Mon titre est éloquent en soi. Si l’on admet que l’oeuvre fondatrice de Dune appartient à Frank Herbert, il semble juste que son fils, écrivain lui aussi, tire quelques lauriers de cette « suite », même s’il n’en est pas le seul auteur. Néanmoins, si le travail de Kevin J. Anderson sur les préquelles et séquelles de Dune n’est pas à amoindrir, cette chronique se concentre plus sur l’oeuvre que sur l’auteur. Et si l’on trouvait que Dune était déjà une monstruosité en terme de volume, de profondeur et de richesse, il faut se mettre dans la tête que Frank Herbert n’avait pas, seul, la puissance d’écriture de l’équipe qui lui a succédé.

Brian Herbert

Aujourd’hui âgé de 66 ans, Brian Herbert ne peut prétendre, en tant qu’écrivain, qu’à un tout petit palmarès littéraire, mais en tant que successeur de feu Frank Herbert, son travail est bien plus louable. La première publication de Brian Herbert est en co-auteur avec son père sur un ouvrage qui n’a rien à voir avec la série Dune, l’Homme de deux mondes, paru en 1986. Brian Herbert se fait publier en tant qu’auteur en remaniant les notes d’écriture de son père qui paraîtront sous le titre The notebooks of Frank Herbert’s Dune en 1988. Dépositaire d’aucun prix en particulier, on sait assez peu de chose sur l’auteur en lui-même. Son associé, Kevin J. Anderson est de son côté un écrivain accompli, ce à quoi Brian Herbert ne peut pas prétendre.

Ce qui est remarquable en revanche, c’est cette incroyable volonté de compléter l’oeuvre de son père au travers d’une production prodigieusement énorme et pas moins riche que ce que Frank Herbert a accompli. Assurément, le Cycle de Dune dans les mains de Brian Herbert a forcément pris une tournure différente et un cachet spécifique à ses auteurs, mais on y ressent la volonté de suppléer à l’oeuvre originale sans chercher à la remplacer ou à lui succéder ce qui supposerait qu’on puisse oublier l’ancienne. Or non. Les préquelles et séquelles de Dune issues de l’imagination de Brian Herbert et de Kévin J. Anderson sont bien la continuité de Dune et le moindre des détails en a été étudié pour ne jamais contredire l’oeuvre originale.

Malgré cette marque de fabrique imprimée au fer rouge dans le CV de ces auteurs, la collaboration des deux hommes ne s’arrête pas là, puisqu’ils ont lancé un nouveau cycle de SF complètement original cette fois, dont le premier tome, Olium fut publié en 2012.

Avant et après

Pour ne pas toucher la saga originale, les auteurs ont pris le parti de parler de ce qu’il y avait avant et après, mais jamais pendant (enfin pas tout à fait « jamais »). Très loin dans le passé avant l’histoire de Dune commencent des événements qui n’ont été que survolés dans l’oeuvre du père, à savoir que l’univers connu a été le théâtre d’une terrible guerre avant l’avènement de l’Empire, le fameux Jihad Butlérien qui a vu la disparition des machines intelligentes et des tristement célèbres Titans (des cyborgs très puissants) lors d’une bataille finale mémorable, la Bataille de Corrin. Tout cela est conté dans une trilogie intitulée La genèse de Dune. Les Grandes Maisons du Landsrad existaient déjà mais ne formaient pas encore la société de l’on connaît dans Dune. Et si certaines sont responsables de l’évolution tragique de cette guerre, d’autres luttent pour se libérer du joug d’OMNIUS une intelligence artificielle redoutable devenue maîtresse de la galaxie. Cela se passe 10000 ans avant les évènements de Dune, si bien que l’impact historique est largement diminué par le temps qui s’est écoulé depuis. Néanmoins, c’est une époque clé pour expliquer d’où viennent les Grandes Maisons (et notamment la rivalité séculaire entre Atréides et Harkonnen), le Bene Gesserit, les Mentats, les Docteurs Suk, le Bene Tleilax et l’ensemble des organisations protagonistes de la saga d’origine.

Ce passé lointain n’est pas la première pierre de l’édifice construit par Brian Herbert, car avant de remonter aussi loin dans le passé de cet univers très particulier, il a construit une première trilogie, sobrement intitulée Avant Dune, qui décrit comment s’est formé le triangle relationnel des Maisons Majeures responsable des évènements du cycle de Dune originel, à savoir, les Atréides, les Harkonnen et les Corrino. Si chaque maison est mise en avant respectivement dans chaque volume de cette trilogie, il s’agit bien de l’histoire avant l’histoire, de la montée en puissance du Duc Leto, du Baron Vladimir et du Padisha Shaddam IV et des personnages qui gravitent autour. Ces volumes posent le décor de Dune et allument les mèches des différentes intrigues qui se nouent dans la saga de Frank Herbert.

Il y a une autre série plus récente qui se focalise à présent sur la création des ordres, à savoir, le Bene Gesserit, les Mentats, etc.. Cette série intitulée Dunes, les origines, se situe quelque part en amont entre la Genèse et Avant Dune.

Et puis, il y a l’après-Dune. Désireux d’aller au bout de la démarche et de « finir » l’oeuvre d’origine, les deux compères se sont lancés dans ce qui est la suite de Dune, les 7ième et 8ième volumes admis comme tels de la saga inachevée du maître.

Là où la démarche fut plus délicate, et peut-être discutable sur le plan de l’intérêt, c’est dans le développement d’un cycle de nouvelles intitulées Légendes de Dune qui tentent de combler les trous laissés par Frank Herbert dans la vie de certains protagonistes, notamment l’enfance de Paul Atréides, et le début de son Jihad (qui n’est qu’évoqué au début du Messie de Dune dont l’histoire prend place 12 ans après l’accession au trône de Paul Atréides.

Conseil de lecture

Toutes ces lectures chronologiquement difficiles à suivre sont extrêmement instructives mais pas forcément aussi intéressantes que le cycle de Dune. Par exemple, le passé immédiat de la saga originelle n’offre que peu de surprises. Non seulement on connaît déjà la fin de l’histoire qui correspond forcément au début de celle de Dune, et ensuite, même si elles ne sont que très vaguement abordées dans la saga du papa, les péripéties racontées sont sans surprise. C’est éventuellement intéressant pour quelqu’un qui ne connaîtrait pas le cycle. Car en définitive, si quelqu’un aujourd’hui décidait de se lancer dans cette aventure épique (6 tomes de Frank Herbert + 11 tomes de Brian Herbert & Kévin J. Anderson + encore 3 autres annoncés… et pas des « petits » bouquins, c’est épique), je lui conseillerai de respecter l’ordre chronologique et non l’ordre de parution.

Ainsi, si l’on veut suivre cet ordre chronologique, il faut lire dans l’ordre :

  1. Dune, la genèse de Brian Herbert et Kévin J. Anderson composé de La Guerre des Machines, le Jihad Butlérien, La Bataille de Corrin
  2. Dune, les origines de Brian Herbert et Kévin J. Anderson composé de La Communauté des sœurs et un ou plusieurs volumes à paraître (Mentats of Dune est annoncé pour 2014).
  3. Avant Dune de Brian Herbert et Kévin J. Anderson, composé de La Maison des Atréides, La Maison Harkonnen, La Maison Corrino
  4. Le Cycle de Dune de Frank Herbert, composé de Dune 1 & 2, Le Messie de Dune, Les Enfants de Dune, L’Empereur-Dieu de Dune, Les Hérétiques de Dunes, La Maison des Mères
  5. Après Dune de Brian Herbert et Kévin J. Anderson, composé de Les Chasseurs de Dune et le Triomphe de Dune

Légendes de Dune de Brian Herbert et Kévin J. Anderson est un cycle un peu à part. Ses nouvelles se situent de façon éparpillées au sein du cycle. Difficile d’en conseiller une lecture chronologique. Il se compose actuellement de Paul le prophète, et Le Souffle de Dune. Des parutions supplémentaires sont annoncées sans date à savoir The Throne of Dune et Leto of Dune.

Pour les acharnés, il y a encore des choses à lire avec La Route de Dune, qui est un recueil de chapitres non publiés de Frank Herbert qui auraient pu figurer dans Dune et le Messie de Dune.

Quel est le sujet ?

L’Épice est bien moins au centre de l’intrigue dans les séries de Brian Herbert et Kévin J. Anderson que dans Dune. En effet, ce produit qui ne se trouve que sur Arrakis (Dune) est une ressource dont l’Empire et les Grandes Maisons se préoccupent autant qu’ils s’en servent, mais cela n’affecte en rien leurs projets à ce stade du récit. Le contrôle de l’Épice est le thème central du cycle de Dune originelle alors que l’intrigue entre les ordres et la cour impériale est le nœud principal de tout ce que racontent les nouveaux auteurs.

L’autre aspect particulièrement difficile et dangereux d’écrire un récit préquelle d’un autre dans lequel les évolutions relationnelles, politiques et scientifiques jouent un rôle prédominant, c’est celui de l’anachronisme. Les auteurs flirtent ainsi dangereusement avec ce concept, élaborant des technologies et des moyens que l’on ne retrouve pas dans Dune. C’est toujours plus difficile de prétendre qu’il existe moult raisons pour lesquelles une science ou une solution imaginées dans le passé ne soient plus valables et exploitables dans le futur, que de faire en sorte de ne pas risquer d’être anachronique. Néanmoins, cela reste relativement anecdotique. Il faut vraiment bien connaître la saga pour se rendre compte du risque pris et de la présence avérée d’un anachronisme.

En dehors d’Après Dune dont le sujet est clairement de mettre un terme à la saga originelle, les préquelles sont moins accrocheuses. Non seulement, ça je l’ai déjà dit, parce qu’on connaît la fin, mais aussi parce que les enjeux ne sont pas ressentis de la même manière. En l’occurrence, il s’agit moins d’un récit romancé que d’une histoire racontée attendu que la principale motivation de ces oeuvres est d’enrichir l’univers déjà lourdement décrit de l’oeuvre de Frank Herbert. C’est quelque chose qui transparaît d’une façon ou d’une autre dans tous les chapitres. La structure de récit élaborée par le papa est d’ailleurs conservée, mais le contenu de chaque chapitre se veut comme un vecteur descriptif qui a tendance à trop en faire.

Et malgré cela, le récit ne se répète pas. C’est dit dans le sens où les redites sont très rares voire inexistantes, comme si les auteurs avaient toujours quelque chose de neuf à nous montrer. Les décors changent perpétuellement, et les personnages sont rarement mis en scène deux fois au même endroit. C’est même déroutant à force. En un sens, Frank Herbert avait moins la bougeotte, outre le fait qu’il a concentré le plus gros du début de son oeuvre avec pour seul décor Arrakis. Brian Herbert et Kévin J. Anderson sont clairement pris d’une frénésie volubile dont le but est d’en sortir le plus possible, de décrire et décrire encore tout ce qu’ils peuvent jusqu’à la nausée.

Style et contenu.

Comme je l’évoquais ci-dessus, la structure des écrits de Frank Herbert a été imitée. Chapeau introductif et corps : un principe largement adoptée par ses lecteurs qui a toujours le mérite de séparer la toile de fond de l’histoire proprement dite. Mais cela va plus loin que cette seule ressemblance. Brian a appris à écrire auprès de son père et le style et le mode narratif ressemblent très nettement aux originaux. Après quoi, il faut relativiser, je n’ai pas lu de versions originales pour attester à coup sûr de cette ressemblance qui se retrouve dans les traductions. Et puis, c’est sans compter sur le style propre à Kévin J. Anderson, un peu moins classique et beaucoup plus dynamique que celui d’Herbert.

Cela forme un tout homogène et disposant de sa propre identité. Pour le reste, j’aurai tendance à penser que le découpage de l’oeuvre pourrait être largement simplifié. Le niveau de détail recherché m’est tout de suite apparu plus ambitieux que celui de Frank Herbert. Mais on s’y retrouve au bout du compte. Plus à lire mais plus d’aisance à lire, permet de moins souffrir de la longueur. Sans compter que malgré la multitude de personnages, d’intrigues et lieux et d’enjeux, les deux auteurs arrivent à nous tenir en haleine.

Néanmoins, il faut reconnaître que c’est long à lire et ce n’est pas une lecture conseillée pour les esprits fatigués. Il y a trop de choses à retenir et il est facile de perdre de vue la direction suivie par le livre si l’on n’y prend garde.

Optimisme et pessimisme

Ce sont là les deux facettes de Dune. Mais je trouve que Frank Herbert avait une approche résolument optimiste dans son histoire, alors que Brian Herbert et Kévin J. Anderson ont plutôt sombré dans le pessimisme. Que tout ne soit pas rose dans l’univers impitoyable de Dune, c’est une chose, mais de là à perdre de vue la notion fondamentale d’humanité, c’est un autre problème. Or, si la préquelle « Avant Dune » est encore relativement proche et seulement une introduction à ce que sera la guerre de l’Épice portée par des figures honorables (même si discutables à terme, personne n’étant blanc ou noir dans l’univers de Dune), « Dune, la Genèse » nous plonge dans la vision la plus terriblement obscure qui soit. On y ressent toutes la puissance nihiliste d’Omnius, l’intelligence artificielle suprême qui fait la guerre aux humains. Une créature naturellement privée de toute humanité, et n’accordant aucun prix à la vie humaine dans son échelle de valeurs.

Tout ce qui gravite autour d’Omnius, à commencer par les Titans qui sont d’origine humaine mais qui explorent une facette surprenante de leur nature et dont le mode de pensée est complètement changé par leur immortalité relative, crée autour de cette sphère étrangère et hostile à l’homme un sentiment d’oppression. Sur ce plan, l’histoire de « Dune, la genèse » est une réussite exemplaire. Si un tel adversaire met en valeur tout ce que l’humain a de courage et d’honneur, de capacité à garder l’espoir et à lutter contre la menace d’extinction, il n’en reste pas moins que ce récit est profondément noir, terrible et effrayant.

Il est donc vrai qu’à côté, il n’est pas difficile pour Frank Herbert de passer pour un optimiste. Même si son histoire n’est pas moins dérangeante par bien des aspects, elle véhicule depuis le début l’idée d’une fin « heureuse ». Soyons réaliste. Dune est un récit de guerre et de conflit, l’idée que cela soit bon par essence est exclue. Mais les grands visionnaires de ce récit ont perçu un espoir au bout de ce tunnel invraisemblable et tentent chacun à leur manière d’y guider les gens de bien. Cela étant, si l’issue prônée par le père Herbert est positive, je ne suis pas sûr d’y voir moins de tragédies que dans ses prédécesseurs chronologiquement parlant. Ce qui n’est pas sans rappeler les grandes tragédies grecques de l’antiquité et par voie de conséquences nous rapproche un peu plus de ce qui inspire nombre de personnages de cette saga. Quoi ? Vous ne saviez pas qu’il n’y a qu’un vague « e » de différence entre Atréides et Atrides ? Ah la la, et encore si c’était la seule référence à la mythologie grecque.

Dune, la Genèse

Bien que ce cycle soit paru après « Avant Dune », l’histoire qu’il raconte se situe chronologiquement avant. Je le détaillerai donc en premier.

La guerre des machines (2002)

La_guerre_des_machines« Dix millénaires avant les événements relatés dans Dune, l’humanité se trouve soumise à la tyrannie des Machines Intelligentes. Imprudemment, lors de leur expansion dans la Galaxie, les sociétés humaines ont confié de plus en plus de responsabilités à leurs ordinateurs. Ceux-ci ont formé un réseau et son élément le plus puissant, OMNIUS, s’est emparé du pouvoir, profitant de la stagnation de l’insouciante civilisation humaine. En réaction, certains humains ont choisi de greffer leur cerveau sur des machines, devenant des cyborgs ou des cymeks, virtuellement immortels. Ils se sont baptisés eux-mêmes les Titans. Enfin, une poignée d’humains rebelles a créé la Ligue des Nobles pour secouer le joug d’OMNIUS et celui, à peine plus supportable, des Titans. Ainsi va éclater la Guerre des Machines, qui sera connue plus tard sous le nom de Jihad Butlérien et qui mènera à l’interdiction absolue de la création de machines à l’image de l’intelligence humaine. C’est alors que naissent les Grandes Familles, les Ordres comme celui, féminin, du Bene Gesserit, ou masculins, des Mentats et des Docteurs Suk, et les puissances obscures comme celle du Bene Tleilax, qui seront, dix mille ans plus tard, les protagonistes de Dune et de ses suites. Voici la Genèse de Dune. »
Quatrième de couverture de l’édition Robert Laffont 2002

Ce livre initie un bouleversement majeur de l’histoire. 10000 ans avant Dune, c’est aussi au début du nouveau calendrier et déjà loin dans le futur de l’humanité que tout commence. Ce livre pose un contexte en quelques mots et décrit comment des savants réduits à l’état de simples cerveaux et se servant de machines pour se mouvoir (on les appelles les Cymeks mais aussi les Titans) sont devenus les maîtres de l’univers avant de se faire supplanter par l’une de leur invention, rebaptisée OMNIUS pour l’occasion.

Le récit commence par un rappel historique, un résumé de ce que les personnages du futur savent de l’histoire passé et donc de la montée en puissance des Titans, ces savants ambitieux, qui se sont joué d’une humanité sur le déclin avec une grande facilité compte tenu de l’oisiveté et de la dépendance de celle-ci auprès des machines et des ordinateurs. L’on se situe déjà dans un contexte d’un espace colonisé et de milliers mondes habités. Dans la suite, on s’attache à l’histoire de quelques personnages principaux, les ancêtres Atréides et Harkonnen, ainsi que la maison Butler qui sera centrale dans l’avenir des humains. On y voit aussi les premières avancées scientifiques qui introduisent la technologie du futur, et principalement le fameux Holtzman cité à toutes les sauces par la suite.

Le Jihad Butlérien (2002)

Le_Jihad_Blutlerien« Après que les humains se sont révoltés contre la tyrannie des Machines Intelligentes et de leurs alliés, les Cymeks, une terrible répression a réduit des mondes entiers à l’état de cendres et décimé l’humanité. Serena Butler, figure de proue de la révolte, a été faite prisonnière. Elle a été confiée à la garde du robot Erasmus, toujours curieux des singularités des humains. Afin d’éviter à Serena les distractions de la maternité, il n’a pas hésité à tuer son fils, Manion, né en captivité. Alors, Serena, délivrée à la suite d’un assaut des rebelles sur la Terre, prend la tête de la croisade des humains contre les Machines qui portera son nom dans l’Histoire : le Jihad Butlérien. Tandis que sur Arrakis, quelques survivants des Zensunnis fondent la tradition des Fremen… »
Quatrième de couverture de l’édition Robert Laffont 2002

Même si la période décrite dans les 3 volumes de Dune, la genèse correspond à une époque unanimement décrite comme le Jihad Butlérien, ce volume le porte pour titre car il en marque le véritable début. La révolte des humains contre les Cymeks et OMNIUS est initiée par une femme, Serena Butler, mais les humains aurait pu accepter un statu quo après leurs victoires. Cette insistance des machines à asservir les humains et à les torturer a conduit naturellement au Jihad, une guerre sainte et exterminatrice dans laquelle les machines et les Titans incarnent le mal et contre lequel il n’y a qu’une seule solution : la destruction complète.

Les Titans vont ainsi tomber les uns après les autres victimes de leurs humaines faiblesses, ce dont OMNIUS, l’intelligence artificielle suprême fera l’apprentissage. Bien que Serena Butler inspire et conduise les humains à la victoire, la disparition des Titans ne fait que renforcer OMNIUS, car les Titans servaient autant leurs desseins que ceux de leur maître, ce qui atténuait son efficacité. Convaincue du rôle d’épuration qu’elle doit jouer non seulement pour survivre mais aussi pour contrôler l’univers, OMNIUS conclut à une seule et unique évidence : l’humain doit être totalement éradiqué.

La Bataille de Corrin (2004)

La_Bataille_de_Corrin« Après Le Jihad Butlérien, il semble que la paix soit revenue dans la Galaxie. Les Machines ont reculé sur tous les fronts. Omnius semble en déroute. L’un des principaux artisans de cette victoire, Vorian Atreides, peut espérer savourer enfin sur Caladan un loisir mérité. Mais les Titans survivants et Omnius lui-même, qu’ils ont trahi, n’ont pas dit leur dernier mot. Les Humains libres devront les affronter dans une dernière bataille où tout peut être gagné. Ou perdu. La bataille aura lieu sur Corrin, dernière forteresse d’Omnius. Elle verra les Machines pensantes éradiquées ou les humains retomber dans leur esclavage… La bataille de Corrin laissera un nom dans l’Histoire. »
Quatrième de couverture de l’édition Robert Laffont 2004

Ce chapitre final de la genèse de Dune verra la défaite d’OMNIUS, mais le prix à payer pour y arriver sera terrible. Car OMNIUS a de la ressource malgré l’avantage certain que les jihadistes ont pris sur lui. Ce volume renverse de façon astucieuse la situation créée à l’avantage d’OMNIUS. Il est vrai que les quelques Titans rescapés du Jihad ont des ambitions de plus en plus difficiles à cerner, et le rôle qu’ils jouent dans cet imbroglio galactique est imprévisible. L’issue est sans réelle surprise puisqu’on connaît l’histoire future et ce qu’il en résultera à jamais pour l’humanité, cet interdit majeur de créer des intelligences artificielles.

Avant Dune

Avant Dune nous fait remonter une génération dans le temps pour voir la jeunesse du Duc Leto Atréides, père de Paul, l’origine de Jessica, sa mère, la manière dont la naissance de Paul Atréides a été imposée malgré les recommandations du Bene Gesserit et comment Shaddam est monté au pouvoir ainsi que la manière dont le Baron Harkonnen, homosexuel affirmé a pu devenir le père de Jessica puis un obèse incapable de supporter son propre poids. Il pose le contexte de Dune en explorant des pans entiers de l’univers laissés dans l’ombre dans la saga d’origine (notamment la mystérieuse Ix et les machines conçues sur ce monde pour équiper les navigateurs de la Guilde, ou encore le fonctionnement des étranges Tleilaxu.)

La Maison des Atréides (1999)

La_maison_des_atreides« L’Imperium galactique est organisé sur une base féodale. Le duc Paulus Atréides, vassal direct de l’empereur, règne sur la planète Caladan ; la maison des Harkonnen exploite impitoyablement l’épice d’Arrakis, ce monde aride que ses plus anciens habitants, les Fremen, appellent Dune. Les fanatiques Tleilaxu, de leur côté, complotent pour s’emparer de la planète Ix dont les ingénieurs ont peut-être transgressé l’interdit majeur : Tu ne feras pas de machines pensantes ! Dans l’ombre, les sœurs du Bene Gesserit poursuivent l’exécution d’un plan conçu depuis des millénaires : donner naissance au surhomme qui maîtrisera le temps, lira les avenirs dans les circonvolutions des possibles et fera le bon choix pour l’humanité. Elles vont précipiter les événements qui ébranleront tout l’univers connu. Complots, violences, pièges, traîtrises, assassinats politiques, rouages à l’intérieur des rouages, mais aussi folle bravoure et impavide loyauté comme celles de Leto Atréides ; la scène de Dune est de celles où les éclairs shakespeariens s’unissent aux ténèbres de Dante. L’Empire galactique va changer de maître, comme l’Angleterre du roi Richard II. »
Quatrième de couverture de l’édition Pocket 2004.

Ce tome qui initie la trilogie préquelle de Dune explore une facette peu connue de son univers et une Maison du Landsrad qui n’aura pas droit de cité dans la saga Dune, la maison Vernius, maîtresse d’Ix, une planète évoquée comme celle des « machines », et flirtant dangereusement avec l’interdit technologique ultime. C’est le début d’une intrigue menée par l’empereur Elrood IX (le papa de Shaddam) qui veut s’affranchir de la dépendance de l’Épice et cherche donc à mettre tous les atouts de son côté.

C’est ici que se termine presque le plan du Bene Gesserit et son programme de reproduction qui nous révèle l’origine de Jessica la future concubine de Léto et future mère de Paul.

La Maison Harkonnen (2000)

La_Maison_Harkonnen« Le Baron Vladimir Harkonnen est le plus formidable adversaire de la maison des Atréides. Il exploite sans vergogne les ressources en précieuse épice de la planète Arrakis, la légendaire Dune dont il a confié la surveillance à son neveu, Rabban la Bête. Affamé de pouvoir, il complote même contre l’Empereur Shaddam, tout juste installé sur le trône. Le Baron pervers occupe aussi, à son insu, une position stratégique dans le plan à long terme qu’a formé le Bene Gesserit pour obtenir le Kwisatz Haderach, l’être qui dominera le temps. Il faut qu’il engendre une fille. Or il hait les femmes. Sur Dune, Liet-Kynes poursuit l’œuvre secrète de son père : transformer la planète désertique en jardin, futur paradis des Fremen. »
Quatrième de couverture de l’édition Pocket 2004.

Dans ce second volet, on passe plus de temps sur l’origine de Paul puisqu’il rassemble Jessica (dont on connaît la naissance) et Léto. Ix a été prise par le Bene Tleilax, un généreux don de l’empereur Elrood IX pour leur permettre d’employer les ressources de la planète afin de créer de l’Épice artificielle. La maison Vernius, ancienne propriétaire des lieux, a été anéantie au passage, en toute légalité, puisque accusée (à tort évidemment) d’avoir créé des machines intelligente. Mais Elrood IX ne verra pas la fin de son projet et son fils Shaddam s’installe sur le trône ignorant des projets exacts du Bene Tleilax.

La Maison Corrino (2001)

La_Maison_Corrino« Shaddam, de la Maison Corrino, vient d’accéder au trône de l’Imperium Galactique. Avec l’aide de son âme damnée Hasimir Fenring, il a poussé son père vers la tombe pour lui succéder. Il découvre à présent que le pouvoir suprême est un asservissement… Maintenir l’équilibre fragile entre les Grandes Familles du Landsrad et les ordres indépendants, tels la Guilde des Navigateurs, le Bene Gesserit et le Bene Tleilax, n’est pas de tout repos. Shaddam hait la vertu des Atréides mais comment pourrait-il avoir confiance dans leurs rivaux Harkonnen ? Sur Dune, la révolte gronde tandis que se poursuit le plan secret des Fremen destiné à transformer leur désert en paradis. Après le succès de La Maison des Atréides et de La Maison Harkonnen, La Maison Corrino achève le cycle d’Avant Dune. »
Quatrième de couverture de l’édition Pocket 2005.

Ce volume voit la montée au pouvoir de Shaddam qui doit faire le deuil des projets de son père et ménager la chèvre et le chou pour garder l’équilibre dans l’empire. Cet opus finit de poser les dernières pierres qui font de la fin du récit de Brian Herbert et Kevin J. Anderson l’exact début de la saga de Dune. Rétrospectivement on se rend compte que les choses ont beaucoup changé en une seule génération, et l’on est en droit de se demander pourquoi, depuis le Jihad Butlérien presque 10000 ans plus tôt, certaines questions et certaines actions n’ont pas été menées. Ce trou dans la chronologie est assez déroutant à y bien réfléchir. Quand on voit ce qui se passe en seulement 2000 ans de notre histoire, que les choses posées dans la genèse de Dune aient tenu en équilibre 10000 années s’avère assez improbable en somme. Il est dommage que ce thème soit si souvent et si soigneusement évité. A ce titre je trouve que l’évolution de l’humanité proposée dans le cycle de Dune de Frank Herbert est un poil plus cohérente.

Cela étant, Avant Dune était le moins développé des sujets de la série d’origine. Frank Herbert n’avait que peu évoqué le passé qui avait conduit l’Empire au début de la guerre de l’Épice et du règne des Atréides ainsi que des conséquence sur l’avenir. Sa construction se suffisait à elle-même. Ajouter des éléments sans les étayer suffisamment et prendre le risque de laisser en blanc un trou de plus de 9000 ans d’histoire était obligatoirement bancal. Cela étant, Herbert fils et Anderson s’en sortent très bien, et cela leur permettait d’écrire non seulement une suite solide à Dune tout en enrichissant la saga, ce dont il n’est pas question de se plaindre !

Les autres cycles

Je n’aborderai pas dans le détails les autres cycles, attendu qu’ils ne sont pas encore complet : « Dunes, les origines » (2012 pour le premier volume) et « Légendes de Dune » (2008 et 2009 les premiers volumes) attendent encore des parutions futures; Ou que je ne les ai pas encore lu : « Après Dune » (2006, 2007) attend sagement au sommet de ma pile « à lire » (j’ai commencé Les Chasseurs de Dune, et il est trop tôt pour en parler). Mais pour celles et ceux qui n’auraient même pas lu un seul ouvrage signé Herbert père ou fils, j’ai largement le temps de me rattraper!

En conclusion

Si l’on a connu et apprécié Dune de Frank Herbert, on ne peut qu’être légitimement curieux à l’égard de ce qui constitue à mes yeux sa continuité. Non pas seulement sa continuité chronologique, mais sa continuité globale. Même si le marketing a une part non négligeable dans le succès de cette suite préquelle/séquelle de l’histoire d’Arrakis, et sur l’effet retour que ce succès a eu sur l’oeuvre du père, c’est un succès qui n’est à mon sens pas volé. J’en conseille la lecture à tout ceux qui ont fermé « La Maison des Mères » avec un fort sentiment d’inachevé. Pour ceux-là, c’est peut-être seulement « Après Dune » qui est intéressant, mais je peux vous affirmer que si vous ne lisez pas les préquelles, vous risquez d’en louper un morceau. Il n’est pas tout à fait innocent de la part de Brian Herbert et Kévin J. Anderson de s’être fait la main en premier sur le passé de Dune avant d’en poursuivre le récit, croyez-moi.

En dehors de ça, je conclurai sur l’idée générale qui se dégage de cette oeuvre littéraire dans son ensemble, à savoir, un véritable sentiment d’immensité. Lorsque l’on écrit, l’univers peut se résumer à un seul mot. Mais quand on raconte une histoire comme Dune, aucun résumé ne peut lui rendre justice. C’est un monument de science-fiction autant qu’une source d’inspiration inépuisable avec un tel niveau de crédibilité et détails qu’il échappe largement à ses auteurs.