lestat prend soin de se donner raison dans tout ce qu’il écrit à son sujet, souvent en se victimisant, comme si tout ce qu’il avait vécu depuis sa venue au monde de la nuit ne menait qu’à une seule et unique conclusion logique. Ce récit prend soin d’éviter de relater ce qui a déjà été dit dans Entretien avec un Vampire. Il se trouve que le journaliste qui interviewe Louis dans le premier opus a publié le récit de son entretien. De fait, l’existence du livre « Entretien avec un Vampire » dans le récit de Lestat le vampire est une manière amusante de se raccrocher à la réalité dans la fiction. Le livre de Lestat sera lui aussi sur les étals à la fin du récit.

La Reine des Damnés (1988)

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En revendiquant sous le feu des projecteurs sa nature démoniaque, Lestat a transgressé la loi du secret. Ses semblables l’ont condamné à mort.
L’affrontement est inévitable. Il sera dantesque : la reine des damnés, la mère de tous les vampires, a été arrachée à son sommeil millénaire.
Son rêve peut enfin se réaliser : étendre à nouveau son pouvoir sur le monde… »

La Reine des Damnés s’éloigne du concept narratif de ses deux prédécesseurs pour en prendre la suite à la troisième personne. Nous y retrouvons un Lestat qui se montre tel qu’il est en public. Et cela pose un sérieux problème à la communauté des vampires qui voit dans la révélation de sa nature (qui est prise pour un simple délire de star par les humains contemporains) une menace pour le secret de leur existence. On retrouve les quelques personnages qui gravitaient autour de Louis et Lestat dans les précédents volumes et de nouveaux qui forment les protagonistes de ce que Lestat a déclenché. C’est au travers de ce volume, que la fameuse Akasha va se réveiller, à cause de Lestat, et devenir une menace pour le monde. Il nous sera donné de connaître les contemporains d’Akasha (dans l’Egypte pré-historique pour ainsi dire) et de comprendre comment les vampires sont nés.

Ce roman est un peu l’alpha et l’oméga de la saga des vampires d’Anne Rice. On y découvre leurs origines et la conclusion spectaculaire de plusieurs millénaires d’histoire. Il sort complètement du cadre intimiste de ses deux prédécesseurs pour dévoiler le mystère qui secoue la petite communauté d’immortels.

Le Voleur de Corps (1992)

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Et cela est possible. C’est ce que lui a promis ce mystérieux inconnu. Un nouveau pacte avec le diable qui lui coûtera plus que son âme… »

Le Voleur de Corps prend place après La Reine des Damnées et remet Lestat au cœur d’un récit plus intimiste, à la troisième personne, basée cette fois sur l’idée de rédemption et du retour à la mortalité pour un vampire plusieurs fois centenaire. Une épreuve des plus étonnantes surtout de la manière dont cela est ici appréhendé. Il ne s’agit pas de trouver une quelconque façon de renverser un processus de transformation, mais au contraire, d’abandonner l’être vampirique pour un corps humain dont le possesseur dispose de la capacité d’échanger son esprit avec celui d’un autre.

Le Voleur de Corps est assez surprenant après la trilogie fondatrice, car il montre un aspect de Lestat qu’on ne connaissait pas encore et révèle un fondement de sa nature. Quoique Lestat fasse, il sera confronté à l’insatisfaction. C’est un trait qui est mis en exergue chez tous les vampires du monde fantastique d’Anne Rice, mais chez Lestat, c’est ce qui le définit. C’est ce qui fait que ce personnage surprend encore et toujours par sa capacité à transgresser toutes les conventions, tous les interdits, et à prendre tous les risques, juste parce qu’il ne peut reconnaître son insatisfaction d’avoir fait quelque chose qu’après l’avoir réalisé.

Ainsi, malgré tout ce qu’on lui conseillera, Lestat fera affaire avec le Voleur de Corps… et le regrettera. Il se mettra en quête de ce qu’on lui a pris, son immortalité et ses pouvoirs vampiriques, pour les reconquérir, alors même qu’il détestait son existence de vampire. Ce qui est amusant et en décalage flagrant avec ce qui précède est que l’on retrouve ici un être trop vieux pour vivre une vie de mortel, trop ancré dans la logique du pouvoir, et finalement obligé de se soumettre à des règles encore plus strictes pour survivre qu’il n’en avait avant. Un comble pour celui qui est incapable d’accepter les règles comme les conventions.

Memnoch le démon (1995)

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Résumé: «Je voulais boire son sang. Je bois le sang des gens. C’est comme ça que je reste jeune et vivant. Vous croyez aux Anges ? Alors croyez aux vampires. Croyez en moi. Il existe des choses bien pire sur Terre. » Reine incontestée d’un genre fantastique qu’elle a révolutionné en lui apportant sensualité et démesure, Anne Rice est née en 1941 à La Nouvelle-Orléans. Dans ce dernier volet des « Chroniques des vampires », elle instille une grande dose d’humanité à sa créature piégée entre vie et mort, amour et instincts.»

Mon avis

Ce roman est assez interpellant. Outre le fait que Lestat commence à éprouver non seulement des remords mais surtout de la peur face à ses crimes commis par le passé, Anne Rice réinvente les passages clés de la Bible. En effet, Jésus n’est plus le fils de Dieu mais bien Dieu lui-même, souhaitant souffrir comme les hommes et ainsi tenter de les comprendre. Mais ce Dieu qui est censé n’être qu’amour se fourvoie et condamne les hommes qu’il est censé sauver. En tentant de le ramener à la raison, Memnoch, un ange supérieur, est déchu. Chassé du Paradis, Memnoch a pour mission de ramener auprès du Seigneur le plus d’âmes damnées possible.

Armand le vampire (1998)

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La vie d’Armand croise celle d’autres Vampires, depuis son créateur et mentor, Marius, jusqu’à Louis, en passant par Lestat. Ces trois-là, déjà figures significatives d’Entretien avec un Vampire, ont un destin lié. Mais des trois, c’est Armand le plus vieux et sa vie, difficile au début, douce au moment d’acquérir l’immortalité de la part de Marius, redevient une péripétie douloureuse de solitude par la suite.

Ce mode narratif, cher à Anne Rice, du Vampire qui conte sa vie à un tiers est à nouveau en vigueur ici. Nous retrouvons un récit teinté par l’expérience, les émotions et le vécu d’Armand, un adolescent en apparence, mais avec l’accumulation de plus de 10 vie d’hommes dans son esprit et son cœur. Finalement, on découvre que la vision de Louis dans Entretien avec un Vampire est finalement assez juste, contrairement au décalage violent qu’il pouvait exister entre Lestat par Louis et Lestat par lui-même. Si ce n’est que les raisons de son mal de vivre sont ici plus clairement expliquée. Armand est constamment à la recherche d’une raison d’être. Et c’est au travers de l’amour qu’il la trouve, un amour qui ne dure que le temps d’une époque. Armand aimerait tant trouver un immortel prêt à partager ses vues pour l’éternité. Louis lui faisait d’ailleurs cette remarque cruelle qu’Armand ne serait jamais heureux, car il n’était pas fait pour être immortel.

Le Sang et l’Or (2001)

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Le Sang et l’Or est une sorte de trait d’union entre toutes les chroniques des Vampires. Car si chacun de ces immortels (Louis, Lestat, Armand), racontent leur vie passé et présente et leur évolution au cours des cinq ou six cent ans d’existence (pour le plus vieux de ceux cités), Marius est la pierre angulaire directe ou indirecte de leur vie obscure. Et ce roman est le récit de la vie de Marius. Bien que son âge se chiffre en millénaire, il n’est pas le plus vieux de son espèce, loin de là, mais il a eu, au cours de sa longue existence, un rôle primordial à jouer : celui de veiller sur Akasha et Enkil, les ancêtres vampire en sommeil. On découvre le personnage de Marius pour la première fois dans le passé de Lestat, dont il sera temporairement le mentor après que le créateur de Lestat se soit suicidé. C’est de cette rencontre avec Marius que Lestat fera la découverte tragique d’Akasha qui entraînera par la suite les événements dans la Reine des Damnés, événements qui mettront fin aux devoirs de Marius.

La naissance de Marius remonte au plus fort de l’empire romain dont il verra la grandeur et la décadence. Lui-même amené à l’immortalité par un Vampire mourant qui le laissera seul avec son don ténébreux, Marius partira à la découverte du monde et finira par rencontrer « ceux qu’il faut garder ». Si l’existence de Marius ressemble à un tragédie grecque, elle sert de point de départ à l’existence d’autres vampires notables, Pandora étant la plus marquante. Anne Rice renoue ici avec une vision plus large et ouverte que les très intimes perceptions d’Armand, de Lestat et de Louis et explore une tranche de l’histoire suffisamment lointaine et ancienne pour ne pas perturber les acquis. Marius joue un rôle prédominant dans la société des Vampires et croise de nombreux autres membres de sa race, avec la volonté persistante de leur échapper. Une solitude nécessaire pour protéger ceux qu’il faut garder, centre de toutes les convoitises, mais difficile à supporter.

Une large part du récit recoupe l’histoire d’Armand qui sera tant le disciple que le compagnon de Marius durant de nombreuses années. Mais elle recoupe aussi celle de Pandora être aimé et haï de Marius et dont les rencontres et les séparations sont parfois aussi fugaces que passionnées à travers les âges.

Pandora (1998)

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 Résumé: «Je suis un vampire. Depuis bientôt deux mille ans. Pourtant je me souviens, comme si c’était hier, de ma vie mortelle, de mes fantasmes d’adolescente, de ma première rencontre avec Marius, de mon mari, de mes amants. Jamais je n’oublierais mes visites au temple d’Isis, les persécutions de ses adeptes, le début du cauchemar, ni les complots de la Rome d’Auguste, les trahisons, les massacres… Mon père assassiné sous mes yeux. La fuite à Antioche. L’espoir d’une nouvelle vie. Et toujours les rêves. Rêves où je me repais de sang. Rêves à la fois troublants et terrifiants. Rêves prémonitoires…»

 C’est avec plaisir que nous en apprenons plus sur la passion née entre Pandora et Marius, son créateur raffiné et si sensible à l’art. Sous une forme proche de l’autobiographie, Pandora nous conte son histoire, de son enfance à ses premiers émois jusqu’à ses terribles rêves prémonitoires. Elle reste un personnage insaisissable car on ne sait pas toujours ce qu’elle éprouve. Remords ou envie, amour ou haine, Pandora passe par toutes sortes d’émotions au cours de son initiation au monde de la nuit. C’est à David Talbot qu’elle livrera ses secrets afin que son récit traverse les siècles. Tout comme il l’a fait pour Louis, David enregistre Pandora pendant de nombreuses heures afin de retranscrire son histoire.

Vittorio le vampire (1999)

Vittorio_le_vampire« Vittorio est un jeune noble qui partage son temps entre la Florence des Médicis et les terres de son père dont le château domine la Toscane. Une existence dorée qui lui permet de bénéficier de tous les attraits de la Renaissance italienne jusqu’au jour où toute sa famille est massacrée par une confrérie démoniaque. Vittorio lui-même ne devra sa survie qu’à l’intervention d’Ursula, une vampire d’une stupéfiante beauté. Dès lors il n’aura de cesse de venger les siens et parviendra à exterminer les démons, rencontrant sur son chemin la guerre, les intrigues de cour et toutes sortes de mystères aussi bien sacrés que profanes, pour finir par tomber sous le charme de la mystérieuse Ursula et découvrir avec elle… l’immortalité. »

Le cas de Vittorio est assez intéressant puisque, pour une fois, Anne Rice s’intéresse à la vie d’un vampire qui fut plus intéressante de son vivant qu’après sa transformation. Et Vittorio n’a justement aucune prédisposition à devenir un Vampire, attendu qu’il va passer son existence de mortel à traquer les monstres qui ont massacré sa famille et qu’il considère les Vampires comme tel.

Bien entendu, comme toujours avec Anne Rice, nous nous retrouvons au cœur d’un récit introspectif qui, dans le décor de la Renaissance italienne, amène Vittorio a progressivement changer d’état d’esprit. A part le fait qu’il finira Vampire, ce dont on est dés le départ informé, ce récit prend le contre-pied des précédentes approches de l’auteur, en adoptant le point de vue purement humain de la condition vampirique à une époque où, à peine sorti de l’obscurantisme, rationaliser l’existence de créature surnaturelles est une véritable gageure.

Disons le clairement, Vittorio n’est pas un incontournable de l’oeuvre d’Anne Rice, autant par son côté indépendant et détaché vis-à-vis des autres chroniques des vampires que pour son contenu un peu répétitif. Après tout, Pandora, Lestat, Armand et Louis nous ont déjà confronté, même dans une moindre mesure, à ce questionnement sur la condition vampirique tant avant leur transformation qu’après.

Vampires et Sorcières

Bien qu’inscrit dans la lignée des Chroniques des Vampires, les romans suivants constituent à plus ou moins grande échelle un cross-over significatif entre le récit des Vampires et celui des Sorcières.

Merrick (2000)

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Résumé: «Parente pauvre du clan des Mayfair, issue d’une branche afro-américaine de la famille, descendante des sorcières blanches qu’elle connaissait à peine, Merrick était venue voir, vingt ans plus tôt, le Talamasca, s’aventurant dans la maison mère de Louisiane pour dire :  » J’ai entendu parler de vous et j’ai besoin de votre aide. Je vois des choses, Je sais parler avec les morts.  » Or justement, aujourd’hui, quelqu’un a désespérément besoin de ce talent particulier : Louis de Pointe du Lac, qui sombre peu à peu dans la folie et la détresse, a appris que le fantôme de sa  » fille « , la petite Claudia, ne parvient pas à trouver le repos. Étrangement  la rencontre entre le vampire et la sorcière d’une exceptionnelle beauté prend l’allure d’un coup de foudre. Mais leur attirance mutuelle ne risque-t-elle pas de les amener à un dénouement tragique?»

Anne Rice est un écrivain qui m’a toujours fascinée, tant par la richesse de ses personnages que par ses descriptions sensuelles de la Nouvelle-Orléans. En effet, elle ne place pas seulement un décor, le lecteur goûte et sent chaque arôme, chaque parfum de la ville. Chacune de ses œuvres est une invitation au voyage mais «Merrick» est un véritable coup de cœur. Avec ses cheveux noirs et son teint blanc, Merrick séduit David Talbot, transformé depuis peu en vampire. S’ensuit alors un récit captivant, où les rites vaudous sont sacrés.  Ainsi, ces derniers apportent la mort ou la consolation. Seule Merrick sait ouvrir les portes des limbes sans sombrer dans la folie. Tout au long du roman, une certaine mélancolie s’empare du lecteur qui ne peut qu’être ému face à l’apparition ou la destruction de l’Art et de la Beauté.  S’il est vrai qu’Anne Rice est la reine des vampires, elle n’en demeure pas moins un être humain doté d’une sensibilité exceptionnelle.

 ~Melissande~

Le Domaine Blackwood (2002)

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Résumé: «Le domaine Blackwood n’est pas vraiment une habitation, mais autrefois il a eu la ferme ambition de devenir l’une des plus somptueuses demeures de la région, avec ses colonnades et ses salles de réception imposantes. Mais i aurait fallu des récoltes abondantes, transformer les marais du Démon du Sucre en terre exploitable… C’est là que vit Quinn Blackwood, hanté depuis sa naissance par un double maléfique, un esprit du monde des rêves auquel il ne peut échapper. Lorsque Quinn se voit transformé en vampire, bénéficiaire d’une immortalité qu’il n’avait jamais souhaitée et coupé de tout ce qui faisait sa vie, il s’aperçoit que son double est devenu encore plus vampirique et terrifiant qu’il pourra jamais l’être lui-même. Tandis que le récit nous conduit de son enfance au domaine Blackwood jusqu’à La Nouvelle-Orléans, de la Grèce antique à la Naples du dix-neuvième siècle, Quinn part à la recherche du légendaire vampire Lestat, qui, espère-t-il, l’aidera peut-être à échapper au spectre qui veut inexorablement l’entraîner vers les marais et leurs abominables secrets.»

 Dans ce tome, le lecteur peut continuer à suivre Lestat et sa fabuleuse transformation. C’est donc petit à petit qu’Anne Rice fait de son enfant terrible, une créature rongée de remords et souhaitant réparer tout le mal qu’elle a fait. Malgré tout, il reste le puissant vampire qui terrorisa jadis nombre d’ennemis. Ce qui n’est pas pour me déplaire puisque l’ancien Lestat ne disparaît pas complètement. « Cantique sanglant » est une sorte de suite du « Domaine Blackwood ».

~Melissande~

Cantique sanglant (2003)

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Résumé: «Lestat, le plus puissant des vampires, vieux de deux siècles mais beau comme un dieu de vingt ans, Lestat le Magnifique ne veut plus incarner le mal. Il veut faire le bien. Sauver des millions d’âmes. Renverser le cours de l’histoire. Dans sa quête éperdue de rédemption, il est prêt à tout. Mais n’est pas saint qui veut. Au domaine Blackwood, amis ou ennemis, des personnages mythiques s’agitent autour de lui : Mona Mayfair, devenue vampire malgré elle, le mystérieux Ash Templeton âgé de 5000 ans, Julien Mayfair l’impitoyable tourmenteur. Et Rowan Mayfair la sorcière, en proie à de sombres secrets, au bord de la folie, qui fascine irrésistiblement Lestat. Lui qui était le mal en personne n’a plus qu’un désir : quels que soient les risques, vaincre sa nature pour atteindre à la pureté, et surtout gagner le cœur de l’envoûtante et insaisissable Rowan.»

 Vous l’aurez compris, une des grandes prouesses de l’auteur est de parvenir à jouer avec ses personnages à travers les siècles et les continents sans que cela soit tiré par les cheveux. Tous les événements historiques sont rigoureusement authentiques. Anne Rice ne fait que lier le destin de ses créatures aux nôtres, pauvres mortels que nous sommes. Son amour pour la Nouvelle-Orléans transparaît dans chaque tome. Dans ce volume, Lestat, transfiguré depuis sa rencontre avec Memnoch, avance un peu plus sur le chemin de la rédemption.

~Melissande~

Inspirations

Anne Rice a inspiré un genre littéraire entier. Même si ses écrits ne peuvent être qualifiés de bit-lit, ils n’en restent pas moins précurseurs dans le genre. Nous sommes encore loin du schéma de l’humaine éprise (ou aux prises) avec un ou plusieurs êtres surnaturels de type vampire/loup-garou comme nous en abreuve le Twillight de base (ou les séries télévisée du genre comme Vampire Diaries, ou True Blood) et nombre de productions littéraires. En cela, l’œuvre d’Anne Rice est libre des contraintes socio-culturelles qui ont forgé la bit-lit. Mais on ne peut ignorer quel impact Entretien avec un Vampire a eu sur ce thème littéraire si peu exploité depuis Bram Stoker. Et dans son cas, on ne peut même pas y reconnaître le genre gothique, puisque la vie et la nature même des vampires d’Anne Rice s’en échappe totalement (et s’en moque sans vergogne quand est évoqué le Théâtre des Vampires parisien, ou la recherche infructueuse des mythiques vampires des Carpates par Louis et Claudia).

affiche_Entretien_avec_un_vampire_1994Entretien avec un Vampire a laissé son empreinte dans le cinéma en 1994 au travers du très réussi film éponyme de Neil Jordan. Il mettait en scènes deux bellâtres de l’époque, Tom Cruise et Brad Pitt dans les rôles de Lestat de Lioncourt et Louis de Pointe Du Lac. Le scénario du film occulte une section entière de l’oeuvre originale consacrée à la recherche des vampires dans les Carpates et simplifie considérablement la fin de l’histoire. En outre la conclusion du film est en décalage avec l’histoire de Lestat. Mais dans l’ensemble, j’ai trouvé ça très proche du livre, surtout d’un point de vue ambiance et récit. Au-delà de la distribution  prestigieuse (qui inclue Antonio Banderas et Christian Slater et qui voit aussi les débuts de Kirsten Dunst), ce film est superbement réalisé et suffisamment poignant pour être la parfaite illustration visuelle du livre (à ceci près que Tom Cruise blond, ça choque, et que Armand qui est censé avoir l’apparence d’un garçon de 13-14 ans est campé par Antonio Banderas qui, même jeune à cette époque, ne les fait pas 😉 ).

affiche_la_reine_des_damnésLa Reine des damnés a aussi vu son adaptation au cinéma en 2002. Du moins, le récit conté ici concerne à la fois les romans Lestat le Vampire et La Reine des Damnés. Prenant beaucoup de liberté avec l’œuvre originale, ce film est odieusement court. Il condense un récit beaucoup plus riche et détaillé qui perd énormément en qualité émotionnelle. Le mode de pensée atypique de Lestat n’est pas du tout restitué et la plupart des personnages secondaires pourtant très important dans les chroniques d’Anne Rice sont pauvrement mis en scène. Un Marius de Romanus ici joué par un français (Vincent Pérez) brun au cheveux court n’a pas du tout la même prestance que sa description d’origine. Ce film met en scène une actrice/chanteuse de RnB qui est décédé lors de sa post-production, Aaliyah. Le générique du film comporte une dédicace à sa mémoire.

bd_entretien_avec_un_vampireEntretien avec un Vampire a aussi bénéficié d’une adaptation en bande-dessinée, un roman graphique qui décline la version d’origine sous un angle différent, puisque non plus vu par les yeux de Louis, mais par ceux de Claudia, la petite-fille vampire créée par Lestat et Louis. Je n’en sais guère plus que cet ouvrage que je n’ai pas lu.

vampire_la_mascaradeLe Monde des Ténèbres, est un monde créé pour le jeu de rôle. La société White Wolf a lancé une gamme portant ce nom et y décrit des créatures fantastiques comme les Vampires, les Lycanthropes, les Mages, les Fantômes, les Momies et les Fées vivant caché dans l’ombre de notre monde moderne. Chacune de ces races possède une histoire et une mythologie propre mais connaît parfois l’existence des autres. Il se trouve que le premier jeu de la gamme était Vampire, la Mascarade et que parmi les sources d’inspiration officielles (et citées dans le jeu) se trouvent tous les premiers romans des Chroniques des Vampires d’Anne Rice. Et c’est visible pour ceux qui pratiquent le jeu à quel point la cosmogonie vampirique du Monde des Ténèbres est proche de la vision de l’auteur d’Entretien avec un Vampire.

Dédicaces

Cet article sort à point nommé pour vous indiquer qu’Anne Rice est en déplacement pour la première fois en France ce mois-ci, et offrira des séances de dédicace à l’occasion de la sortie de son prochain livre, le Don du loup. On pourra la trouver à la Fnac de Saint-Lazare à Paris le vendredi 20 septembre à 17h, et à la librairie Grangier à Dijon le 21 septembre à 14h

En conclusion

Anne Rice est un auteur très prolifique et comptant toujours parmi les maîtres d’un genre à part. Elle m’en voudrait probablement d’avoir commencé par citer Meyer et la bit-lit pour parler d’elle. Mais elle passionne toute une génération de lecteurs à la recherche de plus de profondeur que la trop grande superficialité offerte par la bit-lit. Si elle inspire un genre littéraire à elle seule, elle n’a pas son pareil pour avoir réinventé et modernisé le mythe du vampire, et du fantastique contemporain en général pour en faire un chef-d’oeuvre riche et cohérent. Merci à elle.

Vous aurez remarquez que je n’ai pas écrit l’intégralité de cette chronique, et que Melissande m’a assisté pour compléter ce déluge de commentaires. Merci à elle.

~ Melissande et L’Ours ~