1070604-gfPour un premier article j’ai décidé de vous présenter un livre d’un auteur que j’aime beaucoup. Non seulement parce qu’à plus d’un égard je suis une adepte du Seigneur des Anneaux, mais parce que j’aime les écrits de Tolkien dans leur ensemble. Il faut cependant bien admettre que certains passages de ses livres sont difficiles à lire à cause des nombreuses descriptions. Parmi ses livres, La légende de Sigurd et Gudrun n’est pas le plus connu ni le plus lu. Mais le titre m’a toujours attiré et j’ai choisi de le présenter pour le faire connaitre un peu mieux. Je m’applique à en faire une présentation honnête. Et, si l‘on me demande ce qui m’a poussé à le lire, eh bien je répondrais que primo c’est Tolkien, secundo c’est Tolkien et tertio c’est Tolkien. L’auteur a suffit à pousser ma curiosité, et j’espère la vôtre également.

La légende de Sigurd et Gudrun est, avant tout, un ensemble de notes rédigées par Tolkien qui ont été mises en forme par son fils, Christopher, sur l’Edda poétique nordique. Ces notes constituaient le fondement d’une conférence donnée par Tolkien en 1926. Cela donne à l’ouvrage une dimension discursive assez importante. Globalement, c’est un cours de littérature scandinave pour le moins enrichissant. On y parle de phonétique, didactique, poétique, métrique, orthographique et tout en langage des hommes. Christopher Tolkien a étudié autant que compilé les textes de son père pour que nous, néophytes de l’imaginaire nordique, ne soyons pas en train de lire le Nouveau Lai des Völsung et le Nouveau Lai de Gudrun avec un regard bovin. De fait, je considère que, présentement, mes connaissances en mythologie scandinave ne sont vraiment pas considérables. Ma connaissance de la mythologie nordique ne se limitait pas à Odin et aux mondes liés à Yggdrasil mais n’étaient cependant pas suffisantes. Tolkien fait un parallèle très intéressant avec le Codex Regius d’où sont tirés les textes originaux, ce qui, pour ma part me donne envie de lire, voire d’étudier, ces textes. Les Nouveaux lais contenus dans La légende de Sigurd et Gudrun ont été rédigés par Tolkien lui-même et donne une dimension différente aux premiers récits et une nouvelle forme d’accessibilité à cette littérature.

Je me rends bien compte que, présenté de la sorte, on n’a pas forcément envie de le lire, mais la littérature n’est pas qu’une affaire de lecture, c’est également (et surtout) de l’écriture. Il est vrai qu’on part beaucoup moins loin qu’avec un roman de SF mais on s’enrichit indubitablement.

Le Nouveau lai des Völsung (je vous épargne la traduction littérale en vieux norois) commence par la création du monde et des hommes par les dieux puis raconte l’arrivée de leurs ennemis et l’intervention de Thor pour les faire fuir. Cela entraine des réflexions sur la vie et la mort des héros. Il est alors prédit qu’un mortel guérira de la mort et apportera au loup Fenrir la défaite, sauvant ainsi le monde. Tolkien conte ainsi l’histoire de la lignée des Völsung, le triomphe de Sigmund et la vie de Sigurd. Il met particulièrement en avant les amours funestes de celui-ci pour Brynhild et Gudrun ainsi que les enchantements qui ont décidé de leur sort à tous, conduisant peu à peu les héros vers la mort. La mort est alors annoncée comme une fin glorieuse pour les mortels et une vie à Valhöll où Odin rassemble les « élus » pour la dernière bataille.

Le Lai de Gudrun continue l’histoire après la fin de Sigurd sur terre. Son mariage avec Atli le Hun et la convoitise qu’Atli a pour le trésor de la famille de Gudrun qui le confronte à son amour pour elle. Le meurtre des frères de Gudrun emmène le récit dans une boucle sans fin. La convoitise des hommes pour les trésors et la puissance est leur perte, mais permet aux femmes de choisir leur destin.

En somme, ces nouveaux lais laissent transparaitre des éléments que l’on retrouve dans des textes médiévaux comme l’histoire de Tristan et Iseult (certains éléments sont très proches dans le Lai de Gudrun). Mais cela ne transparait pas directement, c’est en lisant les commentaires des Lais que l’on comprend toute l’ampleur du travail littéraire de Tolkien pour construire son monde et ces récits. Car, ici, on commence à percevoir l’inspiration nordique présente dans Le seigneur des anneaux, le Silmarillion et Les enfants de Hurin. Le parallèle fait entre le Codex Regius et les nouveaux lais de J.R.R. Tolkien explique les fondements mêmes des ces autres récits. Puisque si on y fait attention :

« Combien peu nous importe
Cet espoir d’Odin !
D’anneaux d’or rougeoyant
Je serai le seul maître.
Bien que Dieux ne le prisent,
L’or est un réconfort.
De Hreidmar hâtez-vous
De quitter la demeure ! » (Strophe 15, p.65)

Alors j’espère que vous prendrez autant plaisir que moi à lire ces poèmes qui amorcent une part importante de l’univers de Tolkien.