Couverture de l'édition Fleuve Noir de "Les 9 Princes d'Ambre" par Florence  Magnin

Couverture de l’édition Denoël de « Les 9 Princes d’Ambre » par Florence Magnin

Les 9 Princes d’Ambre

Roger Zelazny (1937-1995)

Roger Zelazny se démarqua dans la littérature en 1966 en se retrouvant gagnant ex-æquo du Prix Hugo avec Frank Herbert (qui présentait Dune cette année là) avec un roman appelé « Toi, l’immortel ». Il n’a pas canada goose Ontario Parka joui d’une très large diffusion hors des frontière des Etats-Unis, son pays de naissance, avant la publication de son oeuvre majeure, les 9 Princes d’Ambre. Sa thématique était restée la même tout au long de sa vie, abordant principalement l’immortalité et le pouvoir au travers de la science-fiction et de la fantasy. Il décéda avant de finaliser son oeuvre, mais l’a suffisamment développés et étayée sur les 25 dernières années de sa vie pour la rendre extrêmement riche et originale.

Avec un thème déjà fortement implanté dans son idéologie littéraire, Zelazny commença avec les 9 Princes d’Ambre un projet qui échappa dès le premier tome à sa construction initiale. Il s’imaginait raconter la même histoire par les yeux de 9 protagonistes différents, mais il n’en garda au final qu’un seul, comprenant que l’intérêt de l’intrigue posée était de prolonger les aventures de son personnage clé et non de découvrir l’envers du décor par les yeux des autres. Les 9 Princes d’Ambre ont été divisés en deux saga, chacune appelée par le personnage qui en est le narrateur, à savoir, Corwin pour la première, et Merlin pour la seconde.

Si l’univers a un centre…

– D’où viens-tu ?, me questionna rudement le policier.

Pas de réponse. Je n’étais pas obligé de répondre. Je n’étais même pas obligé d’être là. Je n’avais pas spécialement envie de partir même s’il faudrait probablement que je le fasse.

– Ton nom ?!

Quatrième fois qu’il me le demandait. Je lui avais déjà répondu. Mais si ça pouvait lui faire plaisir :

– Je m’appelle Martin, dis-je.
– Martin comment ?
– Martin Firefox, ajoutai-je.

Je l’avais déjà dit. Mais ça, c’était faux. De toute façon qu’il s’agisse de Firefox ou quelque autre nom, ils ne me trouveront pas dans leurs fichiers. Je n’avais pas spécialement fait attention à ce détail en venant ici. D’ailleurs, je voyais un peu canada goose Snow Mantra Parka plus loin le collègue de l’autre animal les yeux rivés sur un écran informatique lui affichant régulièrement une liste vide suite à sa recherche.

– D’où viens-tu ?!, insista l’interrogateur.

Je m’ennuyais. Alors je décidais de l’ouvrir pour cette fois :

– D’un autre pays.
– Tu parles plutôt bien la langue, l’ami. Mais dans ton pays, on ne sait pas qu’il est interdit de tuer ?
– Oh si, mais si je vous disais que je n’ai fait que me défendre, vous ne me croiriez pas.

La victime ? Un type beurré dans un bar qui m’avait confondu avec un punching-ball. Entre nous, il n’avait pas une chance. Si, peut-être une petite de ne pas mourir s’il ne m’avait pris par surprise pendant mon trip. C’était déjà assez dur de partir avec les doses de cheval qu’il me fallait, si en plus je devais faire attention à mon voisinage…

– Ah ça non ! On va pas te croire bonhomme ! Tu l’as si bien défenestré qu’il a heurté l’immeuble en face et traversé la fenêtre de la voisine en dessous. Si elle a failli mourir d’une crise cardiaque, la vioque, le gars, lui, n’a pas survécu à la chute. Mais on attend le rapport du légiste pour savoir s’il est mort au contact de ton poing ou du plancher de la vieille.

Ne rien affirmer, ne rien nier. Ne rien dire. C’était encore ce qu’il y avait de mieux à faire. De toute façon, j’allais partir. Cette expérience n’était même pas amusante. Après un jour en cellule de dégrisement, se réveiller sans souvenir précis de cet incident n’était déjà pas banal, mais ils risquaient de se demander un moment ce qui s’était passé quand j’allais disparaître sans laisser de trace. Ce que j’attendais ? D’avoir la tête un peu moins en vrac. Ce n’était pas le passage à tabac dont j’avais fait l’objet, on récupérait vite dans la famille. Non, ce qui me dérangeait, c’était le résidus de drogue qui courrait dans mes veines. S’il y a une rare leçon qu’on m’avait apprise, c »était celle-là. Ne rien emporter de chimique avec soi, on ne savait jamais comment ça pouvait réagir. Mais dans tout ça, il y avait quand même un truc qui me dérangeait… J’avais tué un gars. Un être insignifiant dans l’univers qui est le mien. Mais ici, il avait peut-être des amis, une famille, des enfants. Il n’avait eu qu’un seul tort, celui de trop boire et de l’avoir fait à côté d’un type comme moi. Mais il n’empêche qu’il ne méritait pas forcément ça. Qu’y pouvais-je ? Ici, ce n’était jamais que le résultat de l’une de mes nombreuses expériences.

– Hé ho ! T’endors pas !, gueula l’examinateur en me giflant.

Il avait du se faire mal à la main. Je voyais sa machoire se serrer imperceptiblement pour retenir sa douleur. Lui non plus n’avait aucune chance si j’en décidais ainsi. Sauf que je n’étais pas là pour faire du mal aux gens. J’en avais le pouvoir. Personne ici ne pouvait comprendre à quel point.

– Donc, quel pays ?
– Du centre de l’univers. Un lieu dont tu n’as aucune chance de rien savoir un jour…

Je lâchais ça presque inconsciemment. Il m’avait énervé. C’était un trait de caractère de famille ça aussi. On n’aimait pas trop se faire malmener. Personne n’aime ça, mais peu réagissent comme nous et encore plus rare sont ceux qui possèdent nos capacités. Quant à moi, je dois dire, j’étais sans doute le plus réfractaire et méfiant en la matière. Quand on a tenté de vous tuer et que ça a failli réussir, cela incite à la prudence.

– Dis donc ! Te fiches pas de moi, tu pourrais le regretter !
– C’est bien là le problème. Tout ce que je pourrais dire risque de te le laisser penser, d’autant plus si je te dis la vérité.
– Tu me prends vraiment pour un con !

Il ponctua son mépris d’un coup de poing dans mon ventre. Je l’avais anticipé et il ne m’ébranla même pas.

– Pas de doute, fit-il. T’es un dur à cuire. Mais on a tout le temps. La viande bien mijotée s’attendrit. T’es pas prêt de sortir d’ici.
– J’peux aller pisser d’abord ?

La question dut le destabiliser. Il me regarda comme du poisson frit et marqua un temps d’hésitation.

– Bigre ! T’es bien capable de faire sur place, si je te dis non. Allez ! Après, je te fais ta fête.

Il me prit sous le bras et m’aida à me lever. Il fit bien. Mes mains étaient menottées dans le dos et la position n’était guère confortable. Une fois debout, il me fit marcher en me disant où aller. Mais je n’avais pas l’intention de l’écouter. Le couloir tournait à droite et je le fis tourner à gauche. Dans cette ombre, il n’y avait personne derrière moi… Comme je le souhaitais. Je n’eus pas à forcer sur les menottes, car alors que je jouais avec les probabilités de mon environnement tout en marchant, je développais l’hypothèse selon laquelle elles n’étaient plus serrées autour de mes poignets. Je ramenai mes bras devant et me débarrassai des bracelets. Je les abandonnai dans ce couloir qui débouchait maintenant dans une rue. Une rue déserte avant que je ne décidât qu’elle fusse bondée de monde et qu’un concert jazz en plein air n’y écoulât ses notes teintées de cuivre, un concert que j’étais venu écouter. Tel était mon pouvoir, celui accordé par la Marelle, celui accordés aux fils d’Ambre, le centre de l’univers. Un centre dont je n’aimais pas me rapprocher. Il y avait tellement mieux à voir que les membres de la famille qui ne vous veulent pas toujours que du bien, tant de chose à découvrir. J’oubliais déjà ce pauvre fonctionnaire qui m’avait vu disparaître dans une décomposition de substances et d’images qu’il ne pourrait jamais expliquer de sa vie. Je l’oubliais car je ne le reverrais pas. D’un pas j’avais franchi une distance qu’il ne pourrait jamais comblé, car j’étais hors de son monde.

La musique s’empara de mon cœur…

Les 9 Princes d’Ambre

« Un amnésique s’échappe d’un hôpital psychiatrique après avoir découvert le nom de la personne qui l’a fait interner : Flora, sa propre sœur. Celle-ci lui révèle qu’il se nomme Corwin, et qu’il est l’un des neuf frères qui se disputent le pouvoir au royaume d’Ambre, le seul monde réel dont tous les autres sont des reflets, des ombres ; que les princes d’Ambre ont la faculté de parcourir ces univers parallèles par la puissance de leur seule volonté. Recouvrant peu à peu la mémoire, Corwin entame un périlleux voyage en direction d’Ambre, glissant d’ombre en ombre dans le but de disputer au prestigieux Eric, le plus brillant des princes, le trône du royaume. »

Synopsis de « Les 9 Princes d’Ambre »

Couverture de l'Univer d'Ambre, recueil d'extraits de la saga illustrés par Florence Magnin

Couverture de l’Univer d’Ambre, recueil d’extraits de la saga illustrés par Florence Magnin

La micro fan-fiction intitulée « Si l’univers a un centre… » qui précède raconte une petite mésaventure d’un personnage secondaire de l’histoire de la saga. Cette saga qui commence par « Les 9 Princes d’Ambre », premier volume d’une série de cinq ouvrages qui s’appesantit sur le destin d’un seul des Princes en question, un dénommé Corwin ainsi que l’explique le résumé de quatrième de couverture. En fait, la raison pour laquelle le cycle se consacre à ce personnage est qu’il est rédigé à la première personne. C’est Corwin lui-même qui raconte son histoire, un récit empreint de ses propres opinions, peut-être même de sa propre interprétation. Un choix particulier et original à l’époque, voulu par Zelazny pour servir son idée première, celle de faire le récit de la même histoire vue par 9 personnages différents, les fameux Princes d’Ambre. Mais ce n’est pas ainsi que les choses ont évolué et ce n’est pas plus mal.

L’exercice qui consiste à focaliser le récit sur la vision d’un même personnage peut paraître extrêmement risqué au premier abord puisqu’elle réduit l’ampleur du récit à ce que le personnage seul vivra. Mais elle se révèle en fait particulièrement ingénieuse. Car de cette façon, on ne comprend de l’intrigue que ce que le personnage lui-même en comprend et l’immersion et l’identification avec le héros est bien plus immédiate. Quant à l’entrée en matière, elle est tout simplement géniale. Corwin est amnésique au départ et comme il ignore tout de lui-même, exactement comme le lecteur, on découvre avec lui l’ampleur de ce qu’il est et le rôle qu’il joue dans un puzzle des plus compliqués. En cela, le premier tome de la série ne se suffit pas à lui-même. Il introduit le personnage, l’univers d’Ambre et la problématique d’une succession laissant une fin ouverte qui sera brillamment développée par la suite.

Intrigue et style

Je reconnais à Zelazny une très grande qualité. C’est pour ainsi dire mon maître à penser en matière d’intrigues de roman. Il a une capacité à distiller les détails et les mystères de ses imbroglio avec une finesse et un rythme très appréciables. On a rarement une longueur d’avance sur le personnage, mais on n’est pas à la traîne non plus. On comprend très exactement les choses de la même façon que lui, et on se pose les mêmes questions que lui. Si bien que les retournements et les surprises, très nombreux dans son oeuvre, sont absolument délicieux à vivre.

Malheureusement, Roger Zelazny ne brillait pas par son style d’écriture. Contrairement à Frank Herbert qui usait d’un langage sophistiqué, Zelazny cherchait la simplicité. Ce n’était pas de la grande littérature. Mais c’était avant tout efficace. En cela il se catégorisait dans un registre de la fantasy moderne et non celle des années 70, car il avait clairement un longueur d’avance sur ses contemporains. Et en fait, c’est là une caractéristique de Zelazny, de mélanger un style simpliste de roman policier avec de la fantasy et ainsi obtenir quelque chose de très direct et dynamique. On peut lui reprocher de se perdre un peu trop souvent en introspection lors de certaines descriptions, mais dans l’ensemble, ça tient la route et c’est plutôt agréable et facile à lire.

Inspirations

Couverture VF du jeu de rôle Ambre d'Erick Wujcik. Illustration par Florence Magnin

Couverture VF du jeu de rôle Ambre d’Erick Wujcik. Illustration par Florence Magnin

Couverture de la bande-dessinée, "Les Princes d'Ambre", scénario de Nicolas Jarry, dessin de Benoït Dellac

Couverture de la bande-dessinée, « Les Princes d’Ambre », scénario de Nicolas Jarry, dessin de Benoït Dellac

Les 9 Princes d’Ambre ont suffisamment marqué une génération de lecteurs également rôlistes (pratiquants de jeux de rôle) qui ont imaginé faire un jeu de rôle à partir de l’univers d’Ambre. Dans les années 90 un auteur appelé Erick Wujcik obtient la collaboration de Roger Zelazny avant son décès pour créer Ambre, le premier jeu de rôle sans dé. Plusieurs créatifs ont baigné dans cet univers, notamment Florence Magnin, une illustratrice française qui réalisera l’illustration de couverture de toute la série de roman sorti en VF chez Denoël, puis la couverture de la VF du jeu de rôle Ambre, de son supplément, des cartes du Tarot d’Ambre et d’un recueil d’illustration et de textes de l’auteur intitulé « l’Univers d’Ambre ».

Dans un autre registre, celui de la BD cette fois, ce sont des auteurs français qui ont tenté une adaptation des romans. A raison de deux albums déjà sortis pour couvrir le récit du premier tome, cette inspiration propose un visuel et une approche médiatique différente pour la même histoire. Hélas, elle n’a été que peu adaptée scénaristiquement par rapport au roman et n’a pas du tout le même charme que l’original. En outre, dans le domaine de la BD, l’histoire ne fait pas tout et le dessin n’est personnellement pas à mon goût.

Il y a eu aussi une préquelle aux Princes d’Ambre intitulée « Prélude à Ambre, les 9 Princes du Chaos » de John Bétancourt qui fera l’objet d’un article ultérieur, mais dont il convient de retenir qu’elle n’a pas vraiment eu de succès, déniée qu’elle a été par les fans.

Conclusion

Autant par la particularité du thème, que la nature de l’intrigue, le mode narratif ou le style, on peut ne pas aimer les 9 Princes d’Ambre. Mais c’est passer à côté d’une intrigue très solide, d’un univers extrêmement riche et surprenant. Les volumes sont par ailleurs assez courts, car on est très loin du prolixe Franck Herbert, c’est donc rapide à lire et très prenant si on adhère bien au personnage. Le cycle de Corwin se suffit à lui-même. Mais il est vrai que pour aller plus loin, aborder Merlin et les nouvelles connexes du cycle d’Ambre n’est pas inintéressant.