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Face au talent et au génie de Tim Burton, on aurait presque tendance à oublier que Big Fish est d’abord le roman de Daniel Wallace. Adapté au cinéma en 2004, le film a récolté un immense succès. Les critiques ont été élogieuses et la plupart des spectateurs sont sortis des salles obscures enchantés. Et il y a de quoi… Il se dégage de cette œuvre un panel d’émotions. Tour à tour, nous sommes partagés entre rires et pleurs. C’est là toute la force du réalisateur conjuguée à l’imagination de l’écrivain. Tim Burton a respecté l’œuvre originale mis à part quelques détails: par exemple, il a transformé la geisha à deux têtes en chanteuses siamoises pendant la guerre. Malgré tout, cela n’enlève rien au charme du film. Au final, nous ne savons plus si les récits racontés par Edward Bloom sont réels ou imaginaires. Dans le film, les relations entre le père et le fils sont très conflictuelles. Seule la mort prochaine d’Edward poussera son fils à lui offrir la mort dont il a rêvé. Dans le roman, le fils éprouve moins de rancune envers les absences de son père mais il ne sait pas comment réagir avec lui. Tim Burton en revanche a axé l’essentiel de l’intrigue de son film sur l’incompréhension du père et du fils. William sent que son père a une imagination débordante et, jusqu’au bout, il le prendra simplement pour un mystificateur. Tout le monde connaît et admire Edward Bloom, William, lui, ignore qui est réellement son père. Il lui restera inconnu même après sa mort, ce qui en fera une légende.

Big Fish 7

Daniel Wallace a créé un récit de toute beauté. Nous sommes transportés aux confins de l’imaginaire et l’on se prend à rêver d’aventures et de

dangers. Edward Bloom devient un héros ordinaire, humble et généreux. Grâce à son fils, qui perpétue la tradition de ses exploits, il devient une véritable légende. À l’aube de sa mort, Edward Bloom regrette de ne pas avoir été un meilleur père, présent pour son fils pendant les moments les plus importants de sa vie. Malgré ses anecdotes fantastiques et colorées, Edward en souffre. Il tentera jusqu’au bout de renouer avec William. L’originalité du roman se trouve aussi dans la répartition des moments clés de la vie d’Edward Bloom en 31 petits chapitres de 2-3 pages maximum. Ce qui rend la lecture agréable et fluide. L’un de mes passages favoris s’intitule La fille dans la rivière car c’est probablement le récit le plus mystérieux du roman. D’ailleurs, on ne saura jamais qui est cette jeune femme ni si le serpent a réellement existé. Cet épisode est décisif puisque cette jeune personne baptisera l’endroit où ils se sont rencontrés «le bois d’Edward», Edward Bloom finira par venir y mourir. Elle réapparaît pour l’aider à quitter la ville fantôme d’Ashland. On peut donc classer l’œuvre de Wallace comme faisant partie de ce que l’on appelle le fantastique absurde. Par absurde, l’auteur fait ici référence à tout ce qui est contraire à la logique.

La fin du film diffère par bien des aspects de celle du livre, néanmoins le but recherché par l’auteur est atteint: jusqu’au bout, le doute plane sur la véracité des récits d’Edward. Tim Burton a choisi de présenter tous les personnages comme étant des êtres humains dénués d’aspects extraordinaires mais bien réels, pleurant leur vieil ami disparu. Néanmoins, une révélation a lieu après la disparition d’Edward Bloom. Mais je n’en dirai pas plus, le mieux est de (re)découvrir cette œuvre magnifique.

Afin d’illustrer cet article, je me suis amusée à associer certaines images du film avec les extraits du roman correspondants:

Big Fish 6

«Et c’est alors que j’ai découvert que mon père n’était pas du tout mourant. Il était simplement en train de se métamorphoser, de se changer en quelque chose de neuf, de différent pour continuer à vivre. Mon père était en train de devenir un poisson.»[1]

Big Fish 3

«Mon père a eu le grand bonheur et le grand malheur de tomber amoureux de la plus belle femme de la ville d’Auburn, et peut-être de tout l’Alabama: Miss Sandra Kay Templeton. (…) C’était comme si elle avait été lumineuse, parce que, partout où elle allait, elle rayonnait.» [2]

Big Fish 2

«À Nagoya, dit-il un soir où il venait de rentrer, ma mère dans son fauteuil, lui dans le sien, moi assis par terre, à ses pieds, à Nagoya j’ai vu une femme à deux têtes. Je vous jure. Une belle japonaise à deux têtes qui faisait la cérémonie du thé avec une grâce et une beauté incroyables. On ne pouvait vraiment pas dire laquelle des deux têtes était la plus jolie.»[3]

Big Fish 1

«À Specter, l’histoire devient le récit de ce qui n’est jamais arrivé. Les gens s’embrouillent, oublient et se rappellent à tort et à travers. Ce qui reste, c’est de la fiction. Edward et Jenny ne se sont jamais mariés, mais elle devient sa jeune épouse (…).»[4]

À vous de voir à présent si vous êtes prêt(e) à faire un voyage fabuleux à travers la mémoire d’un homme…

~Melissande~


[1] WALLACE DANIEL, Big Fish, coll. Littératures, éd. Autrement, 2004, p.153.

[2] WALLACE DANIEL, Big Fish, coll. Littératures, éd. Autrement, 2004, p.67.

[3] WALLACE DANIEL, Big Fish, coll. Littératures, éd. Autrement, 2004, p.18.

[4] WALLACE DANIEL, Big Fish, coll. Littératures, éd. Autrement, 2004, p.134.