Les Editions de LondresJ’ai découvert les Editions de Londres à l’occasion d’une râlerie sur Twitter, en substance  » je m’ennuie j’ai rien à lire aidez-moi ! ». Et hop, quelques messages plus tard, me voilà en possession de Pacifico, du Comte Kerkadek, sur ma liseuse (pour ceux que ça intéresse, c’est chouette, ça parle entre autre de poulet frit, et je l’ai chroniqué ici). Depuis, j’ai eu l’occasion de faire d’autres découvertes, notamment des livres numériques bilingues, et d’autres romans contemporains, toujours de grande qualité au niveau de la présentation comme du contenu, qui sort bien souvent des sentiers battus! Bref, je devrais râler plus souvent!

Je suis donc très contente d’avoir l’occasion de vous présenter cette maison d’édition spécialisée dans les livres numériques, d’autant que Vincent Potier, le créateur des Editions de Londres, a gentiment accepté de se prêter au jeu en répondant à quelques questions !

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Pouvez-vous vous présenter, et expliquer votre rôle aux Editions de Londres ?

Je suis Vincent Potier, le fondateur des Éditions de Londres. La maison d’édition numérique a été créée officiellement en Août 2011, mais l’activité commerciale a commencé en Mai 2012. Je ne viens pas du milieu de l’édition, j’ai passé dix ans à l’étranger, puis dix ans dans l’Internet à Paris et à Londres, et enfin il y a un an, lancement des Éditions de Londres. Nous sommes trois membres dans l’équipe fondatrice; je m’occupe surtout de la ligne éditoriale, relations avec les auteurs, choix de textes, et promotion et marketing.

Qu’est-ce qui a motivé votre choix de vous lancer dans le livre numérique ? Quelles sont les spécificités de ce média par rapport au livre papier ?

D’abord, une envie, ensuite une opportunité. L’envie, elle était simple. Je suis passionné de littérature depuis plus de trente ans, et passionné d’Internet depuis une bonne dizaine d’années. J’ai considéré qu’une activité qui se situerait à la croisée de deux passions était idéale. Ensuite, une opportunité. Quand l’idée m’est venue en 2011, le livre numérique explosait aux États-Unis et en Grande-Bretagne. Je me suis dit que c’était le bon moment pour le marché français. Il nous a fallu à peu près un an pour nous roder, suivi d’un an d’activité commerciale. Le décollage du livre numérique en France est prévu pour 2014-2015. Nous avons encore beaucoup de choses à faire d’ici là.

Franchement, il n’y a pas de « mystére », de « tabou », ou de « sacré » du livre numérique. C’est un livre, avant tout. Mais doté de nombreuses caractéristiques, dont la nature change la relation traditionnelle du lecteur aux livres. C’est tout. Rien de plus, rien de moins. Le reste, cela n’a rien à voir avec le livre numérique, mais beaucoup plus avec les possibilités offertes par une nouvelle technologie appliquée à une activité traditionnelle, l’édition, et à tout son écosystème. Si l’on regarde le lecteur, par exemple, le livre numérique est avant tout un objet plus immatériel (on ne le possède pas au même titre qu’un livre papier, il n’est pas toujours visible, etc.), en revanche, s’il est plus immatériel une fois « possédé », il est immédiatement disponible à la possession (on ne l’attend pas, on ne se déplace pas, on ne passe pas des jours à le chercher, il est là, tout de suite, et on peut commencer à lire sans plus attendre). Il est aussi moins cher que le livre papier, mais paradoxalement plus facile d’accès, en raison de son immatérialité, on l’a moins sur soi, puisque on n’en voit pas la couverture, on ne le touche pas individuellement, mais il est aussi plus « sur soi », puisque tous les livres sont immédiatement disponibles sur la liseuse. Finalement, le livre numérique a deux autres caractéristiques essentielles: le nouvel « écosystème » (nouveaux acteurs, édition transformée, usages du lecteur modifiés…) facilite l’expérimentation, ie il est plus simple (disponibilité, prix…) de découvrir et d' »essayer » des choses nouvelles; en revanche, la « visibilité » pour un nouvel auteur devient un problème encore plus sérieux. Comment faire émerger des auteurs de grande qualité dans un monde pléthorique? C’est le problème de l’édition numérique aujourd’hui. De même, comment découvrir des auteurs de qualité est un problème encore plus complexe pour le lecteur. Ces problèmes, on les résoudra, mais il faudra le temps.

Que pouvez-vous nous dire sur votre ligne éditoriale ? Visez-vous un public en particulier ?

A ce stade, notre ligne éditoriale est simple: ce qui nous plaît. Etre un éditeur à contre-courant. Relancer des classiques oubliés, lancer des auteurs différents. On vise un public de lecteurs las de la nomenklatura culturelle parisienne. Tous ceux que la « rentrée littéraire » amuse ou ne satisfait pas nécessairement, tous ceux qui ne comprennent pas comment la production littéraire française, un pays qui a produit Voltaire, Hugo, Zola, Diderot, Molière… voit son influence de plus en plus limitée, tendant vers le nombrilisme littéraire, tous ceux qui considèrent qu’il a un sérieux problème dans l’édition française (distinction artificielle entre classiques et modernes, qualité de la production, fourches caudines de quelques éditeurs germanopratins et journalistes publiés par les mêmes éditeurs dont ils « critiquent » les bouquins, manque d’ouverture, de prise de risque, « labelisation » à outrance…). Enfin, tout ce que nous connaissons depuis trente ans, et qui d’ailleurs n’est pas le seul problème de la littérature.

Dans votre catalogue figurent un certain nombre d’œuvres « classiques ». Celles-ci sont libres de droit et peuvent donc déjà être trouvées gratuitement sur internet. Qu’apportez-vous de plus dans ces rééditions payantes ?

Je l’ai longuement expliqué dans un éditorial disponible sur le site. De même qu’il existe un grande nombre de classiques papier, souvent pas différenciés, il existe aussi des classiques sur le numérique. D’abord, seulement une partie des oeuvres que nous offrons sont disponibles sur le Net, les autres ne le sont pas. Donc, il n’est pas juste de dire que tous les classiques sont disponibles gratuitement; une partie d’entre eux seulement le sont. Ensuite, nous donnons le choix au lecteur: il peut télécharger gratuitement un livre classique, qui n’a pas de couverture, pas de préface, pas de biographie, pas d’illustrations, etc., ou alors pour un euro, c’est à dire six fois moins que le prix d’un classique papier, il peut acheter un de nos classiques, avec couverture, souvent orig

inale, un texte édité, une préface et une biographie originales, incluant une mise en regard de l’oeuvre vis-à-vis du monde moderne, etc…Au passage, les bénévoles qui numérisent le domaine public font un travail remarquable, ils ont leur rôle, et nous avons le nôtre. Ensemble, nous offrons un choix aux lecteurs.

Nous voulons que la marque Éditions de Londres soit une assurance de qualité pour le lecteur. C’est pour ça que nous passons tant de temps sur chaque livre. Enfin, nous faisons un gros travail de promotion. d’évangélisation, d’explication de beaucoup de ces classiques, nous les portons à la connaissance du public. Notre travail original sur le domaine public ne s’arrête pas là. Le meilleur exemple, c’est la traduction moderne originale des Essais de Montaigne que nous avons réalisée et lancée récemment, et qui marche très bien, et aussi, nos versions bilingues avec navigation paragraphe par paragraphe que nous avons inventée (voyez nos « Edgar Allan Poe »), ou tout simplement les oeuvres non disponibles que nous mettons à disposition pour un euro (Zo d’Axa, Georges Darien…).

Vous éditez également des œuvres contemporaines. Romans, pièces de théâtre… la sélection semble a priori assez éclectique. Comment s’effectue le choix des textes ? Le fait d’éditer en numérique joue-t-il un rôle dans votre sélection ?

Nous éditons des coups de coeur. Nous éditons peu, mais nous passons du temps à « pousser » nos auteurs. Nous cherchons, à chaque lancement, le succès pour nos auteurs. Le numérique est pour nous un mode fascinant de distribution: tout est plus rapide, donc notre obligation vis-à-vis du lecteur est renforcée. La qualité des textes proposés passera toujours avant les objectifs commerciaux. Vous parlez de sélection des textes, c’est une chose, mais n’oubliez pas que nous passons beaucoup de temps à travailler avec les auteurs. Un livre numérique, ça reste. C’est toujours disponible. La responsabilité de l’éditeur en est accrue.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les partenariats mis en place avec d’autres maisons d’édition, afin d’éditer leur catalogue en numérique ?

Oui, bien sûr. Nous avons proposé plusieurs partenariats à différentes maisons d’édition, et nous en avons conclu un, à ce jour, avec Kailash Éditions, une maison d’édition papier spécialisée dans les livres sur l’Asie. Nous en sommes très contents et nous comptons continuer. Nous avons d’autres discussions en cours.

Vous avez récemment participé au Salon Etonnants Voyageurs. Etait-ce une bonne expérience ? En tant qu’éditeur de livres numériques, il est surement difficile de tenir un stand et d’effectuer des dédicaces de la même façon qu’une maison d’édition traditionnelle… ?

Une correction, j’y ai assisté, mais pas en tant qu’exposant. Je pense que la vision de l’édition des organisateurs du Salon Étonnants Voyageurs correspond beaucoup plus à la nôtre que celle du pré carré germanopratin: ouvert, tourné sur le monde, qui considère qu’un livre digne de la rentrée littéraire, c’est plus qu’une longue introspection sur ses états d’âme, plus qu’une cure d’autoanalyse en 250 pages sur son travail, son divorce, son cercle d’amis et les week-ends à la campagne. En fait, il y a beaucoup de points communs entre Étonnants Voyageurs et nous: sans être à contre-courant, ils ont toujours affiché une volonté d’être indépendants, différents, tournés vers l’extérieur, prêts à expérimenter avec tous les styles, pas des fans de la catégorisation à outrance des genres si typique de l’édition, adeptes de ponts multiples entre les cultures et les genres culturels (livres, films, BDs…). A l’opposé des gardiens du temple, ce sont les voyageurs en quête de l’autre, et donc d’eux-mêmes.

Des projets et des nouveautés pour les prochains mois ?

Beaucoup, beaucoup. Lancement de notre première série de livres en anglais. Si nous sommes un éditeur francophone en majeure, nous avons aussi vocation à être un éditeur anglophone. Toujours les ponts, les ponts…Casser les murs de brique entre les genres, les cultures, les langues.
Puis, lancement d’une collection contemporaine, policiers-romans noirs, pour très bientôt, qui sera dirigée par Jean-Basile Boutak. Gros projet.
Davantage de coopérations avec d’autres éditeurs indépendants.
Davantage de nouveaux auteurs. Nous allons continuer à enrichir notre catalogue classique, mais à terme, nous allons faire beaucoup plus de contemporains.

Et puis un petit « scoop »: lancement du troisième roman du Comte Kerkadek, avant la fin de l’année: très différent de ce qu’il a fait avec « Pacifico » et « Atlantido », ce sera un roman-pamphlet, j’ai lu les premiers chapitres, un vrai brûlot. Je crois que c’est un roman que l’édition parisienne n’aurait jamais lancé. Vous comprendrez pourquoi quand vous le lirez 😉

Un dernier mot ?

Les éditeurs numériques sont à l’avant-garde d’une aventure formidable. Le livre numérique va décoller bientôt en France, le livre numérique et le livre papier coexisteront, chacun trouvera sa place. Le livre numérique apporte un vrai « coup de jeune » au monde de l’édition, favorisant l’émergence de nouveaux acteurs, éditeurs, auteurs, nouveaux usages, etc. Le livre numérique, c’est une cure de rajeunissement du monde de l’édition. L’aventure ne fait que commencer.

Pour plus d’informations sur les Editions de Londres et leur catalogue de livres numériques, c’est par là ! Vous pouvez également les retrouver sur Facebook et Twitter.

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Concours !

Il y a un mois, nous vous annoncions via divers réseaux sociaux l’ouverture des Bouquinautes. Quelques semaines plus tard,  nous sommes encore là, rien ne s’est effondré, la peinture commence à sécher, il y a encore du boulot, mais ça prend forme. Et le mieux, c’est que, selon les outils de statistiques made in WordPress, des gens nous lisent, se baladent sur le site… et reviennent! Merci !

Pour fêter ça, nous nous sommes associés aux Editions de Londres pour vous proposer un concours.

C’est ouvert à qui ? A tout le monde !

On gagne quoi ? Les trois participants qui auront correctement répondu aux questions ci-dessous et seront tirés au sort gagneront chacun un roman contemporain de leur choix parmi ceux disponibles dans le catalogue des Editions de Londres. Ils recevront leur lot par e-mail dans le format de leur choix (PDF, epub, mobi).

Et comment on fait pour participer ? 

Il suffit de nous envoyer un mail, avant le 1er juillet, contenant la réponse à ces questions :
– Quel est le titre du deuxième roman du Comte Kerkadek, publié aux Editions de Londres (indice ici)
– Quelle est la « fonction » de Saint Epondyle chez Les Bouquinautes ? (indice ici)

… ainsi qu’une adresse mail valide à laquelle nous pourrons vous joindre si vous faites partie des gagnants.

Merci de préciser « Concours Editions de Londres » en objet de votre message.

Nous nous réservons le droit de ne pas prendre en compte les participations incomplètes, ou qui ne comprendraient pas un minimum de politesse (si si, malheureusement ça arrive ! )

Bonne chance à tous, et en cas de question, n’hésitez pas à nous en faire part, par mail ou en commentaire !

 

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Les gagnants ont été tirés au sort ! Merci à tous les participants et félicitations à :
Ishtar
Cécile Benoist
Pixis

Merci de bien vouloir me faire part, par mail, de votre sélection parmi les titres suivants, ainsi que le format dans lequel vous souhaitez recevoir votre livre, au plus tard pour le 8 juillet. 

~ Marmotte ~